MBERENGWA, Zimbabwe, 17 sep (IPS) – Le directeur Njabulo Mpofu a précédemment résisté à de longues périodes de sécheresse, mais les problèmes d’eau qui affectent son école dans la région aride de Midlands au Zimbabwe sont pénibles.
Les experts disent que le niveau de la nappe phréatique est en train de baisser dans la province de Midlands, avec les eaux souterraines disparaissant plus en profondeur dans la terre et menaçant la vie des humains et du bétail.
C’est là que la sécheresse dévastatrice des années 1990 a entraîné l’apparition d’un bétail squelettique errant sur la terre desséchée en quête de l’eau, pendant que certains villageois fuyaient vers les villes.
La rareté persistante de l’eau, déclare Mpofu, a obligé les élèves à investir du temps dans la recherche de l’eau au lieu de suivre les cours, avec les villageois consacrant également de plus en plus leur journée à chercher de l’eau de nouvelles sources, plus loin de leurs maisons.
Mberengwa est l’une des nombreuses communautés des régions rurales du Zimbabwe ressentant l’incidence des faibles précipitations dans un pays où l’approvisionnement en eau propre pour les populations rurales et urbaines à la fois demeure un très grand défi.
Selon une évaluation des OMD (Objectifs du millénaire pour le développement) en 2004, l’accès à l’eau propre et potable dans les zones rurales du Zimbabwe a baissé de 75 pour cent en 1999 à 68 pour cent en 2003.
Pendant que la plupart des régions rurales ont longtemps compté sur les eaux souterraines – les forages font vraiment partie des infrastructures des écoles comme celle de Mpofu –, il est de plus en plus difficile d’utiliser cette ressource vitale au milieu des défis de faibles précipitations et de la faible exploration des eaux souterraines à la fois.
Même si des millions de personnes dans toute la région comptent sur les eaux souterraines, la division des eaux de la Communauté de développement de l’Afrique australe déclare qu’il y a généralement une mauvaise compréhension des communautés sur la façon de gérer cette ressource cachée.
Le projet de gestion de la sécheresse et des eaux souterraines de la SADC a mené une enquête de base en 2008 qui aborde les questions d’eaux souterraines dans les Etats membres. L’enquête a révélé que, malgré le potentiel reconnu de l’utilisation des eaux souterraines pour améliorer l’approvisionnement rural en eau, leur invisibilité conduit à un manque de décision valable et d’allocation de ressources pouvant conduire à l’amélioration de leur utilisation, de leur développement et de leur gestion.
Sobona Mtisi, chargé de recherche à 'Overseas Development Institute (ODI)' (Institut de développement d’outre-mer) au Royaume Uni, déclare que ce qui complique l’exploitation des eaux souterraines dans la région aride de Midlands et dans les autres parties du Zimbabwe, est que cette ressource n’est pas aussi facilement disponible qu’on le pensait auparavant.
On reconnaît de plus en plus une baisse des niveaux de la nappe phréatique à cause de la recharge réduite des eaux souterraines par les précipitations, a déclaré Mtisi à IPS, mais les eaux souterraines demeurent une option pratique – là où la géologie souterraine le permet: “Les eaux souterraines peuvent être exploitées à partir de 25 pour cent seulement de la zone de surface au Zimbabwe puisque l’autre 75 pour cent est composé de roches dures qui rendent difficile l’extraction de l’eau souterraine”, a-t-il déclaré.
Mtisi a cependant ajouté que les problèmes d’eau en milieu rural comme ceux qui affectent l’école du directeur Mpofu et les villages environnants peuvent être convenablement abordés à travers des politiques claires visant à fournir des solutions à long terme.
“Mettre en place une politique efficace et un cadre institutionnel qui encouragent l’accès équitable à l’eau pour les différents utilisateurs en vue d’améliorer l’accès à l’eau à long terme”, a déclaré Mtisi. “La fourniture de technologie d’approvisionnement en eau à faible coût pourrait permettre aux habitants des régions arides et semi-arides d’exploiter l’eau aux endroits où ils en ont besoin”.
Pour l’école rurale de Mpofu, la vie pourrait être rendue plus difficile avec les récentes projections du service de météorologie du pays selon lesquelles cette année pourrait être encore une autre année de sécheresse.
C’est seulement lorsque les écoles sont fermées pour les vacances que les élèves se reposent de leurs courses à la recherche de l’eau, disent les enseignants d’ici.
La sécheresse menace les grands centres urbains aussi. La municipalité de Bulawayo a rapporté le mois dernier que les barrages d’approvisionnement de la ville étaient dangereusement bas en raison des faibles précipitations, malgré les projections antérieures selon lesquelles les dernières pluies avaient été suffisamment abondantes pour maintenir la ville pendant une autre période de trois ans.
Par le passé, des pénuries sévères d’eau ont obligé les écoles à fermer au milieu des craintes des maladies hydriques comme le choléra.
Les villageois de Mberengwa déclarent qu’ils continuent de demander la construction d’un barrage comme une solution à long terme.
“C’est pénible pour nous lorsqu’il y a des pluies mais tout est perdu dans le ruissellement alors que cela pouvait être sauvé par le barrage”, a déclaré Titus Mguni, un villageois.
“Nos problèmes d’eau sont aussi vieux que les collines mais nous survivons tout de même”.
Mais les barrages exigent de l’argent, et dans un pays où la plupart des projets de développement ont été retardés par manque de fonds, ceci pourrait amener l’eau souterraine à ne plus être exploitée de sitôt pour une utilisation pendant les années de sécheresse.
Pendant ce temps, dans le calme des collines de Mberengwa, des écoles et des villages désespérés continuent leur quête pour des oasis d’espoir.
“Le droit à l’eau pour les pauvres doit être intégré dans la loi sur l’eau du pays pour assurer que l’Etat fasse de l’approvisionnement en eau pour les pauvres une priorité”, a déclaré Mtisi.

