COTE D’IVOIRE: Davantage d’accouchements assistés par un personnel qualifié

ABIDJAN, 31 août (IPS) – Abiba Tahoué, 32 ans, se prépare à quitter le centre de santé communautaire d’Abobo-Baoulé, une banlieue au nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, où elle vient de donner naissance à son troisième enfant, le premier né dans une maternité.

Son carnet de santé communautaire en main, Tahoué avait le sourire aux lèvres, ce 26 août, malgré un travail difficile et trois heures d’anxiété qui ont précédé l’accouchement. Elle affiche une double satisfaction. La première, celle d’avoir profité d’une réduction de plus de la moitié du coût de l’accouchement: une facture de 4.000 francs CFA (environ huit dollars), contre 10.000 FCFA (20 dollars) ou 25.000 FCFA (45 dollars) dans les grands hôpitaux publics et les cliniques privées. La seconde est d’avoir surtout bénéficié d’une assistance médicale de qualité de la part des sages-femmes. “J’avais des appréhensions en arrivant. On racontait que les sages-femmes maltraitaient les patientes lors des accouchements parce que beaucoup d’entre elles n’avaient pas le niveau”, explique Tahoué à IPS. “Mes deux premiers accouchements se sont déroulés à domicile pour éviter de subir leur torture. Mais cette fois, je savais qu’il y avait des risques, alors j’ai choisi un centre de santé et je ne suis pas déçue”, avoue-t-elle. Dans la maternité, d’autres femmes en attente d’accouchements observent attentivement les allers et venues des sages-femmes. Certaines femmes enceintes s’inquiètent au moment de rejoindre la salle d’accouchement pendant que d’autres se montrent optimistes. “J’ai respecté toutes les consignes de santé lors de la grossesse. Les visites prénatales et les vaccins sont à jour. Le suivi s’est déroulé correctement. Il n’y a pas de raison que les choses ne se passent pas normalement”, affirme à IPS, Cathérine Tanoh, 34 ans, qui porte sa deuxième grossesse. Cet avis est partagé par la sage-femme Monique Kouamé. “Lorsque la patiente est correctement suivie dans la période prénatale, nous n’avons aucune difficulté à la faire accoucher”, dit-elle à IPS. Kouamé, comme les quatre autres sages-femmes de la maternité, suit quasiment tous les trois mois, des séances de formation sur le suivi d’une grossesse et d’un accouchement. Cependant, elle reconnaît qu’il existe “des cas de décès à l’accouchement dus à des hémorragies. Mais nous n’en rencontrons pas plus de cinq dans l’année, au lieu d’une dizaine dans le passé”. Cela est dû au fait, selon Kouamé, “qu’il y a des femmes enceintes derrière lesquelles il faut souvent faire la police. Lorsque nous les rencontrons dans les rues du quartier, nous n’hésitons pas à leur rappeler, pour certaines, les visites à venir. Car il y en a à risque qui oublient leurs rendez-vous”. Dans un rapport publié le 25 août 2010 sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les autorités ont indiqué que les accouchements assistés par un personnel qualifié étaient en hausse en Côte d’Ivoire. De 45 pour cent en 1994, le taux est passé à 56 pour cent en 2009 et devrait atteindre 60 pour cent en 2014. Le grand pic de cette progression se situe notamment dans le sud-ouest du pays où les sages-femmes, en service dans les différentes maternités de la région, ont réalisé en 2009, quelque 22.100 accouchements sur les 25.708 enregistrés, soit 86 pour cent contre 79 pour cent en 2007. Les 3.608 restants se sont déroulés à domicile. Par ailleurs, le pays a connu une baisse du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans qui est de près de 15 pour 1.000 naissances en 2010, selon le rapport, et qui pourrait tomber en dessous de 10 pour 1.000, en 2014. “Il faut aujourd’hui permettre l’accès aux hôpitaux à un plus grand nombre de personnes. Car dans des localités, soit le personnel médical est inexistant et les bâtiments tombent en ruine, soit l’état des pistes impraticables empêche le déplacement des populations”, souligne Fanta Traoré, sage-femme à Soubré, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire. Pour sa part, Laciné Diaby, directeur du développement au ministère du Plan et du Développement, a reconnu, lors de la présentation du rapport, que les indicateurs évoluent de manière favorable, mais non encore suffisante”. Selon lui, la crise politico-militaire, que traverse le pays depuis bientôt huit ans, n’aurait pas permis un investissement important dans le secteur de la santé. “Afin de pouvoir atteindre les OMD dans ce domaine, il faudrait augmenter le budget lié à la santé publique pour la formation des agents, et surtout pérenniser la gratuité de certains services”, propose le rapport. Le budget de la santé s’élève actuellement à 115 milliards FCFA (environ 230 millions de dollars), soit moins de cinq pour cent du budget national, selon le ministère.

Ces mesures sont nécessaires en raison des risques que courent les femmes non assistées à l’accouchement. Selon Joseph Bi Vroh, directeur du Programme de la santé de la reproduction et de la planification familiale (PSRPF) au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, “la conséquence du déficit d’assistance médicale qualifiée est déjà énorme en Côte d’Ivoire”. Quatre-vingt pour cent des décès maternels sont dus à des causes médicales directes parmi lesquelles les hémorragies (36,1 pour cent), les dystocies (20,3 pour cent), les infections du post-partum (4,8 pour cent), les complications de l’avortement (14,8 pour cent) et l’hypertension artérielle (18,2 pour cent), selon le PSRPF. Ces difficultés entraînent 543 décès maternels pour 100.000 naissances encore en 2010, tandis que 16 femmes décèdent par jour en même temps que le bébé dans le pays à cause des complications à l’accouchement, indique le PSRPF.