AFRIQUE DU SUD: Le filtre à base de 'sachet de thé' fournit de l’eau potable

JOHANNESBURG, 31 août (IPS) – Bien que cela puisse ressembler à un sachet de thé, passer l'eau à travers ce filtre récemment mis au point pourrait constituer un moyen d'obtenir de l’eau bon marché et facile pour ceux qui en ont le plus besoin.

Ce dispositif unique, développé à l'Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud, n'est pas le sachet de thé ordinaire, mais un filtre à eau, sophistiqué et peu coûteux, qui s'insère dans le goulot d'une bouteille et peut rapidement purifier l'eau. Et ce filtre pourrait apporter une solution à court terme pour ceux qui n'ont pas accès à l'eau potable, déclarent des experts en eau. Toutefois, soulignent les experts, ce n'est pas un substitut des infrastructures de purification de l'eau. Bien que le filtre ne soit pas encore fabriqué à grande échelle, il pourrait éventuellement jouer un rôle dans la lutte contre les maladies causées par la consommation d'eau insalubre. Selon les Nations Unies, un peu plus d’un milliard de personnes dans le monde n'ont pas un accès sûr à l'eau potable et plus de deux millions de personnes, principalement dans les pays en développement, meurent chaque année de maladies liées à l'eau insalubre et aux mauvaises conditions sanitaires. Le filtre est composé de trois parties, ce qui le rend unique parmi les filtres, selon le professeur Eugène Cloete, doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Stellenbosch et promoteur du filtre. Semblable à d'autres systèmes de purification, un réseau de nanofibres et de carbone actif captent les bactéries de l'eau, a expliqué Cloete. Mais ce qui le rend unique, c’est l'inclusion d'un produit chimique biocide dans le filtre, qui tue tous les agents pathogènes capturés à l'intérieur, a indiqué Cloete à IPS. “Les bactéries et les virus ne peuvent pas se déplacer à travers (le filtre), et nous les tuons ensuite si bien qu’ils ne se concentrent pas à l’intérieur du filtre”, a affirmé Cloete. “Il n'existe rien de pareil dans le monde”. En Afrique du Sud, des efforts pour amener l'eau potable aux communautés rurales ou pauvres ont été entravés par un manque d'ingénieurs dans les municipalités, ainsi que l'inégalité entre les infrastructures des villes et des zones rurales, selon Sharon Pollard, directeur de programmes à l'Association pour l'eau et le développement rural, une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Afrique du Sud. “Sur 351 municipalités locales, environ six comptent des ingénieurs parmi le personnel”, a dit Pollard. “L'infrastructure dans les anciens homelands est de loin pire que dans la banlieue de Johannesburg, par exemple”. Dans les zones sans assainissement adéquat, Pollard a indiqué que les gens dépendent des vendeurs informels d'eau qui fixent des prix très élevés, ou des quelques canalisations publiques qui fournissent de l'eau potable. L’un des avantages du filtre à eau à base de 'sachet de thé' est qu'il est portable et peut être utilisé par toutes les personnes voyageant vers les régions qui ne disposent pas d’eau potable, ou celles qui n'ont pas un approvisionnement régulier en eau potable. Le défi serait la meilleure façon d'obtenir le filtre pour ceux qui en ont le plus besoin, a déclaré Thomas Levine, un économiste à 'German Technological Corporation', un groupe de réflexion sur le développement. Bien que des ONG puissent généralement amener l'aide vers les communautés le plus rapidement, les gouvernements offrent leurs propres avantages, a déclaré Levine. Cette nouvelle technologie de filtre serait mieux utilisée comme bouche-trou dans des zones où il n'existe aucune infrastructure préexistante pour purifier l'eau, a confié Levine. “A long terme, la question est de savoir comment stabiliser l'approvisionnement en eau”, a souligné Levine. “En attendant, vous avez besoin de technologies comme celle-ci”. Certaines régions, telles que la ville de Juba dans le Sud-Soudan, dépendent des donateurs internationaux pour leur eau potable, a expliqué Stephen Maxwell Donkor Kwame, président du Programme de l'eau des Nations Unies pour l'Afrique. Bien que ces bailleurs de fonds puissent sauver des vies, Donkor a dit que leur contribution n’est pas finalement inépuisable, puisque les communautés qu'ils desservent ne sont pas autonomes pour leurs besoins fondamentaux. Les filtres sont mieux utilisés dans des situations d’urgence, a déclaré Donkor. Jusque-là, ce dispositif a suscité l'intérêt des points de vente, des ONG et des philanthropes, a indiqué Cloete. Jusqu’ici, aucune décision n'a été prise sur la manière dont le filtre sera distribué. Cloete a dit qu’il espère commencer la production des filtres d’ici à la fin de 2010.