DAKAR, 8 déc (IPS) – L'organisation non gouvernementale (ONG) 'Grandir' soutient près de 2.000 enfants exposés au VIH en Afrique de l'ouest et en Afrique centrale, pour qu'ils puissent bénéficier d'une prise en charge globale de qualité à proximité de leur résidence.
Par contre, ils sont plus de deux millions d'enfants et adolescents en Afrique qui vivent avec le VIH, tandis que peu de femmes enceintes connaissent leur statut sérologique. Environ 18 pour cent de femmes enceintes en Afrique de l'ouest ont subi un test de dépistage cette année, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En aidant les mères séropositives à prendre de bonnes décisions par rapport à l'alimentation de leurs nouveau-nés, l'ONG 'Grandir' a amélioré les chances de survie de jeunes enfants en Afrique. Elle est basée en France et financée par le ministère français des Affaires étrangères.
En marge de la 15ème conférence internationale sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (IST), qui s'est tenue du 3 au 7 décembre à Dakar, au Sénégal, le correspondant de IPS, Koffigan E. Adigbli s'est entretenu avec Caroline Tran, chargée de programme santé/SIDA de 'Grandir'. Elle appelle pour une "prise en charge des mères séropositives et des enfants exposés au VIH". IPS: Comment se fait la surveillance du VIH chez les femmes enceintes qui consultent dans les services sanitaires?
Caroline Tran: Les femmes enceintes qui sont consultées dans les services de soins prénatals, ont en Afrique une surveillance particulière. Les services de prévention primaire que nous avons installés dans des pays, comme au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Togo ou encore au Tchad, ont suivi notamment les femmes en âge de procréer et préviennent aussi par des conseils des femmes vivant avec le VIH contre des grossesses non-désirées. Cette surveillance se fait par un suivi des femmes enceintes séropositives, du premier mois de leur grossesse jusqu'à l'accouchement et même jusqu'à l'allaitement de l'enfant. Elles sont mises sous ARV (anti-rétroviraux) pour que le nourrisson puisse naître sans les séquelles de la maladie. Nous surveillons aussi leur alimentation pour qu'elles ne soient pas affaiblies par la maladie. Par l'intermédiaire de nos services, elles ont bénéficié de conseils et de soutien en ce qui concerne l'alimentation des nourrissions, une thérapie anti-rétrovirale pour la mère, une prophylaxie au 'cotrimoxazole' pour la mère et le bébé. Nos services en Afrique conseillent aussi les femmes sur la santé sexuelle et la procréation pour la survie de l'enfant. L'administration d'une thérapie anti-rétrovirale à ces femmes sert non seulement à préserver la santé des mères, mais elle réduit encore de manière considérable le risque qu'elles transmettent le VIH à leurs nourrissons. IPS: Y a-t-il de nouveaux moyens de lutte contre la transmission et la propagation du VIH, en particulier de la mère à l'enfant?
CT: Oui, nous avons la Prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME), qui se fait au troisième trimestre chez une femme enceinte. La PTME est devenue un domaine habituel des projets de financements de nombreux donateurs, car c'est une nouvelle stratégie de lutte contre le VIH. Outre la PTME, un nouveau projet de prévention de la transmission périnatale du VIH par de la 'lamivudine' donnée à l'enfant pendant l'allaitement maternel, est finalisé en 2007. L'allaitement maternel protégé par les ARV jusqu'à l'alimentation de l'enfant est aussi une nouvelle méthode de lutte contre la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Toutes ces méthodes sont utilisées dans les centres de santé ou dans les associations qui luttent en Afrique contre le SIDA. IPS: La prise en charge des mères et des enfants séropositifs s'est-elle améliorée, surtout quand on sait qu'en Afrique cela pose encore des problèmes?
