DEVELOPPEMENT-COTE D'IVOIRE: Bénéficier du PPTE pour contenir la pauvreté croissante

ABIDJAN, 5 déc (IPS) – Pour sortir de la pauvreté croissante que connaît la Côte d'Ivoire, depuis plus de six ans du fait de la crise politique, cette nation doit bénéficier de l'initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) au premier trimestre de 2009, affirme le ministre ivoirien de l'Economie et des Finances, Charles Koffi Diby.

Selon Koffi Diby, si le pays n'obtient pas un programme et l'annulation de sa dette, la croissance négative enregistrée en 2002 (-1,8) s'aggraverait. C'est le plus faible taux du produit intérieur brut ivoirien.

“Essayons d'avoir un programme, il n'y a que cela qui puisse nous sauver afin de résorber la pauvreté qui s'est aggravée”, a-t-il plaidé la semaine dernière au cours d'une réunion avec des experts en bâtiment, à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

La dette extérieure de la Côte d'Ivoire, selon le ministre, est estimée à près de 2.000 milliards de francs CFA (environ quatre milliards de dollars), soit le tiers de son budget, rendant impossible les investissements. Mais, si le pays parvient à effacer sa dette extérieure et à être éligible à l'initiative PPTE, elle bénéficierait d'un excédent de 3.000 milliards FCFA (six millions de dollars). Un excédent qui devrait servir à financer des investissements et favoriser un regain de l'économie pour lutter contre la pauvreté, ajoute Koffi Diby.

Toutefois, ce pays d'Afrique de l'ouest peut être éligible à l'initiative à condition qu'il achève, avant la fin-décembre, la mouture finale du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Ce document, qui comprend tous les nouveaux plans de lutte contre l'extrême pauvreté, est en cours d'élaboration par des experts en développement.

“C'est une seconde chance qui s'offre et le temps joue contre les autorités ivoiriennes car elles ont intérêt à respecter le deadline”, explique l'économiste Martinien Gadou à IPS. “Nous sommes à un mois de la fin de l'année et le tableau que présente la pauvreté est très critique. Il est plus que urgent de trouver la parade qui pourrait permettre aux populations de souffler”, dit-il.

Pour Gadou, en cette période de fin d'année où l'actualité nationale est marquée par de nombreuses revendications salariales, “La Côte d'Ivoire ne peut se permettre d'engloutir 10 pour cent de ses ressources dans sa masse salariale alors qu'elle n'en a créé pas assez du fait de la crise et que l'écart continue de se creuser entre les différentes couches sociales”. “Si le DSRP est bien ficelé, des sacrifices devraient être consentis par les travailleurs afin de permettre au gouvernement de s'attaquer directement aux problèmes qui, une fois résolus, pourraient sortir les populations de l'extrême pauvreté”, affirme-t-il.

En effet, une enquête sur le niveau et les conditions de vie des ménages, conduite en 2008 par l'Institut national de la statistique (INS) et les résultats ont été publiés la semaine dernière, indique une paupérisation croissante des populations ivoiriennes. “Près de la moitié (48,94 pour cent) de la population ivoirienne est pauvre et vit à peine avec un dollar par jour”, relève Nouhoun Coulibaly, directeur de l'INS. Les régions les plus pauvres sont le centre-ouest, le nord et l'ouest où le taux de pauvreté varie entre 60 et 75 pour cent. Le pays compte environ 16 millions d'habitants.

“La paupérisation a non seulement atteint tous les pôles de développement, mais encore si rien n'est fait à l'horizon 2015, avec notamment la fin définitive de la crise, ce taux va dépasser les 63 pour cent”, prévient-il. Le taux de fréquentation scolaire s'élève à seulement 50,11 pour cent de la population et à cause de la pauvreté, le taux de morbidité s'est aggravé, notamment pour les femmes, en raison du manque de moyens pour se soigner, souligne Nouhoun. “Le pays est plongé dans une situation de pauvreté déplorable et de misère grandissante”, ajoute Gadou.

Cette situation, estiment des analystes, ne devrait pas permettre à la Côte d'Ivoire d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui sont de réduire d'ici à 2015 l'extrême pauvreté et la faim, de réduire le nombre de femmes qui meurent en couches, de permettre à davantage d'enfants de survivre durant les deux premières années de la vie.

Devant le centre de santé communautaire d'Abobo-Baoulé, un sous-quartier au nord-est d'Abidjan, Alice Tia, 30 ans, s'apprête à monter à pas pesant dans un taxi pour rentrer chez elle. Les yeux en larmes, elle garde encore en mémoire le décès de son bébé de trois mois, il y a quatre jours.

“Il ne me fallait que 3.000 FCFA (six dollars) pour assurer le traitement médical et le sauver”, explique Tia à IPS. “Depuis l'accouchement, je ne suis jamais parvenue à m'assurer une visite à l'infirmerie. Le jour de son décès, l'enfant était pris d'une forte fièvre et je n'avais même pas de thermomètre pour connaître sa température”, dit-elle. “Avec l'aide financière des voisins, nous sommes arrivés à l'hôpital, mais il était trop tard”.

De son côté, Mamadou Diakité, 52 ans, commerçant de pagnes au marché d'Adjamé (centre d'Abidjan), a vu son revenu financier baisser en six ans. “Avant la crise, je gagnais 300.000 FCFA (environ 600 dollars) de bénéfice net par mois, ce qui me permettait de nourrir ma famille et de réaliser d'autres investissements”, raconte-il à IPS. “Au fil des années, j'ai perdu 70 pour cent de mon revenu. Je gagne à peine 75.000 FCFA (environ 150 dollars) pour des charges mensuelles de 125.000 FCFA (250 dollars). Il faut que la crise s'arrête, sinon le chaos va se produire”, avertit Diakité.

La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis six ans, des ex-soldats de l'armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée de cette partie du pays. Engagé sur la voie d'une sortie de crise depuis l'accord de Ouagadougou en 2007, le pays devrait organiser une élection présidentielle à la fin du mois de novembre dernier. Mais elle a été reportée à une date ultérieure.