PRETORIA, 10 fév (IPS) – Des lois contre la mutilation génitale féminine (MGF) sont en train de conduire la pratique sous terre et à travers les frontières, déclare une étude du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM).
Cette étude publiée l’année dernière, a examiné le flux de filles voyageant pour être excisées entre le Burkina Faso et ses voisins : Mali, Niger, Ghana et Côte d’Ivoire. Excepté le Mali, tous les quatre pays concernés par l’étude disposent de lois contre la MGF, bien que la mise en vigueur varie largement. La proscription de cette pratique a “profondément influencé le discours sur l’excision féminine”, indique l’étude. Dans des enquêtes, entretiens et des conversations informelles, les gens nient que cette pratique continue. Les excisions de groupe ne sont plus annoncées dans le marché. Mais la pratique se produit toujours, et voyage partout où les gens pensent qu’elle ne sera pas punie ou remarquée. “Nous pensons qu’elle s’aggrave”, a affirmé Francis Bogie Boogere, un spécialiste en violences sexuelles à l’UNIFEM au Burkina Faso.
L’étude constate qu’en plus de la législation anti-MGF, les liens ethniques à travers les frontières étayent des réseaux sociaux et culturels qui facilitent l’excision transfrontalière. Les Peuls se déplacent entre les frontières du Burkina Faso et le Niger, les Gourmantchés entre le Burkina et le Niger, les Dagara et les Lobi entre le Burkina et le Ghana, pendant que des travailleurs burkinabé en Côte d’Ivoire vont au pays pour exciser les filles puis retournent. Lorsque le nord de la Côte d’Ivoire est devenu sans loi durant la guerre civile, la mutilation génitale féminine a prospéré là. Les communautés mossi et yagse venues du Burkina Faso découvrent au Mali “la situation idéale pour exciser leurs filles à la vue de tous”, souligne l’étude. Entre juillet et novembre, lorsque des milliers de jeunes Burkinabé traversent la frontière à pied, par des charrettes à bœufs, à bicyclette ou en bus pour ramasser du coton au Mali, et pendant les vacances scolaires, des filles se mêlent à ce flux. Boogere a détecté la preuve anecdotique du trafic de clitoris coupés pour la sorcellerie en Côte d’Ivoire. “Des exciseuses au Bénin et au Togo connaissent des guérisseurs traditionnels qui connaissent des hommes riches en Côte d’Ivoire qui croient que ces fétiches les rendront plus riches”, a-t-il confié à IPS. Ce commerce pourrait saper les efforts pour mettre fin à cette pratique nuisible infligée à des milliers de filles en Afrique de l’ouest chaque année, s’inquiète-t-il.
Puisque les nationaux ouest-africains n’ont pas besoin de passeports et de visas pour voyager dans la région, les familles peuvent facilement amener les filles en traversant la frontière. Certaines exciseuses possèdent des maisons d’accueil rudimentaires pour leurs visiteurs. Ou l’exciseuse voyage pour faire une excision de masse, ou des familles et l’exciseuse se rencontrent à la frontière. Les exciseuses du groupe ethnique mossi sont réputées être les meilleures. L’étude décrit comment les communautés nomades mossi organisent secrètement le voyage des célèbres exciseuses vers le Ghana et, à travers un système complexe d’informations et d’alertes codées, les cachent et les font sortir si elles risquent d’être arrêtées. Effet boomerang Les lois anti-MGF permettent de sensibiliser les gens sur le danger de l’excision, mais provoquent également “une mutation négative en un phénomène clandestin”, indique l’étude. Les conditions secrètes de la pratique compliquent les estimations, mais il semble que les filles sont excisées dès leur plus jeune âge, selon Boogere. Au Burkina Faso, qui a interdit l’excision des filles en 1996, “la clandestinité est une conséquence imprévue de la loi”, a déclaré Alice Tiendrebeogo, une historienne enseignante burkinabé, et une ancienne ministre de l’Education.
C’est pourquoi le Mali, où environ 80 pour cent des filles sont excisées, est en train de prendre “la voie douce” pour convaincre les gens d’abandonner cette pratique à travers des campagnes communautaires, a expliqué Diarra Affusatou Thiero, un juge à la Cour suprême et ancienne ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, entre 1997 et 2002. “Nous ne voulons pas voter une loi juste pour dire que nous en avons une si elle ne sera pas respectée et appliquée”, a-t-elle dit à IPS. “Nos belles-mères, nos grand-mères et nos mères amènent nos enfants pour les exciser pendant que nous sommes au travail ou en voyage. Comment puis-je amener ma belle-mère devant les tribunaux? Je perdrais mon mari, ma famille. Je serais déshonorée. C’est compliqué. C’est mieux de sensibiliser pour amener un changement”, a-t-elle ajouté. Cependant, parce que justement le Mali “ne dispose pas de mécanismes répressifs autour de l’excision, le pays demeure un El Dorado pour des pratiquants burkinabé”, indique l’étude. La région n’a pas de mécanismes pour faire face à la MGF transfrontalière. Seule la loi du Ghana autorise des poursuites judiciaires si l’excision est faite à l’extérieur du pays. Ailleurs, des législateurs n’ont pas prévu la stratégie transfrontalière des personnes qui résistent au changement. En novembre, lors d’une rencontre avec des Premières dames de sept pays d’Afrique de l’ouest, l’UNIFEM et des gouvernements ont lancé un plan d’action régional dans des régions frontalières impliquant des gouverneurs, la police et des organisations non gouvernementales.
“La question fondamentale est que les deux côtés de la frontière doivent être vigilants”, a souligné Tiendrebeogo.
Néanmoins, indique l’étude, la solution ne réside pas dans la répression, mais dans la capacité à convaincre les gens d’abandonner la pratique. Les stations de radios communautaires constituent la clé pour cette approche, puisqu’elles atteignent les populations dans leur propre langue et diffusent à travers des frontières. Important également, c’est l’engagement public plus grand des leaders politiques, religieux et traditionnels, que l’étude juge “faible”. Jusque-là, les campagnes restent sporadiques, non participatives et faiblement adaptées à leur cible. “L’excision transfrontalière est une conséquence inattendue et perverse… et la preuve de l’inefficacité des approches et stratégies utilisées”, conclut l’étude.

