LUSAKA, 30 août (IPS) – Les résidents du quartier George se souviennent des mauvais jours passés du début des années 1990, au moment où cette zone a connu de désagréables épidémies de maladies d’origine hydrique.
La mauvaise gestion et le mauvais entretien ont provoqué l’effondrement des infrastructures hydrauliques de cette zone densément peuplée par des personnes à revenu bas. Les gens ont eu recours à l’utilisation de l’eau provenant des puits peu profonds, facilement contaminés.
Un don japonais a appuyé la mise en place du projet d’approvisionnement en eau de Georges en 1995, avec la gestion de l’approvisionnement en eau du quartier surveillée par une équipe de 60 personnes du quartier élues par la communauté, travaillant ensemble avec la 'Lusaka Water and Sewerage Company' (LWSC) (Société de gestion de l’eau et du système des égouts de Lusaka).
Il y a 15 ans aujourd’hui, le directeur du site d’eau de George, Lengwe Mwape, déclare que les besoins fondamentaux en eau sont en train d’être satisfaits pour les 200.000 résidents environs du township: huit puits et réservoirs d’eau qui fournissent de l’eau à 385 points d’accès communautaires, permettant à chaque famille de puiser jusqu’à 250 litres par jour.
“Nous avons environs 16.500 ménages sous le régime prépayé. Ensuite, nous avons 2.000 propriétés supplémentaires individuellement abonnées. Nous pompons 240.000 litres le matin et la même quantité le soir pour ceux qui vont aux robinets communautaires”, déclare-t-il. “Pour ceux qui sont individuellement abonnés, ils ont une durée plus longue d’approvisionnement, 16 heures en moyenne par jour”.
Le projet d’approvisionnement en eau de George satisfait lui-même aux frais de traitement de l’eau, en dépensant jusqu’à six mille dollars US par mois. Les résidents achètent chaque mois une carte au bureau de 'Lusaka Water Company' à 10.000 kwacha (approximativement 2 dollars) donnant droit à 7.500 litres d’eau au titulaire. Lorsqu’un membre du ménage va au robinet, il présente une carte au contrôleur, qui l’autorise à puiser une quantité maximale journalière.
Il y a ceux qui n’ont pas de moyens pour la participation mensuelle. Ceux-ci paient 200 kwacha pour tous les 20 litres: un prix par litre sept fois plus cher que l’eau par abonnement mensuel.
Rose Malama, une résidente du quartier, a l’impression que le projet est bénéfique pour la communauté, mais elle a des réserves, à commencer par la structure des prix.
“J’ai seulement une petite famille, donc, si j’ai besoin de l’eau pour laver les habits, je dois alors puiser davantage. Mais, si je ne l’utilise pas pour cela, peut être ce serait trois ou quatre récipients seulement, ce qui fait 100 litres.” Elle aimerait qu’on lui fasse payer seulement la quantité utilisée. La plupart des résidents ont l’embarras de choix entre utiliser moins de la quantité journalière maximale de 250 litres à laquelle leur carte mensuelle leur donne droit et acheter de l’eau à l’utilisation, mais à un prix beaucoup plus élevé.
“Nous ne pouvons rien faire en tant que citoyens”, ajoute Malama, “puisqu’ils ont dit que cette eau est à 10.000 kwacha, c’est à prendre ou à laisser”.
La commission de l’eau de George est élue pour un mandat de cinq ans par la communauté. Sa mission est d’assurer que le projet sur l’eau fonctionne efficacement et de s’occuper de l’entretien. Un moniteur de robinet est attribué à chaque zone pour surveiller le fonctionnement du système et assurer la disponibilité de l’eau aux heures indiquées. Les moniteurs signalent aussi les raccordements illégaux et assurent que personne ne puise l’eau à laquelle elle n’a pas droit.
Selon Mwape, l’équipe emploie principalement les personnes du quartier pour gérer les opérations quotidiennes de l’installation. La commission et la LWSC ont également engagé des comptables, des techniciens en eau et autres.
“Nous avons des réunions toutes les quinzaines pour leur donner un aperçu sur la façon dont cette unité fonctionne en termes de perception des recettes. Nous leur donnons des tâches et des domaines spécifiques de suivi, et visitons les propriétés désabonnées et vérifions si ces gars-là sont toujours désabonnés”, déclare-t-il.
“Nous avons encore 8.000 [ménages] qui n’ont pas de cartes et qui ne se sont pas abonnés individuellement”.
George est peut être typique des installations informelles dans toute l’Afrique australe: le défi technique d’approvisionnement en eau pour un quartier dense, sans aménagement, se complique avec une multitude de pratiques pirates.
“Nous aurions des raccordements illégaux, des gens d’ici [du projet] en complicité avec des gens de la communauté. Ils leur accordent un raccordement individuel. Il y a eu également la question de la vente de l’eau”.
Selon Mwape, des gens sans scrupules avec des raccordements individuels amassent d’énormes bénéfices de la vente de l’eau, profitant du paiement de l’eau à un prix beaucoup plus bas et du fait que cette eau est disponible pour eux plus longuement.
“Ils vendent à 300 kwacha en moyenne le récipient de 20 litres. Nous leur offrons 20 litres à 20 kwacha. Ils gagnent par jour ce que nous faisons payer à un individu par mois”.
Afin de relever les défis liés aux raccordements illégaux et à la vente de l’eau, un comité de sécurité a été mis sur pied pour travailler avec la police en vue de mettre fin à cela.
Quelques puits creusés à la main demeurent à George, et par conséquent, déclare Mwape, des cas de choléra sont encore enregistrés ici pendant la saison pluvieuse. Mais le projet sur l’eau a considérablement réduit le problème puisque peu de résidents utilisent encore des sources d’eau insalubres.
Plusieurs résidents – parlant sous le couvert de l'anonymat pour éviter des représailles – ont déclaré à IPS qu’il faut une plus grande transparence dans la justification des 20 pour cent de commission qui revient mensuellement à la commission de l’eau. Ils veulent que des rapports de comptabilité complets de ses dépenses, en matière d’entretien par exemple, soient produits tout le monde pour que tout le monde puisse voir.
“Nous voulons qu’ils rendent comptent; nous voulons savoir là où cet argent va”.
Mais Mwape déclare qu’ils seront déçus s’ils pensent qu’il y a des millions de kwacha non justifiés.
“Il devient de plus en plus difficile de maintenir ce projet viable. Les dépenses ont augmenté. Tout: l’électricité, les factures téléphoniques, les produits chimiques pour le traitement. Mais les tarifs n’augmentent pas au taux des autres dépenses”, a-t-il déclaré à IPS.
Le projet d’approvisionnement en eau de George a réussi à restaurer une sécurité d’approvisionnement en eau pour une zone où on en a beaucoup besoin. Pour répondre aux préoccupations des résidents et tenir toujours face à l’augmentation des coûts, son équipe de gestion doit maintenir des comptes clairs et transparents et être disposée peut-être à écouter les plaintes des utilisateurs.

