DROITS-AFRIQUE: Les Groupes De Femmes Se Préparent Pour Le Prochain Millénaire

JULIASDALE, ZIMBABWE, 24 nov. (IPS) – Les activistes africaines
ont décidé
de réformer leur mouvement pour mieux affronter les défis du 21ème
siècle.

"Pour survivre au cours du prochain millénaire, nous devons
réunir les
réseaux des femmes africaines afin d'examiner les questions de
gouvernance
au sein des organisations elles-mêmes", a déclaré Gladys Mutukwa,
directrice régionale de WILDAF (Women In Law and Developement In
Africa).
Un séminaire d'une semaine (21-27 novembre) sur le thème de 'la
gouvernance
et la gestion des organisations non gouvernementales (ONG) des
femmes
africaines', a réuni 30 femmes de différents pays africains à
Juliasdale,
ville touristique située à environ 240 kilomètres à l'Est
d'Harare, la
capitale zimbabwéenne.
Le séminaire a été organisé par WILDAF, African Women's Leadership
Institute
(institut de leadership des femmes africaines (AWLI) et Akina Mama
wa Afrika
(AMWA), une organisation féminine non gouvernementale de
développement dont
le siège est à Londres.
"Nous voulons aussi voir comment nos institutions peuvent, si
elles sont
démocratiquement gérées, contribuer à renforcer le mouvement
d'émancipation
des femmes africaines", a affirmé Mutukwa qui réside à Lusaka en
Zambie.
"La force que doit avoir le mouvement des femmes pour affronter
les défis
du prochain millénaire nous oblige à travailler plus en réseau, à
être plus
démocrates et mieux gérées", a-t-elle confié à IPS. "Nous devons
nous
réévaluer, renouveler notre engagement et renforcer nos
compétences".
"Nous avons le fort sentiment que le mouvement des femmes
africaines doit
être revitalisé et bien prêt à faire face aux défis de la
mondialisation",
dit-elle.
"Le mouvement des femmes africaines a fait un long chemin. Bien
que nous
ayons fait ce long chemin, nous avons aussi compris la nécessité
d'approfondir les questions liées à la viabilité de nos
organisations et à
l'extension du mouvement", affirme Mutukwa. "Au fil des années,
nous
avions tellement d'activités que nous n'avions pas assez de temps
pour
penser à nos réalisations et à nos objectifs précis".
La nécessité pour les femmes de se préparer pour le 21ème siècle
est
cruciale, souligne la réunion. Elles représentent plus de la
moitié des 700
millions de personnes que compte l'Afrique. Mais, bien que la
majorité de la
population soit faite de femmes de moins de vingt ans, les postes
de
décision et de responsabilité sont occupés par les hommes dans
plusieurs
pays africains.
Les femmes activistes estiment qu'il faut qu'un certain nombre de
conditions
soient remplies avant que l'Afrique ne puisse relever les défis du
21ème
siècle. Il faut que les processus de réforme législative tiennent
compte des
droits coutumiers qui érodent les droits des femmes et les
empêchent de
voter. L'accès des femmes au crédit doit aussi être amélioré.
Plusieurs femmes entrepreneurs n'arrivent pas à développer leur
potentialité
parce qu'elles n'ont pas accès au crédit. Pour obtenir un prêt, il
faut
dé une garantie que les femmes n'ont souvent pas. Dans certains
pays,
la législation oblige aussi les maris à se porter garants de leurs
femmes
afin qu'elles obtiennent une licence commerciale. Dans certains
systèmes
juridiques, les femmes seules n'ont pas droit aux exemptions
fiscales et aux
allocations de logement. Les femmes mariées n'ont pas droit aux
exemptions
fiscales sur leurs hypothèques.
La tenue de ce séminaire et les questions débattues sont "tout
simplement
correctes", selon Pat McFadden du centre zimbabwéen de recherche
sur les
femmes.
"L'Afrique est un dépotoir, nous sommes en crise, nous n'avons
rien fait de
bon, après 40 ans d'indépendance, le continent est dans la
merde", constate
McFadden.
"Dans le mouvement des femmes africaines, nous avons une relation
très
trouble avec le Nationalisme", explique McFadden. "C'est une
relation
loyale et subjective que nous avons directement et indirectement
avec les
hommes qui ont hérité de l'Etat lors de l'indépendance".
"Nous devons définir la politique du mouvement qui va au-delà du
nationalisme, car le nationalisme est un concept trop large, trop
opportuniste. Alors, la question critique est de politiser le
mouvement et
de comprendre que la formation des femmes fait partie de
l'acquisition des
compétences", indique McFadden.
"Malheureusement, la formation des femmes remplace la politique
du
mouvement féministe et de cette façon, elle la dépolitise", a-t-
elle dit à
IPS.
"Les femmes apportent quelque chose de spécial à la politique, et
j'espère
que cette chose sera détachée et comprise, car nous ne
l'attacherons pas
simplement avec un beau ruban rose, nous n'écrirons pas féminité
là-dessus
pour ensuite arrêter notre mouvement d'émancipation", promet
McFadden.
"Nous ne reconnaissons pas encore que nous sommes un mouvement
politique.
Nous croyons toujours au public tout comme si nous étions des
femmes
invitées à boire du thé, en plus nous sommes souvent très choquées
quand les
hommes sont brutaux et violents envers nous en public", avoue
McFadden.
Victoria Mwaka du centre international d'échange culturel des
femmes
ougandaises (WCCE) pense qu'en ce moment où le mouvement des
femmes porte
son regard sur les défis du nouveau millénaire, "nous devons nous
évaluer
et voir là où nous avons eu tort".
"Il peut y avoir plusieurs interprétations de certaines questions
parce que
nous avons des personnalités différentes qui ont entraîné des
affrontements.
Cependant, je crois aux critiques positives. Au lieu de créer
l'animosité,
les critiques positives sont l'avenir du mouvement des femmes",
prédit-elle.
L'un des objectifs du séminaire est de placer le féminisme au cur
du
leadership du mouvement des femmes africaines.
"Cela présente une unique opportunité qui coïncide avec la fin du
millénaire, la fin du siècle et le début d'un nouveau millénaire.
Nous
devons redéfinir la façon dont nous entrons et participons à ce
mouvement
mondial", conclut McFadden.