SANTE-CONGO: "La lèpre est en train d’être vaincue"

KINSOUNDI, Congo, 20 sep (IPS) – Très occupé entre son bureau, où il reçoit de nouveaux cas, et les salles d’hospitalisation, où il soigne des lépreux, Jean Roger Yayaka, médecin traitant, est optimiste sur le sort des patients qu’il suit au centre hospitalier Raymond Paoty de Kinsoudi à Brazzaville, la capitale congolaise.

“Ils sont bien suivis, et reçoivent un traitement gratuit. Nombreux sont déjà guéris”, dit-il. “Le taux de nouveaux cas est très faible ici, et nous suivons actuellement une vingtaine de malades.” Dr Damas Obvala, chef du programme national de lutte contre la lèpre, donne des informations qui justifient l’optimisme de Yayaka. “Actuellement, la lèpre est en train d’être vaincue au Congo. Le taux de prévalence ne représente plus que 0,96 pour cent sur une population de plus de 3,8 millions d’habitants”, indique-t-il.

“Je ne suis pas hospitalisé, mais j’étais déjà à une phase inquiétante de la maladie. J’ai suivi le traitement, et depuis trois mois, les tâches que j’avais sur la peau disparaissent progressivement”, raconte Olga Kanga*, la trentaine, sortant de son contrôle médical au centre Raymond Paoty, l’unique centre d’hospitalisation du pays pour les lépreux.

Selon les statistiques officielles, la lèpre a connu un recul significatif au niveau national. Sur les 12 départements du Congo, la lèpre ne sévit plus que dans cinq. A Raymond Poaty, les malades n'affluent plus. “Ils sont arrivés ici avec une phase très développée de la maladie. Quatre d’entre eux ont été amputés”, affirme Yayaka.

A en croire Dr Obvala, sur les 115 cas de lèpre reçus en 2009 à Brazzaville et dans les centres de traitement secondaires, 71 ont totalement été soignés, bien que neuf s’en soient tirés avec des infirmités. “Comme le traitement est gratuit, nous procédons à des tests de dépistage pendant les campagnes de sensibilisation, et nous traitons sur place des cas positifs”, explique-t-il.

Ces malades sont soignés grâce à la Polychimiothérapie (PCT), une combinaison de trois molécules mise en place en 1985 par l’Organisation mondiale de la Santé. La PCT a des effets très efficaces sur le bacille de la lèpre. Ce traitement gratuit dure de six à douze mois. “La PCT est disponible dans tout le pays”, informe Dr Obvala.

Toutefois, dans les départements de la Likouala et de la Sangha, au nord, les taux de prévalence sont préoccupants. Ils varient entre 2,30 et 11,50 pour cent, selon le rapport 2009 du Programme national de lutte contre la lèpre. “C’est une menace, et cela est dû aux conditions difficiles d’accès dans ces régions enclavées. L’instabilité des populations pygmées empêche également de les dépister et de les traiter correctement”, explique Dr Obvala à IPS.

Dans le Pool, le même rapport indique un taux de prévalence de 2,82 pour cent, à cause de la guerre civile qui a sévi dans cette région entre 1998 et 2003, empêchant le programme d’y développer ses activités. “On ne peut pas parler maintenant de la fin de la lèpre au Congo, comme on l’avait déjà annoncé en 2000. Il faut redoubler de vigilance et être présent sur le terrain”, recommande Vincent Cyriaque Kimbekete, président de l’Association congolaise Raoul Follereau, basée à Brazzaville, une association qui lutte contre la lèpre.

En général, les lépreux ne sont pas acceptés dans la société à cause du caractère très contagieux de cette maladie. A Moukondo, au sud ouest, des lépreux guéris ont formé un village où ils vivent avec leurs familles. “Ils sont environ 80 personnes et vivent de l’agriculture”, informe Kimbekete.

Mais, suite à des actions de réinsertion, menées surtout par l’Association congolaise Raoul Follereau, plusieurs malades guéris ont réussi leur réintégration dans la société.

André Bilolo est arrivé en 1984 au centre des lépreux de Brazzaville. Guéri trois ans après, et connaissant la couture, il a été recruté au centre. “Ici, depuis 1992, c’est moi qui fais les blouses, les draps, les couvre-matelas, les moustiquaires”, dit-il à IPS.

Gervais Mouanda a également été traité et inséré dans la vie active. “Je n’étais plus sûr de reprendre mon métier de chauffeur”, confie-t-il à IPS. “Bien que j’aie perdu l’usage de deux doigts et quatre orteils, je conduis un taxi et, grâce à ça, je m’occupe de ma petite famille.” * L’identité de cette personne est protégée