DROITS-RD CONGO: La psychose gagne les défenseurs des droits de l’Homme

KINSHASA, 9 sep (IPS) – «J’ai été torturé sept jours durant par des hommes en uniforme sans avoir été entendu sur procès verbal à propos des faits qui me sont reprochés», a dit à IPS Bwira Kyahi, président de la société civile de Masisi.

Kyahi et un autre défenseur des droits de l’Homme, Balisi Kapumba, animateur de l’ONG 'Action solidaire pour la paix et le développement', ont été enlevés au cours de la dernière semaine d’août 2010, à Goma, dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Kyahi a été retrouvé depuis le 30 août 2010.

Un membre de la société civile de Masisi, qui a requis l’anonymat, a déclaré à IPS: «C’est depuis le 30 juillet 2010 que Bwira est victime des menaces téléphoniques à cause d’une lettre ouverte que la société civile a écrite à Joseph Kabila, à propos de l’insécurité causée à Masisi par des éléments armés du CNDP».

Le CNDP est le Congrès national pour la défense du peuple, ex-rébellion autrefois dirigée par le général Laurent Nkundabatware puis par le général Bosco Ntaganda, actuellement haut commandant au sein de l’armée congolaise (FARDC).

Les enlèvements de kyahi et de Kapumba sont intervenus moins de trois mois après l’assassinat de Floribert Cebeya, ancien secrétaire exécutif de l’ONG la Voix des Sans Voix pour les Droits de Homme (VSV), dans la nuit du 1er au 2 juin 2010 à Kinshasa, capitale de la RDC.

Des rapports d’ONG indiquent que plusieurs cas d’assassinats, de tortures et de harcèlements des défenseurs des droits de l’homme demeurent impunis en RDC. «La peur pour les défenseurs des droits de l’homme est d’autant plus grande que les présumés auteurs de ces attaques bénéficient de toute impunité», fait observer la VSV.

«A l’approche des échéances électorales de 2011, les autorités congolaises devraient garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme, la liberté d’expression et la sanction contre les attaques à l’endroit des défenseurs des droits de l’homme», affirme Fernandez Murhola, coordonateur du Réseau national des ONG de défense des droits de l’homme au Congo (RENADHOC) à Kinshasa.

Le rapport de la VSV déplore que des responsables de la police, «accusés d’être impliqués dans l’assassinat de Cebeya, bénéficient de toute impunité et des privilèges des rangs officiels qu’ils occupent dans la police nationale». Le 08 septembre 2010, une coalition composée de 36 organisations internationales et congolaises de défense des droits humains a appelé le gouvernement congolais à s’impliquer activement dans la protection des défenseurs des droits de l’homme et dans la lutte contre l’impunité.

La coalition a demandé notamment au gouvernement de procéder à l’exécution du mandat d’arrêt de la Cour Pénale internationale (CPI) lancé contre le général Bosco Ntaganda, accusé de graves violations des droits de l’homme. Réagissant à cette demande, Emmanuel Luzolo Bambi, ministre de la Justice et des Droits humains a déclaré: «Le gouvernement ne peut entamer la moindre action sans être préalablement informé. Il existe une entité de liaison entre la société civile et le gouvernement et il appartient à cette entité d’être le canal d’information du gouvernement sur les violations des droits de l’homme».