KENYA: Surveiller la prise d’antirétroviraux chez les enfants

NAIROBI, 11 sep (IPS) – Lorsque Ronald Gathece, alors âgé de 11 ans, a été mis sous antirétroviraux (ARV) après avoir été déclaré séropositif, le personnel médical n'a pas surveillé sa réaction au traitement. Mais les effets secondaires avaient été si mauvais que le jeune garçon avait pensé au suicide.

“Je vomissais et j’avais des démangeaisons sur tout mon corps après la prise des médicaments”, se souvient Gathece, aujourd’hui âgé de 16 ans. “Cela a été aggravé par le fait qu'il y avait à peine de quoi manger dans la maison parce que ma grand-mère était sans emploi. J’ai complètement arrêté de prendre les médicaments et je souhaitais mourir puisqu'il ne s'agissait pas d'une maladie que j'ai contractée moi-même”. Gathece est né séropositif.

Heureusement, un programme de sensibilisation communautaire affilié au Réseau des femmes vivant avec le VIH au Kenya (KENWA) dans le bidonville de Mathare, un ensemble de banlieues au nord-ouest de Nairobi, où vit Gathece, est intervenu. Leur organisation l’a convaincu de reprendre son traitement anti-rétroviral (TAR).

“Quand nous l’avons trouvé, il nous a dit qu'il n'y avait pas eu de suivi de la part des agents de santé du dispensaire pour savoir comment il arrivait à accepter l’ordonnance des ARV”, affirme Grace Njinju, un agent communautaire représentant le KENWA à Mathare. “Nous l'avons convaincu de recommencer le traitement et l'avons inscrit dans notre programme pour l'alimentation des orphelins et enfants vulnérables”.

Mais cela fait cinq ans. Gathece est maintenant un adolescent, mais il reste encore beaucoup d'autres enfants séropositifs qui ont du mal à adhérer aux ARV en raison de la faible surveillance et du mauvais suivi des effets par les agents de santé. C'est une situation qui selon les médecins affecte les progrès que les enfants font avec le TAR.

Mais un nouveau kit de surveillance peut aider les professionnels de la santé à dresser une liste des enfants éprouvant des difficultés avec le TAR et contrôler les effets secondaires des ARV. Ce kit, qui a été dévoilé pour la première fois mi-août en Afrique orientale à Nairobi, décrit les lignes directrices sur la façon de surveiller la qualité, la sécurité et l'efficacité des médicaments.

Selon Dr Jayesh Pandit, directeur de la pharmacovigilance à la Commission de contrôle des médicaments et des substances toxiques du Kenya, les agents de santé qualifiés dirigeront le processus de surveillance des médicaments. Dans ce processus, ils sont tenus de recueillir des détails sur les effets secondaires rencontrés dans la prise de certains médicaments, entre autres, les médicaments contrefaits et les médicaments prohibés.

“Aucun médicament n'est à 100 pour cent sans danger et c'est donc un couteau à double tranchant”, déclare Pandit. “C'est encore pire chez la population pédiatrique parce que globalement très peu d'essais cliniques de médicaments sont réalisés avec l’implication de la pédiatrie. La plupart des essais cliniques sont menés chez les adultes, mais quand il y a un profil de sécurité relativement bon, c'est en ce moment que les enfants sont impliqués”.

L'un des contenus du kit, affirme Pandit, est une fiche médicale que les agents de santé seront tenus de remplir après avoir interrogé les malades sur la façon dont ils réagissent aux médicaments. Les agents de santé, ajoute-t-il, sont formés pour dresser la liste des patients placés sous des médicaments en consultant les registres médicaux dans leurs postes de travail.

Pandit dit que les rapports seront analysés puis envoyés finalement à la base de données internationale, Vigibase, située au centre international de surveillance des médicaments de l'Organisation mondiale de la santé en Suède.

“C'est une bonne initiative parce que nous avions des problèmes à gérer les effets secondaires des ARV chez les enfants”, explique Florence Akinyi, une conseillère sur le VIH/SIDA dans la banlieue de Korogocho, à Nairobi. “Les mères nous disent que les enfants développaient des éruptions cutanées et vomissaient après la prise des ARV. Maintenant, nous pouvons être en mesure d'identifier les médicaments qui affectent les enfants et délivrer une nouvelle ordonnance”.

Inspirés par le changement que le processus de surveillance de la sécurité des médicaments est censé apporter, les établissements de pédiatrie ont adhéré à l'initiative d'effectuer des recherches sur la prévention de la transmission de la mère à l’enfant.

Une étude de deux ans est déjà prévue par la fondation 'Elizabeth Glazier Pediatric AIDS Foundation', au Kenya, et devrait être menée en Afrique du Sud, en Zambie et au Kenya. Selon le directeur de la recherche de la fondation, Dr John Ong'ech, l'étude sera façonnée pour répondre au besoin d'informations sur les effets cumulatifs à long terme que les ARV ont sur les enfants.

“C'est non seulement une préoccupation africaine, mais aussi une inquiétude mondiale”, déclare Ong'ech. “Les gens ne se sont pas vraiment concentrés sur ce qui arrive au bébé au-delà de la prévention de la transmission du VIH, et il n'y a donc pas un accent sur la façon dont les médicaments agissent sur les bébés pendant trois ans sur toute la ligne”.