WASHINGTON, 9 oct (IPS) – Des détails sur les mauvais traitements infligés aux civils au Darfour et au Sud-Soudan, et des rapports de violations des droits humains commises par des responsables du gouvernement, font leur apparition à la veille d'une importante conférence à Moscou, au cours de laquelle des ONG et organisations intergouvernementales discuteront de toute la situation au Soudan.
L’organisation non gouvernementale (ONG) 'Human Rights Watch' (HRW), basée aux Etats-Unis, a publié mercredi un rapport qui condamne une nouvelle série de violations des droits de l'Homme au Soudan.
Ce rapport intitulé “The Way Forward” (La voie à suivre) – le 55ème publié par HRW sur le Soudan – détaille ce que le groupe appelle “une mosaïque d’inter-verrouillages complexe dans laquelle les pratiques répressives du gouvernement du NCP (National Congress Party – Parti du congrès national) constituent le facteur commun”.
“Plutôt que de renforcer la confiance entre les groupes d'intérêt à l'intérieur du Soudan, en cette période critique”, indique le rapport, “[Le gouvernement du NCP] continue de réprimer l'opposition politique, d’étouffer la libre circulation de l'information, et de commettre des violations des droits humains et des attaques aveugles contre des civils”.
Le rapport énumère des cas spécifiques d'attaques contre des civils dans la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, le refus de protéger les civils pendant le conflit intertribal dans le sud du Soudan, ainsi que les arrestations et détentions arbitraires des figures influentes de la société civile à Khartoum, la capitale du Soudan. “Le rapport visait tous ceux [qui se réunissent pour] la conférence de Moscou. Ce que nous voulions faire était de présenter la situation sur le terrain au Soudan et les choix que les décideurs pourraient faire en ce moment”, a déclaré Georgette Gagnon, directrice de HRW pour l’Afrique. “À notre avis, les décideurs semblent penser que la situation au Darfour est soit en train de s’améliorer ou ne s’aggrave pas vraiment, et le fait est que nous avons fait des enquêtes, très clairement, selon lesquelles tous les jours il y a de nouvelles violations, et la situation ne s'améliore pas, et il s’en faut de beaucoup”, a-t-elle souligné.
Certains des cas enregistrés par HRW se sont produits après que le commandant de la Mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) a déclaré en août que le conflit au Darfour est “terminé”.
La conférence de Moscou, organisé par l'envoyé spécial russe pour le Soudan, Mikhaïl Marguelov, a démarré mardi.
Au nombre des participants à la conférence, figurent des représentants venus des Nations Unies, de l’Union africaine, de l’Union européenne, de la Ligue arabe, des Pays-Bas, de Suède, des Etats-Unis, de Chine et du Soudan, ainsi que d’éminentes ONG.
Des responsables américains ont essuyé des critiques pour avoir changé de rhétorique envers Khartoum. Le général de division des forces aériennes américaines, à la retraite, J. Scott Gration, le nouvel envoyé spécial des Etats-Unis au Soudan, a fait l'objet de critiques foudroyantes pour avoir adopté ce qui est perçu comme étant une position plus modérée envers Khartoum en proposant une normalisation des relations diplomatiques. Le Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira bientôt pour décider du sort de la Résolution 1591 de l’ONU, qui a imposé des sanctions contre le Soudan. Le comité devrait publier, dans les semaines à venir, un rapport détaillé, y compris des détails sur les violations futures de la part du gouvernement soudanais. Bien qu'une grande partie de la communauté internationale ait condamné les violations de la part du gouvernement soudanais, la Chine – un membre du Conseil de sécurité ayant le droit de veto – a été jusqu'à récemment absente du débat. La Chine a des liens économiques solides avec le gouvernement soudanais et a été dénoncée comme vendant des armes à ce dernier. Le gouvernement du Soudan, tristement célèbre pour sa brutalité et son exploitation des tensions ethniques et tribales contre ses nombreux présumés ennemis locaux, a longtemps été l’objet d’une attention clé des ONG et des militants des droits de l’Homme. Les attaques de l'armée soudanaise et de la milice Janjaweed, soutenue par le gouvernement, contre les tribus locales au Darfour, ont été condamnées dans le monde entier.
Ces attaques, que certains groupes de défense des droits de l’Homme et la précédente administration George W. Bush ont qualifiées de “génocide”, sont caractérisées par des massacres, des viols et des pillages contre des civils. Les atrocités enregistrées au Darfour ont amené la Cour pénale internationale (CPI) à émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais longtemps au pouvoir, Omar al-Bashir, pour crimes contre l'humanité. Des militants et des ONG condamnent également le gouvernement soudanais pour ses actions pendant la Seconde guerre civile au Soudan, qui a commencé dans le sud du Soudan en 1983, tuant au moins 1,9 million de Soudanais. La guerre a pris fin avec l'Accord de paix global de 2005, que Khartoum est accusé de violer constamment. Est également controversé le succès ou l'échec des élections nationales, actuellement prévues pour se tenir en avril, et le référendum de 2011 du Sud-Soudan sur son autonomie. “Les abus pour lesquels nous enquêtons sur l’absence d'espace politique, de la liberté d'expression, de la société civile et de l'opposition politique, saperont certainement toute sorte d'élection libre et équitable ou crédible”, a déclaré Gagnon. Le gouvernement soudanais et les groupes dans le sud du Soudan s’engagent dans une grande course aux armements en prévision des violences préélectorales, selon 'Small Arms Watch', une ONG basée à Genève. Le navire ukrainien 'MV Faina', détourné par des pirates somaliens en septembre dernier, contenait des blindés T-72 de l'ère soviétique. Le magazine 'Jane's Defense Weekly' a publié des photos satellites des blindés après qu’ils ont été déchargés au Kenya, et seraient destinés au Sud-Soudan. Moawya Othman Khaled, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Soudan, a riposté aux condamnations de HRW, qualifiant ce groupe de défense des droits de l'Homme d’une “organisation fantôme ayant un programme suspect”, selon un rapport édulcoré.

