POLITIQUE-TOGO: L'incertitude Politique Pourrait Précipiter Lomé Hors de Lomé.

LOM, 4 sept. (IPS) – La mise en place d'un nouveau gouvernement au
Togo,
malgré la contestation des résultats des élections de juin
dernier, risque
de précipiter l'exclusion de ce pays des accords de Lomé,
annoncent certains
observateurs.

Le Premier Ministre Kwassi Klutsè a rendu publique au début de
cette semaine
la liste de son nouveau cabinet composé de 27 membres contre 25
dans le
gouvernement précédent. Douze nouveaux membres font leur entrée
dans le
cabinet, au moment où 8 ministres perdent leur portefeuille.
Seules deux
femmes y sont représentées comme dans l'ancienne équipe.
Kwassi Klutsé a été reconduit dans ses fonctions de Premier
Ministre le 20
août dernier. Depuis, il a demandé à l'opposition de se joindre
à lui pour
former un gouvernement de large union.
Mais l'opposition, qui a contesté la victoire du président
Gnassingbé
Eyadéma, lors des élections du 21 juin dernier, a rejeté cette
proposition
et a qualifié le nouveau gouvernement de "fantoche".
“Un gouvernement d'union nationale n'est pas indiqué pour résoudre
la crise
politique… Il faut un gouvernement de crise pour réorganiser
l'élection
présidentielle”, proteste Yawovi Agoyibor du Comité d'Action pour
le
Renouveau(CAR), parti d'opposition.
Officiellement, l'opposition, avec Gilchrist Olympio comme
principal
challenger de Eyadéma, est arrivée en seconde position avec 34%
des voix
lors de ces élections remportées avec plus de 52% de voix par
Eyadéma, au
pouvoir depuis près de 32 ans.
Plusieurs organisations internationales, dont l'Union européenne,
principal
financier des élections, avaient souligné le manque de
transparence de ces
élections, appelant en outre à la reprise des décomptes du vote
truqué de
juin dernier.
La proclamation des élections avait souffert d'un manque de
transparence. Le
décompte des voix avait été suspendu et les membres de la
Commission
Nationale Electorale (CNE)avaient démissionné après avoir été
victimes de
"harcèlement". Mais le ministre de l'Intérieur avait malgré
tout proclamé
les résultats approuvés par la Cour Constitutionnelle.
La mission européenne d'observation, qui assurait le contrôle des
élections,
s'était retirée du processus électoral tout en signifiant que “le
processus
électoral ne présentait plus des garanties de transparences
requises” et
qu'il évoluait “désormais en dehors du cadre des dispositions du
code
électoral” après la démission de la CNE
La publication d'un nouveau gouvernement, sans attendre une
éventuelle
médiation de l'Union européenne dans la résolution du contentieux
électoral,
a poussé certains observateurs à déclarer que, la Commission
européenne, qui
a déjà initié une motion de bannissement du Togo des accords de
Lomé,
pourrait précipiter sa procédure.
Après la confirmation des résultats du scrutin par le ministre de
l'Intérieur et les magistrats de la Cour constitutionnelle, le
conseil des
ministres des quinze pays de l'Union européenne avait en effet
donné
mandat à la Commission de Bruxelles d'entamer uncédure devant
conduire
à la suspension de l'aide au Togo.
Les représentants des quinze à Bruxelles s'étaient prononcés pour
un
recours au nouvel article 366 bis de la Convention de Lomé qui lie
les pays
de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP)à l'Union
Européenne (UE).
Cet article prévoit qu'une partie peut en être exclue si elle
manque au
respect des droits de l'homme et aux principes démocratiques.
Une troïka européenne, composée de l'Autriche, la Grande Bretagne
et
l'Allemagne, devrait statuer sur l'affaire dans les prochains
jours. Si
aucun accord n'est trouvé au sein de la troïka européenne, L'Union
européenne, qui avait déjà officiellement suspendu la coopération
avec le
Togo en 1992 pour absence de démocratie et violation des droits de
l'homme,
pourrait prendre une décision unilatérale.
"La décision finale sera l'exclusion du Togo de la convention de
Lomé en
renégociation le 30 septembre prochain", souligne un analyste
politique
togolais.
Le Parlement européen réuni à Strasbourg avait voté, le 16
juillet, à
l'unanimité, une résolution demandant une non reprise de la
coopération avec
le Togo, à cause de la non-transparence des résultats de
l'élection
présidentielle de juin dernier.
"Les relations difficiles avec les bailleurs comme l'Union
européenne qui
risque de reconduire la suspension de son aide financière en
vigueur depuis
1992, peuvent emmener d'autres à faire autant", affirme Saliou
Tafa,
sympathisant du Parti pour la démocratie et le renouveau, parti
d'opposition.
" Le FMI et la Banque mondiale posent encore des
conditionnalités pour
financer certains programmes de développement. En réalité, ce sont
des
motifs politiques qui se cachent derrière cette réaction",
indique un cadre
du service de l'agriculture du gouvernement, qui a requis
l'anonymat.
Ce cadre cite pour exemple un programme de restructuration du
secteur de
l'agriculture qui risque de ne pas être financé pour les mêmes
raisons.
La suspension du pays de la convention qui porte le nom de sa
capitale,
risque de mettre fin à toute forme de coopération. Les populations
locales
pourraient en payer un lourd tribut.
En adhérant, il y a trente sept ans, à la convention ACP-UE, le
Togo a
bénéficié d'une assistance variée de L'Europe à travers plusieurs
programmes.La coopération commerciale avec les accords
préférentiels, la
coopération dans les produits de base(phosphates, cacao, café et
coton), et
le fonds européen de développement(FED) ont constitué les
principaux
instruments de coopération.
Divers projets dans le domaine routier, de la santé et de
l'éducation, de la
protection de l'environnement, de l'agriculture et de l'élevage,
ainsi que
divers autres domaines ont été financés.
Au total, la communauté européenne a alloué au Togo des ressources
d'un
montant égal à 362,45 millions d'ECUS.
" Nous allons rentrer dans une nouvelle crise économique. La
fuite des
capitaux à cause de l'incertitude politique qui règne dans le
pays va
plonger le pays dans le chaos", se lamente Léon Marsina,
commerçant
togolais.