MEDIAS-AFRIQUE DU SUD: Bataille pour l’avenir de la radio-télévision publique

LE CAP, 9 fév (IPS) – Une puissante coalition des organisations civiques est en train d’appeler à une révision totale du cadre juridique du ‘South African Broadcasting Corporation’ (Office de radio et télévision d’Afrique du Sud – SABC) afin de la forcer à assumer son mandat de radio-télévision publique.

Lors d’une rencontre le 29 janvier, la Coalition Sauver notre SABC a indiqué qu’elle intensifierait son attention sur la Loi d’amendement de la SABC qui attend la signature du président Kgalema Motlanthe. Cependant, la coalition est en train de faire également pression pour obtenir une loi séparée et nouvelle sur la SABC, qui traite du contenu des programmes et des questions comme les nominations au conseil d’administration, les modèles de transparence et de financement. La coalition comprend l’Institut de la liberté d’expression (FXI), ‘Media Monitoring Africa’, des syndicats sous l’égide de la fédération des syndicats Cosatu, ‘Treatment Action Campaign’ (Campagne d’action pour le traitement) – une coalition luttant pour les droits des personnes séropositives – ainsi que des réalisateurs indépendants.

“En tant qu’une coalition, nous voulons voir une charte de la SABC clairement rédigée”, a confié à IPS, Kate Skinner, un consultant spécialiste des médias et coordonnateur de la coalition. “Nous voulons une charte nouvelle, claire et renouvelable. Elle devrait être renouvelée tous les cinq ans environ”.

Jane Duncan, directrice exécutive du FXI, affirme que la SABC n’assume pas son mandat de radio-télévision publique pour exprimer les préoccupations des personnes marginalisées, y compris la communauté lesbienne et gay, les femmes, les populations rurales et les gens très pauvres. “La radio-télévision publique nationale devrait leur donner une plateforme pour que leurs voix soient entendues. Cela fait partie de la démocratie participative. Un processus de livre blanc donnera à la société civile la chance de s’engager dans une législation proposée à travers des écoutes du public. C’est la responsabilité du ministère de la Communication publier de largement ce processus de livre blanc et d’encourager les écoutes du public”, a souligné Duncan. William Bird, directeur de ‘Media Monitoring Africa’, une organisation qui fait la promotion d’un media libre, équitable et critique sur le continent, estime que la SABC est une institution critique pour la démocratie. “Elle devrait être la quintessence de la liberté d’expression et non le sujet de reportages sur les abus de la liberté d’expression. La majorité des Sud-Africains sont dépendants de la SABC comme le canal qui les informe sur une variété de questions”. Rehad Desai, président de la ‘South African Screen Federation’, a dit à IPS que son organisation, à travers la coalition, espère faire pression sur la SABC afin qu’elle fasse la promotion et inculque des valeurs qui sont dans la constitution.

“Il existe toute une gamme de valeurs importantes, y compris des soins pour tous les citoyens, depuis les retraités et les enfants jusqu’aux prisonniers et leurs épouses, pour faire face à l’homophobie et donner une voix aux pauvres. L’Afrique du Sud est une société en transition et il existe de grandes controverses là. Celles-ci devraient être réglées par la radio-télévision publique pour stabiliser la démocratie et s’assurer qu’une pluralité de voix sont entendues”. Selon Desai, cela peut être réalisé en accordant des contrats à diverses sociétés de production qui peuvent diffuser un contenu qui reflète les différentes voix. “Une culture de la responsabilité et de la transparence doit être inculquée. Actuellement, les contrats accordés aux sociétés de production sont souvent draconiens et les artistes n’ont pas beaucoup de liberté. Ces questions ont besoin d’être réglées et légiférées dans la loi proposée sur la SABC”.

Pendant des années, la SABC a été submergée par des problèmes financiers, des luttes pour le pouvoir parmi ses cadres supérieurs et des allégations de corruption. Le président-directeur général (PDG), Dali Mpofu, a été encore destitué le 22 janvier suite à une lutte interne prolongée et des querelles juridiques avec la société. Mpofu a été limogé premièrement après qu’il a suspendu le directeur des informations Snuki Zikalala pour la publication de soi-disant informations et documents confidentiels en 2008. Zikalala, qui a été rétabli depuis dans ses fonctions, était également au centre de la controverse de 2006 dans laquelle il a été reconnu avoir mis sur une liste noire des commentateurs critiques à l’égard du président de l’époque, Thabo Mbeki. “Le conseil d’administration de la SABC est supposé être indépendant, mais à cause de la branche commerciale, le ministre chargé de la communication est devenu actionnaire dans la société. Cela lui a accordé certains droits et responsabilités à l’égard du conseil, et cela foule au pied l’indépendance du conseil. Les trois plus grands cadres – le PDG, le chargé des opérations et le directeur financier – sont maintenant sous le contrôle direct du ministre”, une situation que Duncan décrit comme “extrêmement inappropriée” pour radio-télévision publique nationale. “Il existe un nombre d’hypothèses de politique sous-tendant la Loi sur la radio-télévision de 1999 qui sont problématiques et démodées”, a affirmé Duncan.

L’une de ces hypothèses est que la SABC était divisée en une chaîne de radio-télévision diffusion commerciale et publique en 1999 avec la branche commerciale subventionnant la diffusion publique. “Il n’y a aucune preuve que la subvention croisée marche. La SABC est confrontée à une crise de financement à long terme”, a déclaré Duncan à IPS. Le ‘Sunday Independent’ a rapporté récemment que la SABC est en train de fonctionner sur un découvert bancaire de 50 millions de dollars.

“Il y a une baisse de recette des annonces du fait de la concurrence croissante puisque l’environnement de multi chaînes s’ouvre”, a dit Duncan. “Le modèle de financement de la SABC doit être repensé”.