NAIROBI, 16 sep (IPS) – Comme beaucoup d'enseignants du primaire au Kenya, Nemwel Mokua ne s'en sort pas. Il doit enseigner au moins six matières par jour, dont un mélange des arts, des mathématiques et des sciences.
Il a peu de temps pour développer sa propre compréhension des matières plus difficiles comme les mathématiques et les sciences. Par conséquent, les faibles notes des écoliers dans ces matières reflètent cela.
Et cet enseignant de l'Ecole primaire Le Pic, à Riruta, à Nairobi, vit dans la crainte des inspecteurs d'école, qui le mettent souvent sur la sellette avec ses collègues au sujet des mauvais résultats que leur école donne en mathématiques et en sciences. En 2008, la première classe du CM2 que Mokua a encadrée a obtenu la note moyenne de D+ (faible). Toutefois, selon les résultats du Certificat d’études primaires de 2008 au Kenya, c’était également la moyenne d’autres écoliers à travers le pays.
Comme bon nombre d'enseignants du primaire au Kenya, Mokua attribue les mauvais résultats de ses écoliers au peu de temps dont il dispose pour enseigner les matières relatives aux mathématiques et aux sciences.
“Bien que mes écoliers se soient améliorés dans les matières relatives aux mathématiques et aux sciences au cours des deux dernières années, je dois admettre que le système éducatif du Kenya demande trop de travail à l'enseignant ou à l’enseignante. Il ou elle n'a pas assez de temps pour enseigner les matières techniques”, a déclaré Mokua.
Mais le ministère de l'Education insiste que les enseignants du primaire enseignent au moins six matières par jour.
Les experts en éducation ne sont pas d’accord, affirmant que cela compromet la qualité de l'éducation dans les écoles primaires du Kenya. Et une étude publiée le 25 août corrobore cela.
L’Etude sur l’inspection des salles de classe à Nairobi, réalisée par le Centre de recherche sur la population africaine et la santé (APHRC), a indiqué que les enseignants des mathématiques dans les écoles primaires du Kenya avaient une mauvaise compréhension de la matière. Et le centre a des chercheurs qui mettent en cause la qualité du système de la gratuité de l'enseignement primaire du pays.
Les conclusions du rapport ont choqué les Kenyans après que des enseignants se sont débrouillés pour obtenir la moyenne de 60,5 pour cent dans les tests de mathématiques.
Les chercheurs ont dit qu'ils devaient s'attendre à ce que les enseignants impliqués dans l'étude obtiennent plus de 90 pour cent dans la matière, mais que seulement une marge de 13 pour cent séparait les résultats des enseignants de ceux des écoliers.
Au cours d'un incident, un enseignant de plus de cinq ans d'expérience a obtenu 17 pour cent pour le test. Le chercheur principal d’APHRC, Dr Moses Oketch, a qualifié les résultats de “honteux”.
“C'était très choquant pour nous”, a affirmé Oketch. “Nous nous attendions à ce que les enseignants obtiennent plus de 90 pour cent de moyenne, mais leurs résultats sont presque égaux à celui de leurs écoliers, qui ont obtenu 46,89 pour cent. Il faut faire quelque chose”.
Selon les chercheurs, ces mauvais résultats pourraient également expliquer la raison pour laquelle les écoliers continuent d’avoir de faibles notes dans la matière.
Mais Peter Githinji, un enseignant des mathématiques à l'école primaire de Gikandu, dans le centre du Kenya, a dit qu’on ne devrait pas accuser les enseignants puisque le gouvernement n'est pas arrivé à fournir l’assistance pédagogique qui démystifierait les mathématiques et les sciences comme matières difficiles.
“Il y a une attitude nationale selon laquelle les mathématiques et les sciences sont difficiles”, a déclaré Githinji. “Je pense que le gouvernement ne fait pas assez pour amener et encourager les Kenyans à embrasser ces matières”.
Mais le rapport fait l'objet d'un débat en cours, avec les syndicats des enseignants accusant le gouvernement pour son incapacité à former suffisamment les enseignants afin de les spécialiser dans les mathématiques et les sciences.
Le secrétaire général du Syndicat des enseignants du secondaire, Kanyamba Njeru, a affirmé que lorsque le Kenya lançait l'ambitieux programme de la gratuité de l'enseignement primaire en 2003, cela a été fait sans un plan précis sur l'origine des ressources nécessaires pour le réaliser.
Lorsque la gratuité de l’enseignement a été introduite en 2003, plus de 1,3 million nouveaux écoliers ont été inscrits dans la première semaine pour suivre les cours. Et les enseignants sont toujours submergés, a expliqué Kanyamba.
“Les enseignants du primaire sont débordés par le nombre d'écoliers inscrits dans une seule classe en raison de la pénurie de personnel”, a déclaré Kanyamba. “A cause des lourdes responsabilités qu'ils doivent assumer, ils n’ont aucune opportunité pour poursuivre leur perfectionnement professionnel”.
Il estime que les conclusions du rapport ont une faible incidence sur l'avenir des sciences et la technologie dans le pays.
Le secrétaire permanent du ministère de l'Education, le professeur James Ole Kiyiapi, a défendu le programme de la gratuité de l'enseignement ajoutant que le système d'enseignement supérieur du Kenya repose sur un modèle de valeur ajoutée où les étudiants ont pu montrer des progrès en sciences et en technologie à ce niveau.

