SANTE-AFRIQUE DE L'OUEST: Un guide pour mieux accueillir un vaccin antipaludique

OUAGADOUGOU, 4 déc (IPS) – Pour mieux se préparer à l'introduction d'un vaccin contre le paludisme, les pays d'Afrique de l'ouest ont adopté un cadre de décision. Ce vaccin serait vraisemblablement le RTS'S développé par la firme pharmaceutique GlaxoSmithKline et qui a des chances d'arriver sur le marché d'ici à 2012, selon des spécialistes de la santé.

“On a adopté un cadre de prise de décision et chaque pays va utiliser ce cadre par rapport à des démarches de plaidoyer auprès des autorités, et faciliter la mise en place de certaines étapes qui vont permettre l'intégration du vaccin au sein des autres programmes de vaccination déjà existants en faveur des enfants”, explique à IPS, Dr Stéphane Tohon, point focal pour le programme paludisme au bureau inter-pays de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Les responsables des programmes de vaccination et de ceux chargés de la lutte contre le paludisme dans les pays d'Afrique de l'ouest ont adopté ce cadre de décision lors d'une rencontre tenue la semaine dernière, à Ouagadougou, sous l'égide de l'OMS, de l'initiative Faire reculer le paludisme (RBM). La réunion était initialement destinée à évaluer les activités de la lutte contre le paludisme dans la sous-région.

Selon Tohon, ce cadre décisionnel permettra de sensibiliser les autorités et les préparer à la prise de décisions pour l'introduction du vaccin dans les programmes de vaccination existants dès sa mise sur le marché. Le vaccin concernera les enfants âgés de plus 17 mois. “C'est une démarche administrative, politique et même gestionnaire pour accueillir ce produit”, ajoute Tohon. Quelque 16 vaccins candidats antipaludiques sont actuellement en phase d'essais cliniques, des dizaines d'autres se trouvent aux premières étapes de développement, mais le vaccin candidat le plus avancé, RTS'S, pourrait être disponible dès 2012, selon l'Initiative vaccin contre le paludisme (MVI) du Programme pour l'utilisation des technologies dans la santé (PATH) et l'OMS. Ce vaccin antipaludique, développé par l'entreprise pharmaceutique 'GlaxoSmithKline Biologicals', viendrait compléter les interventions actuelles et serait vraisemblablement utilisé dans le cadre des programmes de vaccination existants.

“Le RTS'S est le vaccin le plus avancé dans le développement d'un vaccin contre le paludisme, c'est le vaccin qui a déjà atteint le stade III de son développement, et le seul le plus proche de la mise sur le marché actuellement”, déclare Dr Jean-Bosco Ouédraogo, directeur régional de l'Institut de recherche en sciences de la santé à Ouagadougou. Il est chargé au Burkina Faso de la mise en œuvre du développement du vaccin RTS'S.

Pour la phase III, environ 16.000 personnes seront utilisées, réparties sur les 11 sites des sept pays où se déroulent des essais cliniques. Au Burkina, plus de 1.500 enfants ont été ciblés et seront suivis pendant trois ans. Sept pays ont été retenus pour les essais cliniques du vaccin dont le Burkina Faso et le Ghana en Afrique de l'ouest. Une prise de décision anticipée concernant le rôle futur d'un vaccin antipaludique doit être initiée, parallèlement au développement clinique des produits, afin d'éviter tout retard lié à l'introduction de ce vaccin, indique MVI. L'initiative MVI se réfère à l'expérience récente vécue avec de nouvelles interventions, dont les moustiquaires imprégnées d'insecticide, et les combinaisons thérapeutiques avec l'artémisinine. Selon MVI, le manque de planification peut entraîner une sous-utilisation du vaccin.

“Il y a des choses qu'il faut commencer à penser comme l'introduction du vaccin dans le système de vaccination qui existe déjà dans les pays, de façon à les renforcer et éviter de créer des structures parallèles ou des stratégies parallèles pour ces vaccins-là”, explique à IPS, Dr Djamila Cabral, la représentante de l'OMS au Burkina Faso.

Le guide pour la prise de décision prend en compte la valeur et l'impact d'un vaccin antipaludique comme partie d'un éventail de mesures de lutte contre le paludisme dans les pays d'endémie en Afrique, le coût financier du vaccin, le rapport coût-efficacité, l'environnement socioculturel et des services médicaux dans lequel un vaccin antipaludique serait introduit. Selon MVI, le coût de la préparation du vaccin s'élève à quelque 500 millions de dollars. Par exemple, chaque site d'essai clinique du vaccin absorbe environ deux millions de dollars, indique Dr Ouédraogo. Mais pour le moment, le prix du vaccin au consommateur, n'est pas encore fixé. Toutefois, des participants à la rencontre de Ouagadougou ont laissé entendre que des partenaires seraient sollicités pour l'accès des populations pauvres au vaccin.

“Le vaccin viendra aider, s'ajouter à ce qui existe déjà. Il ne résoudra pas tous les problèmes; alors on doit faire des efforts avec les stratégies actuelles, les renforcer et améliorer les résultats en même temps qu'on se prépare pour accueillir les vaccins”, prévient Dr Cabral à propos du vaccin.

A ce jour, les produits et méthodes pour combattre le paludisme comprennent les moustiquaires imprégnées, les combinaisons thérapeutiques à base de l'artémisinine (CTA), et la pulvérisation intra-domiciliaire. Cependant, une enquête réalisée en 2005 par l'OMS dans 18 pays africains, avait montré que 34 pour cent des ménages possédaient une moustiquaire imprégnée; 23 pour cent des enfants et 27 pour cent des femmes enceintes dormaient sous ces moustiquaires. Par ailleurs, selon l'enquête, 38 pour cent des enfants faisant la fièvre se voyaient administrer des médicaments antipaludiques, dont trois pour cent seulement des CTA, et seulement cinq pays africains faisaient état d'une couverture de la pulvérisation intra-domiciliaire pour protéger au moins 70 pour cent des personnes exposées au paludisme.

Selon l'OMS, le paludisme est endémique dans 15 pays d'Afrique de l'ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.