LE CAP, 7 oct (IPS) – Les taux de mortalité maternelle en Afrique constituent une “tragédie monumentale” qui nécessite une attention urgente de la part des gouvernements africains, déclarent des experts de la santé.
“Les femmes enceintes en Afrique, de toutes les femmes enceintes au monde, sont les plus mal loties. Une femme africaine moyenne a une chance sur quatorze de mourir pendant la grossesse ou pendant le travail”, affirme Ebenezer Durojaye, chercheur en santé et droits humains.
Durojaye, un Nigérian qui travaille à l'Université de Free State (Etat libre), en Afrique du Sud, a déclaré à IPS que la situation en Sierra Leone est encore pire. “Ici, une femme a une chance sur huit de mourir pendant la grossesse et pendant le travail. Dans des pays comme Singapour, par exemple, le risque de décès maternel s’élève à un décès sur 3.000”, a-t-il expliqué.
Durojaye s'exprimait au cours du 19ème congrès mondial de la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO), au Cap, en Afrique du Sud. La rencontre, qui se déroule du 4 au 9 octobre, connaît la participation de plus de 2.000 obstétriciens, gynécologues et experts de la santé, venus du monde entier.
“La situation en Afrique est un pur cauchemar et une tragédie monumentale”, a indiqué Durojaye.
Dorothy Shaw, présidente de la FIGO, a affirmé que pendant que certains pays africains ont fait des progrès au cours des dernières années, la situation demeure catastrophique sur l’ensemble du continent.
“Nous pouvons affirmer malheureusement que la situation dans son ensemble en Afrique subsaharienne, concernant la santé maternelle, ne s'est pas améliorée”, a-t-elle confié à IPS, se référant au rapport mondial 2009 de la FIGO sur la santé des femmes – qui a été lancé au cours de la conférence.
“Sur les 529.000 décès maternels dans le monde entier chaque année pendant la grossesse et le travail, la moitié vit en Afrique subsaharienne”, a-t-elle poursuivi.
L'Objectif du millénaire pour le développement (OMD) sur la mortalité maternelle vise à réduire le ratio des décès maternels par naissances vivantes de trois quarts; le rapport montre que le nombre de décès maternels dans la région a diminué, mais de 0,1 pour cent seulement par an entre 1990 et 2005.
Il existe plusieurs raisons derrière les taux de mortalité maternelle élevés continuels en Afrique, y compris l’accès limité aux centres de santé qui offrent des soins obstétricaux ainsi qu'une pénurie d’agents de santé qualifiés.
Une étude récente menée par le ministère de la Santé de l’Ethiopie, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), a noté que les 80 millions d’habitants du pays sont desservis par seulement 133 gynécologues, 147 chirurgiens généralistes, 569 sages-femmes et environ 5.000 infirmiers et infirmières.
“On a constaté que quatre pour cent des hôpitaux sont équipés pour faire des césariennes, avec deux pour cent des hôpitaux capables d'offrir des transfusions sanguines”, a expliqué Abdullah Muna, un agent de santé de la reproduction de la santé au bureau de l’UNFPA à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, qui était impliquée dans la recherche.
“Aucun des centres de santé n’était équipé pour fournir ces services obstétriques plus complets”, a-t-elle indiqué.
Le rapport montre également une répartition inégale des agents et des centres de santé, a ajouté Abdullah. “Seuls trois hôpitaux et 94 centres de santé étaient situés dans les zones rurales où vit la majorité de la population”.
“Si nous voulons que les femmes vivent, nous devons nous assurer qu'elles ont accès aux services médicaux nécessaires. Le droit aux soins de santé devrait s'appliquer à toutes les femmes, pas seulement à quelques-unes. Ces inégalités constituent une énorme violation des droits humains”, a déclaré Abdullah.
Shaw a ajouté qu'il y a un manque de volonté politique d'allouer des ressources aux soins de santé maternelle. “Beaucoup de gouvernements promettent de faire mieux, mais ces promesses n'ont pas encore été réalisées à travers l'action et l'allocation de ressources. Si cela n’est pas effectif, les statistiques ne s'amélioreront jamais”.
Selon Daisy Mafubelu, directeur général adjoint pour la santé familiale et communautaire à l'OMS, la discrimination basée sur le genre est un autre facteur important qui tue les femmes enceintes.
“Dans plusieurs parties de l'Afrique, les femmes ont un statut inférieur par rapport aux hommes”, a-t-elle expliqué à IPS.
“Au Nigeria par exemple, une femme a besoin de l'autorisation de son partenaire pour aller accoucher à l'hôpital. Par conséquent, beaucoup de femmes restent à l’écart des centres de santé et des hôpitaux. Ces inégalités basées sur le genre doivent être corrigées – par les gouvernements ainsi que la société civile et le public – si nous voulons sauver des vies”.
Durojaye reconnaît la situation dans son pays d'origine. “Mon gouvernement ne fait pas assez pour protéger les droits humains des femmes, y compris leur droit à la vie, à une bonne santé et à la dignité”, a-t-il affirmé, notant que le risque de mortalité maternelle au Nigeria est de un sur 18. “Si les hommes mouraient en masse, le gouvernement garderait-il aussi les bras croisés comme il le fait? Je ne pense pas!” Shaw a souligné que l'amélioration des soins obstétricaux en Afrique ne devrait pas concerner uniquement la prévention des décès maternels. “Des milliers et des milliers de femmes souffrent chaque année de préjudices et d’invalidités liées au travail et aux complications de la grossesse. Les fistules obstétricales, par exemple”, a-t-elle souligné.
La fistule survient pendant le travail, lorsque la pression prolongée de la tête du bébé endommage le tissu doux dans le bassin de la femme. “Finalement, le tissu meurt du manque de fourniture du sang, pourrit, et crée un trou entre soit le rectum et le vagin soit entre la vessie et le vagin”, a expliqué Shaw.
“Cela amène la femme à perdre le contrôle de l'écoulement de l'urine et des matières fécales. Cela conduit souvent à l'exclusion sociale et au divorce de la part de son mari. Nous avons besoin de penser à leurs droits humains aussi”.

