WASHINGTON, 6 fév (IPS) – Pendant que le parlement zimbabwéen approuve l’accord de partage du pouvoir entre le président Robert Mugabe et le leader de l’opposition Morgan Tsvangirai, la nouvelle administration du président Barack Obama déclare qu’elle attendra le changement concret dans la façon dont le pays sera gouverné avant de décider de la politique Etats-Unis à son égard.
“La réussite ou l’échec d’un tel gouvernement dépendra du partage crédible et inclusif du pouvoir par Robert Mugabe et son parti ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique)”, a déclaré mardi, Robert Wood, porte-parole par intérim de la Maison Blanche.
“La communauté internationale doit rester engagée et continuer d’examiner minutieusement les actions de M. Mugabe à assurer son adhésion à la lettre et à l’esprit de cet accord, y compris le respect des droits de l’Homme et l’Etat de droit”, a-t-il indiqué. “Nous exhortons la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à respecter son obligation à garantir que M. Mugabe évolue sur une nouvelle voie vers la réconciliation et un véritable partenariat avec le MDC (parti de Tsvangirai, le Mouvement pour le changement démocratique)”. Des organisations de défense des droits humains et des groupes d’activistes d’Afrique étaient quelque peu plus sceptiques ici.
“Je pense que c’est un accord défectueux sur plusieurs plans”, affirme Briggs Bomba, directeur de campagnes à ‘Africa Action’, une organisation à but non lucratif. “Il perturbe brusquement les gens du Zimbabwe sur les aspirations les plus essentielles qui ont défini la démocratie : les droits de l’Homme et la justice sociale. Il apparaît maintenant comme une opportunité pour un soulagement temporaire de la souffrance à laquelle les gens sont confrontés”.
“La stratégie de Mugabe est simple : tirer le maximum de bénéfices de l’accord, afficher un bon comportement jusqu’à ce que les sanctions soient levées et que les flux d’aide reprennent, préparer un successeur, puis reprendre progressivement les attaques contre le MDC avant la prochaine série des élections”, a souligné Jon Elliot, directeur de plaidoyer de l’Afrique pour ‘Human Rights Watch’ (HRW). La formation du nouveau gouvernement constitue la dernière évolution dans la crise de près d’une année et qui a éclaté en mars dernier après la victoire du MDC au premier tour des élections nationales. Avant les élections volées prévues en juin, la ZANU-PF a déclenché une vague de violences ciblant essentiellement les sympathisants du MDC. Par la suite, Tsvangirai s’est retiré de la course.
Mugabe a revendiqué la victoire, malgré la conclusion des observateurs indépendants venus de toute l’Afrique australe que l’élection n’était ni libre ni équitable à cause de la campagne d’intimidation et de violence de la ZANU-PF. Pendant les six mois suivants, la SADC, dirigée par l’Afrique du Sud, a essayé de négocier un accord entre le MDC et la ZANU-PF, qui conduirait à un gouvernement d’union, un effort qui finalement s’est soldé par la signature d’un accord de partage du pouvoir par principe le 15 septembre. Cet accord stipulait que Mugabe garderait la présidence, alors que Tsvangirai servirait comme Premier ministre dans un gouvernement au sein duquel le MDC aurait la majorité au parlement.
Pourtant, au cours des quatre mois qui ont suivi, les deux parties n’ont pas pu s’accorder sur la répartition des portefeuilles ministériels spécifiques, avec Mugabe insistant pour garder le contrôle de l’armée et des forces de sécurité. Pendant ce temps, des conditions au Zimbabwe se sont détériorées de façon spectaculaire, au milieu d’un record de l’hyperinflation et une dégradation du système de santé publique, autrefois un modèle. Une épidémie de choléra, qui s’est déclarée en août, s’est propagée dans tout le pays. Jusque-là, elle a tué plus de 3.000 personnes et 65.000 autres ont été infectées, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que sur les neuf millions de personnes qui restent dans le pays, sept millions auront besoin de l’aide alimentaire dans ce mois.
En juillet 2008, l’administration de l’ancien président George W. Bush, ensemble avec l’Union européenne (UE), avaient renforcé leurs sanctions contre le Zimbabwe, bien que leurs efforts d’imposer des sanctions à travers le Conseil de sécurité de l’ONU aient été contrecarrés par le veto de la Chine et de la Russie. À la mi-décembre, Bush, et le Premier ministre britannique, Gordon Brown, ainsi que le président français Nicolas Sarkozy, ont demandé à Mugabe de se retirer complètement.
“Il est temps que Mugabe s’en aille”, a déclaré Bush.
Néanmoins, Mugabe a défié la pression, puisque la semaine dernière, Tsvangirai a accepté de mettre en œuvre l’accord du 15 septembre, amenant le MDC dans le gouvernement. Jeudi, le parlement a unanimement approuvé un amendement constitutionnel autorisant Tsvangirai à devenir Premier ministre.
Plusieurs analystes indépendants ici maintiennent que l’accord est faible et peut tomber à l’eau bientôt.
“C’est une question de quand, et non si, cette chose tombera à l’eau”, a confié à ‘New York Times’, Sydney Masamvu, un grand analyste à ‘International Crisis Group’, la semaine dernière.
“Ce nouvel accord ne reflète pas la volonté du peuple zimbabwéen et il est incertain qu’il produise une solution politique viable, à moins que le comportement de la ZANU-PF change de façon spectaculaire”, a souligné Jennifer Windsor, directrice exécutive de ‘Freedom House’ basée à New York. Pour l’instant, la plupart des groupes non gouvernementaux croient que l’attitude de attendons de voir d’Obama est celle qui est correcte.
“L’Occident n’a pas besoin de se presser pour lever les sanctions ciblées ou jeter de bonnes sommes d’argent sur un mauvais accord”, a dit Elliot de HRW. “Un programme de réforme gouvernementale complet et détaillé et un audit sont nécessaires avant qu’une seule taxe en dollar US ne soit envoyée pour la reconstruction”. “Les crises humanitaires et sanitaires du Zimbabwe, seules, nécessiteront un grand effort international tout au long de 2009”, a-t-il ajouté. “Cela devrait être leur seule préoccupation pour le moment”. Certains groupes estiment que la ferme position de Bush peut avoir été contre-productive et suggèrent que la nouvelle administration soit plus respectueuse de la position des autres pays dans la région pendant que la situation évolue.
Il est “critique de s’écarter de la ‘diplomatie de cowboy’ contre-productive que nous avons connue sous Bush, qui a en réalité mis au pied du mur beaucoup d’acteurs critiques à l’intérieur de l’Afrique du Sud”, a confié Bomba de ‘Africa Action’ à IPS. La nouvelle administration “doit être informée davantage de beaucoup de choses derrière les scènes de discussions et de recherche de consensus au sein de la SADC. Alors ne sortez pas en criant”.

