KAMPALA, 25 jan (IPS) – Leurs caricatures montrent une grande richesse et un grand prestige, en train d’être promenés dans des voitures à quatre roues clinquantes entourées par des gardes du corps, et bénéficiant des avantages, y compris des châteaux, des voitures, des soins médicaux et des indemnités de voyage et de service. Ils sont traités comme des personnes très importantes.
Ils ne sont pas des hommes d'affaires puissants, des célébrités ou même des chefs d'entreprises nationales. Ils sont ministres, élus au gouvernement pour servir le peuple.
En Ouganda, le rôle d'un ministre est de déterminer, d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques gouvernementales et d'assumer d'autres fonctions de l'Etat conférées par le législateur – mais dans cette partie du monde, les ministres sont souvent associés plus avec de grandes fortunes qu’avec la politique.
Les ministres sont probablement en train de jouer leurs rôles, mais cela n'est pas beaucoup mis en évidence. Dans la plupart des cas, ils sont décrits seulement comme des invités de marque – à l'inauguration d'un puits de village, lançant un atelier, ou présidant l'ouverture d'une nouvelle école ou d’un nouveau centre de santé – créant l'impression que leur fonction est simplement de faire des discours et de couper les rubans pour de nouveaux projets.
Et à la fin de la journée, ils rentrent à la maison avec un gros chèque de rémunération ministérielle en salaires et indemnités atteignant 20.000 dollars par mois – un salaire remarquable dans un pays où les docteurs en médecine gagnent seulement 200 dollars par mois.
La constitution stipule que le nombre total de ministres et de leurs vice-ministres nommés ne doit pas dépasser 42 sans l'approbation du parlement. Mais l'Ouganda compte 25 ministres à part entière et 44 secrétaires d'Etat (vice-ministres), y compris trois vice-Premiers ministres, trois vice-ministres, respectivement pour l'Education, la Santé et le Tourisme, et quatre vice-ministres pour le Genre, le Travail et le Développement social.
Tous ceux-ci ont leur propre structure ministérielle, et il y a des inquiétudes que des ministres dans un même ministère dupliquent les responsabilités et soient même en conflit, tandis que d'autres sont redondants. Il y a quelques années, un ministre a déclaré publiquement qu'il était redondant, provoquant un débat pour savoir si nous avions après tout besoin d'un gouvernement aussi large.
Malgré ces nombres, les indicateurs de développement demeurent faibles. Par exemple, 435 femmes sur 100.000 meurent encore chaque année en couches, et 76 enfants sur 1.000 souffrent de malnutrition.
La présidence a proposé maintenant que deux autres postes ministériels soient créés, suscitant un débat public pour savoir si 71 membres du gouvernement peuvent faire une différence plus grande que 69, dans une économie où 31 pour cent vivent avec moins d'un dollar par jour.
“Je ne pense pas que nous ayons besoin davantage de ministres. Ce pays a seulement besoin de 10 ministres et 10 vice-ministres. Ce qui fait 20”, affirme le professeur Aaron Mukwaya, de 'School of Politics' (Ecole des sciences politiques), à l’Université de Makerere à Kampala, la capitale ougandaise.
“Plus le gouvernement est restreint, mieux cela vaut, parce qu'il s’agit de débattre et de prendre des décisions sur des questions critiques. La prise de telles décisions exige un petit nombre de personnes, de manière à réduire les fuites et augmenter la conformité et la respectabilité générale”, a déclaré Mukwaya dans un entretien avec IPS.
Mukwaya met également en cause le rôle du gouvernement, se demandant s’il fonctionne tel qu’il est stipulé par la constitution, ou simplement pour apaiser l'autorité qui nomme.
“Le gouvernement est non seulement large, mais pratiquement inutile. L'intention du gouvernement est d'apaiser le chef de l'Etat. Il est basé sur l'idée que lorsque vous avez un large gouvernement, il est incapable de prendre des décisions sérieuses. Par conséquent, le président demeure la seule personne qui peut prendre des décisions. Le gouvernement n'est plus une question pour le développement”, explique-t-il.
Certains citoyens sont d'accord avec Mukwaya. “Nous avons un gouvernement inutilement énorme. Je ne vois pas la pertinence de certains ministères. La fiscalité est déjà une pression sur nous. L’efficacité ne dépend pas des nombres. Regardez l'état de nos routes”, déclare Hadijah Kalibala, 33 ans, consultante en gestion à Kampala.
Boniface Kateregga, un chauffeur de taxi de 39 ans, est du même avis. “Je ne vois pas pourquoi l'Ouganda devrait avoir un gouvernement plus large que ceux des pays développés comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis”, dit-il.
Pourtant, le secrétaire permanent de la présidence, Opio Lukone, défend ces nombres, affirmant qu'ils ne sont pas en violation des dispositions de la constitution: “Chaque situation est spécifique à un pays”, confie-t-il à IPS, dans un entretien.
“L’on ne doit pas oublier que nous sommes une nation en construction, et qu’il y a beaucoup de forces (défis) auxquelles nous sommes confrontés. Le public dit que ce nombre est trop grand, et la base de ceci tourne autour de sa capacité.
“Mais je pense qu’avant que nous ne tirions une conclusion, il existe plusieurs facteurs qui entrent dans la composition d’un cabinet, y compris l'efficacité et le gouvernement en tant que principale institution chargée de déterminer la politique gouvernementale et d’assurer une orientation stratégique”.
Mais Gerald Werike Wanzala, un chef d'équipe à l'Institut de leadership africain (AFLI), un groupe de réflexion sur la politique et une organisation non gouvernementale à Kampala, pense que l’Ouganda est simplement en train de mal définir ses priorités.
“Déjà, le coût de l'administration publique est très élevé. Des femmes meurent en couches pendant que des milliers d'enfants sont chétifs. Il n'y a pas d'enseignants dans les écoles. Alors, pourquoi ne pouvons-nous pas combler d’abord ces lacunes avant que nous ne puissions penser à avoir autant de ministres?”, demande Wanzala.
Mukwaya qualifie la situation de politique du népotisme pour satisfaire des citoyens, sur la base de l'ethnicité, de la tribu et de la région, et pas des questions nationales. Il affirme que les gouvernements de grande taille font partie du processus de corruption, une façon de récompenser les groupes ethniques fidèles et solliciter les voix puisque l'élection présidentielle de 2011 approche.
Mais Lukone la décrit autrement: “Dans notre situation, il existe un nombre de considérations, y compris celles politiques et les attentes des groupes ethniques”.
Il la décrit comme 'le partage du gâteau national' (ressources nationales) entre les plus de 50 groupes ethniques, qui peuvent être mécontents s’ils ne sont pas représentés dans les prises de décisions au niveau national.
“Ce sont certaines des difficultés avec lesquelles le président doit jongler. Vous voulez un gouvernement restreint et abordable, mais il y a toutes ces aspirations et attentes, puisque des groupes se sentiront exclus.
“Ce sont des actes d’équilibre politiques très difficiles. Vous voulez faire attention à la capacité et l'efficacité, mais vous travaillez aussi pour la population et c'est ce à quoi elle s’attend”, tel est l'argument clé de Lukone.

