KINSHASA, 9 déc (IPS) – Des politiques font de plus en plus une critique acerbe contre l'activisme des femmes congolaises autour des thèmes sur l'égalité des sexes et des droits ainsi que sur les violences sexuelles faites aux femmes en République démocratique du Congo (RDC).
Pour les uns, c'est un monologue, pour les autres c'est un combat “mono sexiste”, et pour d'autres encore, un combat qui n'aboutit qu'à un “discours de copines” sans objectifs ni résultats concrets.
Cette critique est devenue, à tort ou à raison, plus forte avec le lancement, par le gouvernement congolais, des “16 jours d'activisme contre les violences sexuelles faites aux femmes en en RDC”, sous la supervision du ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant.
Lancée depuis le 25 novembre, cette manifestation durera 16 jours et coûtera plus de 15.000 dollars, pour des résultats non encore clairement définis. Pour certains, comme les initiateurs, notamment la ministre du Genre, de la Famille et de l'Enfant, Marie Ange Lukiana, c'est “un activisme offensif”. Pour d'autres, c'est “un activisme de grands hôtels huppés et climatisés, qui n'aboutira à aucun résultat concret comme ceux organisés depuis de longues années et auxquels on est habitué”. Dans tous les cas, les uns et les autres estiment, comme le professeur Jean-Claude Byebye, ancien député congolais, qu'il s'agit, une fois encore, d'une réunion sans enjeux majeurs.
En tout cas, la question posée continuellement tourne autour de l'efficacité réelle de l'engagement des femmes congolaises puisqu'au bout de deux décennies d'un discours apparemment convainquant, elles ne sont pas parvenues à se donner une place de choix dans les institutions issues des élections et en sont donc restées aux jérémiades, affirment des analystes.
Reprenant cette idée, Byebye considère que jusque-là, l'engagement des femmes congolaises ne s'est limité qu'aux discours opportunistes, sans contenu concret et sans actions programmées. En témoignent des réunions répétitives, avec les mêmes acteurs, dans des lieux huppés, après lesquelles des cocktails sont bien servis, comme ci ces rencontres étaient en elles-mêmes l'objectif, le moyen et le résultat, dit-il à IPS. Le contenu des discours et exposés des participants est l'autre écueil : propositions de réformes, dénonciations des inégalités des droits et des sexes, demandes de renforcement des capacités sans trop donner les raisons des réformes revendiquées ni les résultats auxquels elles devraient aboutir. Les femmes ne ciblent pas non plus les points faibles de leur engagement qui requièrent renforcement ni les résultats qualifiés et quantifiés à court, moyen et long terme, comme le reconnaissait encore Joséphine Ngalula, présidente du Réseau actions femmes (RAF), au cours d'une rencontre d'évaluation à mi-parcours des 16 jours d'activisme, le 3 décembre. Le RAF est une organisation non gouvernementale basée à Kinshasa, la capitale congolaise. Les femmes, qui sont les vraies victimes des violences sexuelles, ont toujours été laissées en marge de toutes ces “réunions de grands hôtels” et elles ne servent que comme capital humain, pour la confection des “projets, qui depuis de longues années, n'ont rien donné”. Et le nombre des femmes qui ont simplement besoin de se confier à leurs paires est devenu impressionnant, mais elles n'ont personne à qui se confier. Les “activistes” sont loin d'elles, souligne Byebye.
Sihaka Tsemo du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Kinshasa, pense autrement : “Un travail plus concerté donnerait des résultats meilleurs si les obstacles sont d'abord identifiés et évalués en même temps que les atouts et les défis que connaissent les femmes en matière de violences sexuelles. Viendront alors les élaborations de programmes avec des résultats précis auxquels on voudrait arriver”. Dans un effort de lutte contre l'impunité des violences sexuelles faites aux femmes, il y a d'abord la prévention, soulignent à IPS, Anne Marie Makombo, une ancienne députée et Jacqueline Rumb, une femme politique, responsable au sein du Réseau des femmes africaine ministres et parlementaires (REFAMP), une association sans but lucratif basée à Kinshasa. Selon le REFAMP, la prévention des violences sexuelles devrait faire en sorte que les premiers destinataires de l'engagement des femmes et de ses résultats soient d'abord les policiers, les maires, les politiciens et les enfants de rues en tant qu'auteurs récurrents ainsi que les femmes du monde rural, des femmes peu ou pas instruites en tant que victimes potentielles.
Le REFAMP espère ainsi intégrer à court terme une ligne spécifique aux violences sexuelles faites aux femmes dans le budget de la RDC pour l'année 2010 en prenant en compte le travail qui doit d'abord être fait à la base avec les femmes nécessiteuses ainsi qu'aux côtés des auteurs potentiels de ces violences.
Selon des analystes, un défi d'engagement plus significatif en faveur des femmes et par les femmes existe certes; mais il reste encore à braver plusieurs mythes dont la loi du silence face aux tabous, les craintes de représailles ainsi que le manque de structures d'écoute et de protection pour les victimes, en dépit des milliers de dollars qui sont gaspillés toutes les semaines dans des rencontres presque inutiles.

