ANTANANARIVO, 24 fév (IPS) – La deuxième rencontre directe entre le président Marc Ravalomanana et son principal opposant, Andry Rajoelina, le maire destitué d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, s’est déroulée lundi sans faire l’objet d’aucun communiqué officiel, les deux parties ayant accepté le principe de la discrétion.
Jusqu’ici, les deux parties s’abstiennent de toute déclaration sur le contenu de ce face-à-face. «Nous avons commencé à parler du fond des problèmes durant cette deuxième rencontre qui est un grand pas vers la résolution de la crise. Une troisième est déjà en vue», a simplement déclaré Monseigneur Odon Razanakolona, président du Conseil des églises chrétiennes (FFKM) et principal médiateur, en sortant de la salle de réunion sans d’autres commentaires. Mais, le maire déchu et leader de la manifestation populaire avait déjà promis de suspendre les meetings sur la place du 13-Mai depuis le début des pourparlers directs, samedi dernier. Ce face-à-face avec le président malgache est considéré comme une victoire par les partisans de Rajoelina, tandis que d’autres y voient la possibilité de trouver une issue à la crise que traverse la Grande île depuis plus d’un mois.
En réalité, peu de gens s’attendaient à une possible rencontre directe entre les deux principaux protagonistes après 34 jours de crise politique marquée par de manifestations ayant fait plusieurs dizaine de morts à Madagascar. Le dialogue entre le président Ravalomanana et le maire destitué Rajoelina est organisé par le FFKM.
Si la première rencontre a été organisée samedi à huit clos dans le centre épiscopal d’Antanimena, à Antananarivo, un terrain neutre pour les deux parties, la deuxième s’est déroulée lundi au Hintsy Ambohimanambola, dans la périphérie de la capitale, en présence de quatre membres du FFKM en tant que médiateurs. Le président Ravalomanana se dit satisfait de l’ouverture des tables rondes qui se sont tenues dans le calme et sont placés sous haute surveillance. «Je félicite les membres du FFKM pour leur volonté de trouver une issue à cette crise. Comme je l’ai toujours dit, je suis ouvert aux discussions car le dialogue est la seule manière pour trouver des solutions aux problèmes actuels».
Il ne faut pas penser «qui va perdre» et «qui va gagner» parce que nous sommes une seule famille», a déclaré le chef de l’Etat sur la télévision nationale, ajoutant que chacun doit respecter les principes.
Mais, la réaction de Rajoelina est différente. «Jusqu’ici, je ne suis pas satisfait de la rencontre que j’ai eue directement avec Marc Ravalomanana ce lundi. Les bases de la crise n’ont pas été soulevées car il a surtout priorisé ses intérêts dont le sommet de l’Union africaine et le Madagascar action plan (MAP)», a-t-il déclaré devant la presse locale. Il a indiqué que les manifestations reprendraient si aucune solution n’était trouvée. Pourtant, certains observateurs estiment que l’échec ne sera pas une bonne option. L’ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar, Niels Macquardt, souligne que Madagascar se trouve déjà dans une situation critique. «Ce dialogue doit aboutir à une réussite. Les deux parties doivent travailler en équipe s’il le faut», dit-il.
Les membres du Comité national pour l’élection (KMF/CNOE) préconisent un partage du pouvoir comme la vraie porte de sortie de cette crise que traverse Madagascar. «Au pire, nous devons avoir recours à une élection anticipée pour mieux arranger les choses», déclare Bruno Rakotoarisoa, président de cette institution électorale officielle.
La plate-forme de l’opposition se prépare déjà à un éventuel échec du dialogue. «Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout. Voire jusqu’à aller vers un gouvernement de transition s’il le faut», affirme Bruno Betiana, un membre actif de l’opposition. Marie Zénaïde Ramampy, parlementaire et présidente d’honneur du Mouvement pour la promotion du genre en politique et développement (VMLF), croit que le déblocage de la situation doit passer par une instance totalement neutre, indépendante qui s’attelle d’urgence à la mise en place d’une institution transitoire. «Nous devons apprendre des pratiques politiques saines, nous devons changer pour progresser vers une société plus moderne, plus tolérante, plus équilibrée», dit-elle à IPS.
Les partisans du président Ravalomanana ne reconnaissent que le pouvoir actuel jusqu’à la prochaine élection en 2011. «Seul le président élu du peuple doit être reconnu comme tel», souligne Yvan Randriasandratriniony, président national du parti présidentiel Tiako i Madagasikara (TIM).
Les pourparlers ont finalement commencé alors que Rajoelina avait promis à ses partisans d’organiser une grande marche de protestation samedi dernier. Mais rien n’a été fait car il a annoncé une trêve sur les manifestations populaires dans la capitale. «Nous devons respecter les consignes des préalables pour aboutir à des fins fructueuses», a indiqué le maire destitué, expliquant toutefois que la trêve ne signifie pas une fin des sit-in.
Ces consignes portent notamment sur la suspension des meetings, la fin des arrestations à caractère politiques, des pillages et des provocations de toute sorte, ainsi que la diffusion de fausses nouvelles sur les ondes radiophoniques. Malgré le début des pourparlers, les membres de l’opposition continuent leur mobilisation dans les provinces en vue de poursuivre la lutte pour la démocratie. Mais pour le moment, la vie quotidienne reprend son cours normal dans la capitale après une semaine chaude. En effet, Rajoelina avait accéléré son mouvement de contestation en formant son gouvernement parallèle composé de 12 ministres. Quatre d’entre eux ont pu entrer dans leurs ministères respectifs l’après-midi du 20 février, mais aussitôt repris par le gouvernement de Ravalomanana dès le lendemain. Toutefois, plusieurs associations de femmes malgaches estiment que le nœud du problème réside toujours dans le fait que le pouvoir se trouve dans les mains d'une minorité à Madagascar. Une minorité non seulement formée d'hommes, mais aussi de groupes de personnes qui se sont approprié les mécanismes qui permettent l’accès au pouvoir et de s'y maintenir. Ces associations affirment que la situation perdure à cause des conformismes socioculturels et politiques, des inégalités devant l'accès aux ressources qui rendent pénibles les conditions de vie des femmes et qui briment leurs activités. Conséquence : une paupérisation croissante des femmes, leur exclusion pernicieuse des mécanismes de prise de décisions et l'inexistence d’une culture démocratique, tant à l'échelle de la famille qu'à celle de la collectivité. Mais les comportements des femmes elles-mêmes, à l'égard de la chose politique, constituent également un grand frein à leur participation. Elles manquent de confiance en elles et d'audace dans les affaires publiques, de capacités à s'organiser par elles-mêmes et de solidarité pour se soutenir et/ou défendre des causes qui leur sont communes.

