ACCR, 15 oct. (IPS) – Les accidents survenant sur les routes
ghanéennes
sont devenus la cinquième cause de décès dans ce pays de l'Afrique
de
l'Ouest, ont annoncé les responsables de la sécurité routière.
Les grands titres tels que "15 personnes ont brûlé vif lorsqu'un
camion-citerne est entré en collision avec bus" et "30
personnes sont
mortes dans un accident", sont courants dans les journaux
ghanéens.
Ces accidents sont essentiellement attribués à l'erreur humaine,
l'alcool,
l'illettrisme et les défaillances mécaniques.
Une récente enquête effectuée à Tamale, la capitale de la région
septentrionale, pour marquer la "journée nationale de lutte
contre
l'aveuglement", a révélé que 25 pour cent des conducteurs des
véhicules
commerciaux ont au moins un il qui ne voit pas.
"Les mauvais jugements, les mauvais dépassements et l'excès de
vitesse,
sont les principales erreurs humaines", a déclaré Justice
Amegashie,
directeur de la commission chargée de la visite technique des
véhicules et
de la délivrance des permis de conduire.
Certains conducteurs incapables de lire comprennent difficilement
les
panneaux indicateurs et les signaux indiquant l'imminence d'un
danger.
"L'ivresse et la conduite imprudente sont d'autres facteurs", a
expliqué
Alhaji Mustapha Garba, commissaire adjoint de police, chargé du
trafic
automobile et du service des transports (MTTU).
Il a signalé que la plupart des accidents se produisent les week-
ends
lorsque la plupart des automobilistes conduisent sous l'effet de
l'alcool.
Le Ghana a un taux élevé d'accidents de la route en Afrique, avec
111 morts
pour 10.000 véhicules en 1997. Ce taux est, de l'avis des
fonctionnaires du
ministère des Transports terrestres, plus élevé que celui de la
Côte
d'Ivoire et celui du Nigeria, qui ont respectivement enregistré 60
et 80
morts pour 10.000 véhicules l'année dernière.
La semaine dernière, le gouvernement a ouvert une cellule moderne
de secours
d'urgence pour les accidentés de la route au centre hospitalier
universitaire Korle Bu qui est le plus grand et le premier hôpital
de cette
nation.
Le gouvernement est aussi entrain de reconstruire le principal
bloc
chirurgical de l'hôpital, tandis que la police introduit un test
d'alcoolémie pour les chauffeurs.
Lors d'un discours récemment prononcé devant les membres du
syndicat des
transports terrestres du Ghana à Koforidua, la capitale de Eastern
Region,
Garba a dit qu'un chauffeur dont l'alcoolémie excède 0,8 g/l
d'alcool ne
sera pas autorisé à conduire. "Il faut lui donner un lit pour
qu'il dorme
et récupère", a-t-il conseillé.
La Volta Aluminium Company (VALCO) a ordonné à tous ses chauffeurs
d'allumer
les veilleuses pendant la journée pour aider les véhicules venant
en sens
inverse à les reconnaître.
Pour faire face au taux élevé des accidents, le gouvernement a
amendé la
législation routière, en imposant une amende minimale de deux
millions de
cédis et de longs séjours en prison aux contrevenants.
Un dollar américain équivaut à 2.323 cédis.
Conformément à l'ancienne loi coloniale, la conduite imprudente
mérite
seulement une amendeinq livres (environ 8 dollars US).
Rien que cette année-ci, 676 chauffeurs ont reçu une amende de
575,45
millions de cédis ou ont été envoyés en prison pour y passer trois
mois à un
an.
Le ministère des Transports terrestres estime que la nation
dépense
annuellement environ sept millions de dollars US sur les accidents
de la
route. Ce montant inclut les soins de santé, les dégâts
occasionnés aux
biens et les heures de travail perdues.
Pour éclairer les routes d'Accra la nuit, la mairie d'Accra (AMA)
a tout
récemment introduit des poteaux fonctionnant à base d'énergie
solaire. Ces
poteaux sont expérimentalement placés sur la route conduisant à la
University of Ghana, au nord d'Accra. Les routes non éclairées ont
été
identifiées comme étant l'une des causes majeures des accidents
survenant la
nuit.
En l'espace de 24 heures, une voiture a détruit l'un des poteaux.
Dans certaines zones d'Accra, les chauffeurs fuient pour éviter
d'être
lynchés, après avoir renversé des piétons.
La sensibilisation n'aide pas non plus beaucoup. C'est parce que
les
campagnes annuelles de sécurité routière organisées à Pâques et à
Noël
n'attirent que les écoliers et la police.
"La plupart des chauffeurs des véhicules commerciaux sont
d'habitude sur la
route pour chercher de l'argent", a observé un policier.
Le service de Garba a enregistré 824 morts en 10180 accidents dans
tout le
pays, l'année dernière". Cela représente environ 20 pour cent de
réduction
par rapport à 1995. "En 1995, 1059 morts ont été enregistrés dans
10.923
accidents.
Ce policier croit que l'intensification des patrouilles policières
a permis
de réduire les accidents l'année dernière.
Cette année-ci, la police prévoit un nombre plus élevé d'accidents
à cause
de l'amélioration de l'état des routes qui encourage les
chauffeurs à rouler
trop vite.
"Un exemple typique est la nouvelle route Dodowa-Accra qui cause
plus de
dix morts par semaine", a révélé Thomas Nartey, un responsable de
la
circulation routière à Accra.
Pour éviter les accidents, certains conducteurs ont recours aux
talismans
des 'puissants guérisseurs" ou aux églises charismatiques.
Des prières sont faites pour le véhicule sur lequel on asperge de
"l'eau
bénite". Avant d'entreprendre un voyage, le conducteur récite une
brève
prière, notamment un verset du livre des psaumes.
"La réponse, c'est de mieux sensibiliser les chauffeurs, de faire
observer
strictement les panneaux de signalisation routière et d'appliquer
la loi aux
contrevenants", a expliqué Amegashie.

