ABATTA, Côte d’Ivoire, 27 jan (IPS) – Dans sa ferme de volailles à Abatta, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, Charles Koné discute avec Amadou Traoré, son principal fournisseur de maïs et de tourteaux de coton pour ses poussins et poulets. Koné passe une commande des deux produits pour 100.000 francs CFA (environ 222 dollars).
“Depuis trois ans, j’approvisionne les différentes fermes du secteur et cela est autant bénéfique pour moi que pour les fermiers. Cela, grâce à mes dix hectares de maïs et trois hectares de coton”, affirme Traoré à IPS. “Je vends aux fermes une partie de ma production”. Il révèle être passé d’un chiffre d’affaires de 500.000 FCFA (environ 1.110 dollars) en 2005 à quatre millions FCFA (8.890 dollars) en 2009, ajoutant qu’il espère atteindre six millions FCFA (13.330 dollars) cette année. Pour sa part, Abdoulaye Sanogo est le fournisseur en aliments de volaille de huit fermes installées dans la zone nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, et environs. Avec en moyenne deux tonnes de produits vendues par an, il déclare s’en sortir annuellement avec 10 millions FCFA (environ 22.222 dollars) de bénéfice. “La hausse du prix des aliments importés a fait notre affaire et cela nous soulage”, dit-il à IPS. “Nous sommes plus à l’aise avec les fournisseurs locaux qui présentent les tarifs les plus abordables, alors que nous payions trois fois plus cher avec les importateurs. C’est bien dommage que l’Etat n’ait pas pris de mesures assez tôt pour soutenir un secteur qui joue un rôle important dans l’économie en milieu rural. Il se serait développé très vite et aurait permis de créer de nombreux emplois dans le pays”, assure Ettien Koffi, fermier à Anyama, une commune au nord d’Abidjan. Koffi livre quotidiennement cent poulets à ses clients pour la consommation. “La production locale a pris le pas sur les poulets importés”, souligne-t-il, l’air satisfait. Selon lui, c’est la conséquence d’une décision gouvernementale visant à soutenir ce secteur, et qui a été bénéfique pour les aviculteurs de ce pays d’Afrique de l’ouest. En fait, il y a plus de cinq ans, le secteur avicole ivoirien subissait une forte concurrence imposée par les sous-produits (aliments de volaille) et produits importés (œufs, poulets congelés) qui inondaient le marché local. Une situation qui avait eu pour conséquence un net recul de la production locale et l’appauvrissement progressif d’un million de personnes qui vivent directement ou indirectement de l’aviculture. Puis en 2005, dans le budget de l’Etat, le gouvernement ivoirien prend une mesure compensatoire relevant la taxe prélevée sur les sous-produits de la volaille importés. Il fait passer le prix du kilogramme des produits importés des pays européens et d’Amérique du sud de 500 à 1.000 FCFA (d’un dollar à deux dollars environ) afin de décourager l’importation et de soutenir la production locale, selon des analystes. “Du coup, nous sommes parvenus à surmonter cette concurrence sauvage qui nous était imposée. Et nous sommes satisfaits que cette mesure n’ait pas entraîné la moindre pénurie et la flambée des prix de poulets et d’œufs sur le marché national”, indique à IPS, Philippe Ackah, président de l’Interprofession avicole de Côte d’Ivoire. Selon Ackah, grâce à la mesure compensatoire, le secteur a enregistré un investissement de près de cinq milliards FCFA sur quatre ans. Résultat: de plus de 9.000 tonnes de viande de volaille produite en 2005, l’aviculture ivoirienne est passée à 20.000 tonnes en 2009 pour un chiffre d’affaires de 50 milliards FCFA, soit dix fois plus que l’investissement. La production d'œufs a atteint 800 millions d’unités contre 435 millions pour la même période, avec environ 39.000 emplois créés. (Un USD = environ 450 FCFA). En outre, indique Ackah, le secteur a généré entre 2005 et 2009, 15 milliards de FCFA aux cultivateurs de maïs et de tourteaux de coton, qui ont réalisé respectivement 24.000 hectares de maïs et 33.000 hectares de coton ces dernières années. Le gouvernement ivoirien a reconduit, début janvier, la mesure à la demande des aviculteurs.
“Cette mesure compensatoire du gouvernement se présente comme une décision salvatrice pour le secteur avicole ivoirien. Il y a quelques années, le découragement avait commencé à gagner du terrain dans le milieu et personne ne savait à quel saint se vouer”, commente Alain Bouabré, économiste à Abidjan. “Si elle (la mesure) n’était pas intervenue à ce moment, il était à craindre un déclin total. Maintenant, il faut que le secteur soit mieux organisé pour profiter de la situation. Car les importateurs vont se donner les moyens de contourner la décision et faire entrer leurs produits sur le marché. Ce serait alors le retour à la case départ”, prévient Bouabré. En réponse, les acteurs du secteur avicole annoncent, pour les dix prochaines années, un investissement de 150 milliards de FCFA et la création de 10.000 emplois supplémentaires. Ils invitent par ailleurs les autorités à prendre les mesures nécessaires pour surveiller les eaux territoriales. Et ils souhaitent bénéficier des avantages fiscaux prévus par le Code d'investissement en Côte d'Ivoire pour améliorer leur compétitivité. “Si nous sommes de nouveau confrontés à une forte présence de produits importés, ce sera de la responsabilité de l’Etat”, avertit Koffi qui se réjouit que le secteur ait réussi à se maintenir en dépit de la grippe aviaire qui avait emmené le gouvernement à procéder à l’abattage des volailles en 2006.

