JOHANNESBURG, 8 oct (IPS) – Thandi Sihadi est debout près d'un robinet à sec. En tant que fermière productrice de maïs et de lait dans l'un des districts les plus arides d'Afrique du Sud, le manque d'eau courante n'est rien de nouveau pour elle.
En effet, elle dit qu’elle est l’un des nombreux nouveaux fermiers noirs qui peuvent être maintenant chanceux de posséder des terres, mais qui ont encore des problèmes d'accès à l'eau pour l'agriculture.
Sihadi, une bénéficiaire du projet de la réforme agraire de Hereford – un projet visant à aider les petits fermiers noirs, est originaire de Sekhukhune, dans le Limpopo. Elle dit que malgré le lancement en mars du Cadre de l'eau pour la croissance et le développement par le gouvernement, les choses n'ont pas beaucoup changé. Ce programme du gouvernement vise à garantir assez d’eau pour soutenir la croissance économique du pays. Mais pour bon nombre de petits fermiers noirs qui étaient impliqués dans la réforme agraire, la distribution de l'eau reste encore une préoccupation. Les droits à l'eau demeurent une question très controversée puisqu’ils ne sont pas liés aux droits fonciers. “Comme plusieurs aspects de nos vies, notamment dans le secteur agricole, nous sommes toujours très loin d'atteindre l'équité sur l'utilisation de l'eau”, affirme Sihadi. L’espoir pour elle et d'autres agriculteurs est que cette stratégie de réforme de l'eau, tant attendue, soit bientôt rendue opérationnelle. “Elle promet d'être un calmant pour ce qui, selon nous, est une barrière dans notre domaine – l'accès aux droits à l'eau”, explique-t-elle.
Selon la ministre des Eaux et Forêts, Buyelwa Sonjica, ce cadre offre une perspective à long terme de la façon de parvenir à la sécurité, la quantité et la qualité de l'eau en 2030. Sonjica dit que cette stratégie met l'eau à l'épicentre de toutes les prises de décisions. Assurer l'accès de base pour tous les citoyens comme une question non négociable, ajoute-elle.
“Les changements climatiques et une population en augmentation mettent les ressources en eau douce sous une tension croissante, entraînant une répartition inégale des droits à l'eau”, déclare la ministre.
Actuellement, il n'existe pas de mécanismes juridiques en place pour protéger les petits fermiers, tels que Sihadi, à partir des lois existantes qui font qu'il leur est difficile d'accéder à l'eau. Les bénéficiaires de la réforme agraire de Hereford ont eu des difficultés à accéder à l'eau, puisque le cadre juridique actuel signifie que les droits à l'eau et au foncier sont encore vendus séparément. Les gens qui contrôlent encore l'eau sont des gens qui l’ont achetée depuis longtemps, confie Sihadi. “C'est encore la même chose, comme dans le passé, que la terre est vendue séparément des droits à l'eau. Les acheteurs peu soupçonneux, en particulier nous les bénéficiaires de la réforme agraire, tombent dans le piège et investissent dans une ferme sans que l’eau ne fasse partie des droits fonciers”, explique Sihadi.
Selon Motsepe Matlala, un agriculteur à Mpumalanga, dans les zones de l’ancien homeland, les projets d'irrigation existants n'ont pas confirmé les droits à l'eau. Matlala, ancien président du Syndicat national des fermiers africains, dit que dans le Limpopo seul, il existe 126 projets d'irrigation – environ 48.000 hectares de terre – qui opèrent sans permis. “Les commissions de l’eau sont dominées par l'industrie, des fermiers organisés et les mines. Il y a une participation limitée et faible de la part des Noirs”, souligne-t-il.
Cela sape tous les efforts vers la transformation, déclare Matlala. Malgré les droits à l'eau, Sihadi estime que l’autre défi auquel le secteur agricole est confronté est la quantité et la qualité de plus en plus en baisse de l'eau. Une étude de la Commission de recherche sur l’eau – récemment publiée – montre que les ressources en eau du pays ont baissé, indiquant qu’il dispose de quatre pour cent de moins qu’il a été estimé dans l'étude de 1995. Cette recherche a également montré que la qualité de l'eau dans les fleuves du pays se détériore également à cause des polluants.
La réduction de l'eau, la baisse de la qualité de l'eau et la demande croissante de l’eau sont en train de créer des défis énormes à la plupart des secteurs et pas seulement à l'agriculture, reconnaît le ministère des Eaux et Forêts. “Nous comprenons la préoccupation des petits fermiers, mais d'autres secteurs aussi, tels que l'électricité, qui est un important utilisateur de l'eau, sont en train d’être également compromis”, ajoute Sonjica. Le Cadre de l’eau pour la croissance et le développement, entre autres, est installé pour fournir de l'eau potable, des systèmes d'égouts sûrs et de traitement des eaux usées pour une population croissante.
La ministre affirme qu’une partie très importante de la sécurité de l'eau est le développement de l’infrastructure.
Son ministère vise à dépenser environ quatre milliards de dollars au cours des cinq à huit prochaines années sur la construction continue et la mise en place de 15 projets d'infrastructures de ressources en eau. “Cela augmenterait la capacité des infrastructures de ressources en eau existantes pour fournir de l’eau aux installations stratégiques telles que Eskom, Sasol, le secteur minier et pour les besoins domestiques”, indique Sonjica. Les autres programmes, sur lesquels le gouvernement se lancerait pour s'assurer que les ressources en eau sont gérées de façon durable afin de satisfaire aux besoins futurs, comprennent l'intensification de la sensibilisation du public sur la valeur de l'eau ainsi que la réduction des pertes d'eau d’au moins 20 pour cent en 2014. En attendant, les petits fermiers constatent que la réduction de la disponibilité de l’eau, la baisse de la qualité de l’eau et la demande croissante de l'eau constituent des obstacles qui doivent être surmontés.
“Cela est en train de créer des défis énormes pour nos entreprises et les investisseurs qui ont historiquement pris l'eau potable, fiable et peu coûteuse pour acquis. Ces tendances nous amènent à dépendre de l'eau de pluie, et il est du devoir du gouvernement de remédier à cela”, souligne Sihadi.

