ENVIRONNEMENT-AFRIQUE: La crise alimentaire sous les projecteurs

NAIROBI, 23 fév (IPS) – La demande mondiale pour l’alimentation est prévue pour augmenter régulièrement au cours des 40 prochaines années, mais 25 pour cent de la production alimentaire mondiale peuvent être perdus à cause des ‘dégradations environnementales’ d’ici à 2050 sauf si une mesure urgente est prise.

Ceci est le message contenu dans un document présenté aux ministres de l’Environnement venus de plus de 140 pays en réunion à Nairobi, au Kenya, sous les auspices du Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) afin de discuter du changement climatique et d’autres défis environnementaux. Ce document, intitulé “La crise alimentaire environnementale : Le rôle de l’environnement dans la prévention des crises alimentaires futures”, appelle à une augmentation de la production alimentaire pour satisfaire les besoins d’environ 2,7 milliards d’autres personnes.

“Des prix élevés des aliments ont eu un impact spectaculaire sur les vies et les moyens d’existence, y compris la mortalité infantile et juvénile accrue, de ceux déjà sous-alimentés ou vivant dans la pauvreté et dépensant 70 à 80 pour cent de leur revenu quotidien sur l’alimentation”, affirme le document. La rencontre du PNUE vient pendant que le Kenya, le pays hôte, sombre dans une crise alimentaire sévère avec jusqu’à 10 millions de personnes confrontées, entre autres, à la famine à cause d’une faible pluviométrie et des prix élevés de l’engrais.

Les politiques du Kenya ont été critiquées pour leur incapacité à régler ce problème par le développement de systèmes visant à améliorer la production alimentaire. “Le Kenya devrait être l’un des pays repensant la façon dont les systèmes de production agricole devraient être améliorés. Le Kenya ne devrait pas être en train d’être confronté à une crise alimentaire. Il doit être capable de se nourrir non seulement aujourd’hui, mais aussi dans les années à venir même quand la population augmente”, a déclaré Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE.

La farine de maïs, l’aliment de base au Kenya, est actuellement vendue à environ 80 cents US le kilogramme, trop élevé pour un pays où la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Il y a un an, un kilogramme de maïs coûtait l’équivalent de 30 cents. De même, les hausses brutales des prix ont conduit à des émeutes au Cameroun en février 2008, lorsque des manifestants, indignés des prix élevés des aliments, sont sortis dans les rues demandant des réductions considérables. Ces troubles étaient les plus graves en 15 ans dans ce pays d’Afrique centrale. “Les gens ne pourraient pas comprendre comment un pays qui était précédemment suffisant en nourriture pourrait connaître soudainement une insuffisance alimentaire, avec des prix élevés sur des denrées alimentaires de base”, a indiqué à la réunion, Mary Fosi, une responsable de haut niveau au ministère de l’Environnement du pays. “Le problème principal est que l’agriculture mécanisée dans le pays est très limitée. Il y a le besoin de se focaliser sur des systèmes agricoles avancés qui augmenteront la production alimentaire”, a-t-elle souligné.

Il apparaît que le manque d’investissement dans le développement agricole, y compris dans la technologie et les équipements modernes, a joué un rôle dans la réduction des rendements en Afrique, où la plupart des paysans utilisent encore la houe pour labourer. Des critiques prétendent que pour que le continent assure la sécurité alimentaire, il a besoin de se débarrasser de l’idée de porter des houes et des machettes au champ et d’embrasser une nouvelle ère de l’agriculture guidée par la technologie. Mais les autorités sont sur la défensive, disant que le gouvernement n’a pas tout de suite la capacité d’investir dans de nouvelles technologies et dans de nouveaux équipements. “La technologie est là; ce n’est pas que nous ne la voulons pas, mais nos économies sont faibles”, a confié à IPS lors de la rencontre, Bonaventure Baya, directeur du Conseil national de gestion de l’environnement en Tanzanie. Selon Baya, des mesures immédiates pour assurer la sécurité alimentaire doivent comprendre l’éducation des paysans à diversifier et planter des cultures de substitution qui sont résistantes aux conditions climatiques changeantes. Cela, dit-il, aidera également à préserver l’environnement. “Le labour intense et la production de la même culture pendant une longue période de temps dégradent le sol. La production et la sécurité alimentaires grandissantes doivent prendre en compte la préservation de l’environnement, y compris le sol”, a-t-il observé. Puisque la rencontre suggère des voies pour accroître la production alimentaire, des paysans estiment qu’ils ont la réponse – les subventions du gouvernement. Peter Andenje est un de ces paysans. En tant que président de l’Association des producteurs de maïs à petite échelle à Kitale, dans l’ouest du Kenya, il affirme que le gouvernement doit subventionner les engrais et les graines de haut rendement qui sont essentiels pour l’obtention de récoltes accrues. “Beaucoup de paysans ne peuvent pas supporter le coût élevé des engrais et des semences; certains cultivent maintenant la plante sans utiliser des engrais. Cela s’est soldé par des rendements très faibles. Certains ont abandonné la production de la culture à cause du coût élevé des intrants”, a-t-il dit dans un entretien avec IPS. Le document du PNUE lancé à la rencontre de Nairobi cite la question de fourniture de subventions aux paysans comme un filet de sécurité crucial pour assurer la production et la sécurité alimentaires accrues. Mais des subventions pour des paysans africains ont été contrecarrées avec véhémence par des donateurs et demeurent une question controversée aux négociations sur le commerce international. “Ce que nous ne devons pas faire c’est de négliger le fait que nous avons une crise environnementale s’étalant sur les secteurs de production agricole et nous devons aborder cela en même temps que le programme sur le commerce, non pas l’un après l’autre parce qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps pour les deux”, a déclaré Steiner. “Ceci est une mesure raisonnable, juste et appropriée maintenant que nous sommes confrontés au défi de la durabilité dans la production agricole”.