BULAWAYO, 26 jan (IPS) – Un projet à Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, dans le sud du pays, utilise de manière créative les “eaux marginales” pour réduire la pénurie d'eau tout en aidant les habitants à fournir des aliments et gagner leur vie.
La pénurie d'eau a amené les agriculteurs urbains à se tourner vers les eaux usées traitées pour produire des aliments dans les limites de la ville.
Les pénuries d'eau de Bulawayo proviennent à la fois des sécheresses périodiques dans la région du Matabeleland et de l'effondrement de l'infrastructure de la municipalité – vieille, mal entretenue desservant cette ville de plus d'un million d’habitants.
Mais, la pénurie d'eau n'a pas dissuadé les fermiers urbains comme Agnes Maziya. Maziya est l'un du nombre croissant d'agriculteurs urbains cultivant des légumes et des cultures pour les résidents.
“L’utilisation des eaux usées m'a aidé à cultiver des légumes pour la vente”, a déclaré Maziya à IPS. “J'ai utilisé l'argent de la vente de ces légumes pour mettre mes enfants à l'école. Le projet a fait une différence pour moi et ma famille.
“Mon souhait maintenant, c’est d'améliorer la variété de légumes que je cultive ici pour inclure des carottes, des épinards, du chou, des tomates et des oignons qui vont augmenter mon revenu”.
Maziya est l'un des agriculteurs – un million environ – qui font partie d'un projet visant à cultiver des légumes à feuilles comme le colza, les fèves de sucre et du maïs utilisant des eaux usées traitées.
Le Projet de plantation de gommier sur 350 hectares est une coentreprise de la ville de Bulawayo et du Partenariat pour le développement municipal – Afrique orientale et australe (MDPESA), qui consiste à utiliser les eaux usées pour renforcer la sécurité alimentaire dans la ville.
Le projet est situé à Hyde Park, dans la partie occidentale de la ville. La terre a été divisée en lopins individuels de 5.000 mètres carrés et une section coopérative sur laquelle des fermiers ont été regroupés. Les eaux traitées sont gratuitement fournies par le conseil, avec chaque groupe recevant entre 4.500 et 5.000 litres d'eau sur une base hebdomadaire.
Ces eaux, selon Takawira Mubvami, le coordinateur du Programme d’agriculture urbaine du MDPESA, sont traitées à l'usine de traitement en utilisant la radiation et des méthodes biologiques conventionnelles. A cause des pannes, le niveau de traitement ne répond pas constamment aux normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
L'eau traitée fournie aux agriculteurs de gommier vient des usines de traitement de Luveve et de Cowdry Park qui sont, à 80 pour cent du temps, meilleures en termes de performance, de satisfaction des normes de l'OMS pour les eaux usées destinées à l'irrigation.
Cela signifie des risques élevés pour la santé. Mubvami a dit à IPS que son organisation a formé des fermiers par rapport à ces risques, mais a constaté que la plupart étaient déjà au courant des précautions nécessaires à prendre avec les eaux usées traitées concernant les types de cultures à produire et la prise de mesures contre les maladies de la peau.
“Le défi majeur a été l’obtention des vêtements de protection appropriés pour les agriculteurs”, a indiqué Mubvami. “Les fonds n'étaient pas disponibles. Pour le moment, les fermiers utilisent des seaux pour obtenir l'eau du canal d'irrigation.
“Ce n'est pas la méthode d'irrigation idéale. Ils devraient être en train d’utiliser les tuyaux d'aspiration pour l'irrigation par submersion qui réduiront la fréquence de leur entrée en contact avec l'eau. Des plans sont en cours afin d’introduire cela”.
Seuls les légumes qui doivent être cuits – détruisant tous les agents pathogènes présents dans l'eau – avant qu'ils ne puissent être mangés, sont cultivés. Des cultures comme les laitues, les tomates ou les carottes ne sont pas autorisées.
Une technique d'irrigation par submersion est utilisée pour canaliser l'eau du réservoir vers le terrain en utilisant des canaux alignés qui réduisent l’eau perdue par fuite et par évaporation. Le revêtement du canal était la première phase financée par le MDPESA pour améliorer le système d'irrigation à la plantation. Il sera achevé avec l'introduction de tuyaux d'aspiration et d’alimentation qui amèneront l'eau vers les jardins à partir des canaux.
“Le projet permet à nos fermiers de produire des cultures sur toute l'année parce qu’il existe un approvisionnement en eau fiable à partir des eaux usées”, a expliqué à IPS, Job Ndebele, directeur municipal des services d'ingénierie.
L'utilisation des eaux marginales n'est pas très courante au Zimbabwe. Elle est utilisée dans une certaine mesure à Harare, la capitale, mais limitée à l'arrosage des pâturages.
“Bulawayo est pionnière dans l’utilisation de ces eaux pour des cultures. Ils ont en fait réticulé les eaux vers les jardins. Cela a été considéré comme étant coûteux par la plupart des autorités locales dans le pays”, a déclaré Mubvami.
Utilisées correctement, les eaux usées traitées sont en train de renforcer la sécurité alimentaire, malgré la pénurie d'eau persistante.

