DAKAR, 8 déc (IPS) – L'Afrique a enregistré 70 pour cent de nouvelles infections au VIH/SIDA dont 59 pour cent chez les femmes, en 2007, indique l'Organisation mondiale de la santé (OMS), soulignant la nécessité de poursuivre les campagnes de prévention contre la pandémie sur le continent.
Sur plus de deux millions d'enfants de moins de 15 ans qui vivent avec le VIH dans le monde, 80 pour cent sont en Afrique. Le traitement anti-rétroviral (ARV) ne touche qu'une infime minorité d'entre eux, ajoute l'OMS, au cours de la 15ème conférence internationale sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (IST), qui s'est tenue du 3 au 7 décembre à Dakar, la capitale sénégalaise. “Certains produits utilisés par les personnes vivant avec le VIH en Afrique sont dépassés”, affirme Jeanne Kappian, responsable de l'Association mondiale de la société civile pour la lutte contre le SIDA, appelant à une augmentation des ressources financières afin qu'on puisse couvrir tous les besoins des personnes séropositives, “élargir l'accès aux soins et renforcer les droits des personnes vivant avec la maladie et des groupes vulnérables”. “Je ne peux pas comprendre, au 21ème siècle, que les gens continuent de faire de la discrimination dans la prise en charge sanitaire entre les différentes catégories de personnes. Si on veut faire face aux réalités du SIDA, il est important de prendre en compte la question de genre et s'engager davantage dans la prévention”, déclare-t-elle à IPS. Cette conférence, la 15ème du genre, a été organisée sur le thème “Réponse de l'Afrique : faire face aux réalités”. Elle a vu la participation de plus de 6.500 médecins, experts dans la lutte contre le SIDA et des partenaires au développement venus d'Afrique et des autres continents. La rencontre s'est achevée dimanche. Les participants ont indiqué avoir posé un jalon pour veiller à la réduction de la vulnérabilité des femmes et des enfants vivant avec le VIH. Ils ont également insisté sur le développement et l'amélioration des moyens de prévention pour faire baisser le nombre de cas d'infection chez les femmes. En outre, les leaders mondiaux de la lutte contre le VIH entendent accroître le soutien politique aux travaux de recherche et de développement dans le domaine des microbicides et faire mieux connaître le préservatif au grand public en améliorant sa distribution. Selon le rapport 2007 du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), la prévalence nationale du VIH en Afrique occidentale chez l'adulte est restée stable. Toutefois, les signes d'une baisse de la prévalence du VIH sont apparents au Mali, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. Le rapport indique qu'au Nigeria, 5,4 pour cent de la population vit avec le VIH. Cependant au Bénin voisin, les enquêtes chez les femmes enceintes fréquentant les centres de santé montrent que le taux de prévalence du VIH se situe autour de deux pour cent depuis 2003. Selon Alice Gougounon, de l'association Racine à Cotonou, au Bénin, qui œuvre pour le suivi des enfants exposés au VIH, le changement de comportement dans plusieurs pays d'Afrique de l'ouest a limité la propagation du SIDA, notamment au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Mali. Pour Peter Piot, le directeur exécutif de l'ONUSIDA, la pandémie reste la première cause de mortalité en Afrique, ce qui nécessite, a-t-il dit, des efforts de la part de tout le monde, en particulier des gouvernements et des organisations internationales. “Les ressources allouées à cette pandémie sont insuffisantes. Il est donc important que les structures des Nations Unies tiennent leurs promesses de financement des programmes de lutte contre le SIDA”, dit-il à IPS. Selon la directrice régionale de l'ONUSIDA pour l'Afrique de l'ouest, Meskerem Grunitzky-Bekele, l'obtention de résultats tangibles dans la riposte contre la pandémie n'est possible que s'il existe un leadership africain fort et engagé. “Il s'agit de leadership à tous les niveaux, du gouvernement, des différentes couches de la société, des familles et des individus. Responsabiliser les individus et les communautés pour faire face au SIDA, est un élément critique et fondamental du respect de la promotion et de la valorisation de leurs droits humains”, souligne-t-elle à IPS. Joseph André Thiendrébéogo, secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le SIDA au Burkina Faso, estime que le secteur privé en Afrique doit également participer à la sensibilisation sur la lutte contre le SIDA. “Le secteur privé en Afrique et surtout dans les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est en retard en matière de lutte contre le SIDA. Ce secteur doit s'imprégner en tant qu'acteur dans la zone de l'UEMOA et non comme un simple donateur”, déclare-t-il à IPS. Noé Sebisaba, un séropositif burundais, responsable de l'association Stop SIDA, affirme que l'exploitation sexuelle, le commerce du sexe, l'absence de système judiciaire viable pour protéger les sidéens ou séropositifs, voire le manque d'infrastructures sanitaires, constituent, dans son pays et en Afrique en général, le terreau fertile qui permet au VIH de se déployer le plus dangereusement. “Concernant les enfants qui constituent la couche la plus exposée de la population, la pauvreté conditionne leur avenir dans l'incertitude. En plus, les guerres en Afrique font que les écoles sont fermées, les familles sont séparées, brisant ainsi l'encadrement de ceux-ci et les mettant devant leur propre responsabilité de survivre”, explique-t-il à IPS. “Une lutte efficace contre le SIDA passe d'abord par l'éradication de la pauvreté”. Le président du Réseau des personnes vivant avec le VIH au Sénégal, Ismaïla Goudiaby, estime que la stigmatisation et la discrimination constituent également un frein à la lutte contre la pandémie. “Aujourd'hui, l'un des défis majeurs pour l'Afrique est de lutter contre cette stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et des groupes vulnérables, car cela confine les malades dans la clandestinité et augmente le risque de propagation du virus”, dit-il à IPS.