CT: Il y a eu d'amélioration dans la prise en charge des mères et des enfants à différents niveaux. D'abord, dans plusieurs pays d'Afrique, des efforts ont été faits pour aider les mères à adopter des pratiques optimales et sûres d'alimentation des bébés et des jeunes enfants. Ensuite, il y a eu des initiatives de suivi pour mieux soutenir et protéger non seulement les enfants affectés par le SIDA, mais aussi les femmes infectées. Les Etats africains ont favorisé l'accès gratuit aux services de base et offert un soutien social et une protection contre les mauvais traitements. Ce qui se fait au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. Nos antennes à travers l'Afrique effectuent des visites à domicile pour soutenir en offrant des vivres et des médicaments aux mères et enfants exposés au VIH. L'association Racine le fait bien au Bénin, et le groupe est souvent constitué de docteurs qui soignent et soutiennent moralement les mères et les enfants affectés par la maladie. La mère ou l'enfant affecté par le VIH est suivi nutritionnellement. Même nos antennes interviennent dans l'éducation des enfants vivant avec le VIH. Concernant la prise en charge de l'enfant, deux réalisations ont été faites en 2007. La première vise à constituer chez l'adulte une base de données internationale pour documenter la prise en charge et le traitement de l'infection par le VIH chez l'enfant en Afrique. La seconde a pour objectif d'évaluer l'impact des multithérapies anti-rétrovirales et du programme élargi de vaccination sur l'évolution et la prise en charge des mères et des nourrissons infectés. C'est ce qui se fait au Cameroun, au Burkina Faso et au Togo. IPS: Les moyens sont-ils suffisants pour permettre plus grand nombre de malades en Afrique d'accéder aux ARV?
CT: D'abord en Afrique, la plupart des malades vivant avec le VIH ne bénéficient pas des ARV. Chez certains, cela est dû à la stigmatisation. Ce qui fait que le malade cache sa maladie. Les centres de santé ne suffisent pas, sans oublier le manque de médecins spécialisés. Ensuite, les nourrissons séropositifs ne sont pas traités parce que l'accès aux diagnostics reste limité en Afrique. En 2007, seulement 8 pour cent des enfants nés de mères séropositives ont subi un test avant l'âge de deux mois, selon l'OMS. Les organisations ne tiennent pas aussi leurs promesses au niveau du financement des projets de lutte contre le SIDA sur le continent. Et même certains gouvernements n'intègrent pas la lutte contre la maladie dans leurs projets de développement. Ce qui fait que dans certains pays africains, les séropositifs manifestent pour manque des ARV, comme ce fut le cas au Togo en février 2008. IPS: Dans quels pays d'Afrique de l'ouest les efforts sont-ils plus remarquables pour l'accès aux ARV à un plus grand nombre de malades?
CT: Les efforts ont été consentis dans presque tous les Etats d'Afrique de l'ouest, mais les plus avancés permettant l'accès aux ARV sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Mali et récemment le Togo où désormais les ARV sont gratuits. IPS: Pourquoi la sécurité alimentaire et nutritionnelle compte-t-elle dans la riposte au VIH?
CT: L'absence de sécurité alimentaire et un mauvais état nutritionnel peuvent accélérer la progression vers des maladies liées au VIH et saper l'observance thérapeutique et la réaction à la thérapie anti-rétrovirale. Les adultes vivant avec le VIH ont des besoins énergiques de 10 à 30 pour cent plus élevés que ceux d'un adulte en bonne santé non affecté par le VIH. Les enfants vivant avec le VIH ont des besoins de 50 à 100 pour cent plus élevés que les besoins normaux. La disponibilité de la nourriture et une bonne nutrition sont donc cruciales pour garder les personnes vivant avec le VIH en bonne santé et capables de résister plus longtemps aux infections opportunistes comme la tuberculose. Il est donc vital de s'intéresser à la sécurité alimentaire et à la nutrition dans tous les milieux si l'on veut atteindre l'objectif de l'accès universel à la prévention, au traitement, à la prise en charge et au soutien en matière de VIH d'ici à 2010.

