SANTE-AFRIQUE: Des avancées dans la lutte contre la trypanosomiase

BRAZZAVILLE, 20 nov (IPS) – Des progrès ont été enregistrés dans la lutte contre la Trypanosomiase humaine africaine (THA), connue également sous l'appellation de maladie du sommeil, mais la maladie sévit encore de façon très endémique dans certains pays africains. Pourtant, la lutte était amorcée sur le continent depuis les années 1940.

De nombreux chercheurs africains et européens, réunis du 18 au 19 novembre à Brazzaville, la capitale de la République du Congo, ont fait le point des études et recherches menées pour éliminer cette maladie qui compromet le développement socioéconomique des zones endémiques. La maladie est transmise aux hommes et aux animaux par la mouche tsé-tsé. Les chercheurs affirment avoir mis au point un nouveau traitement dont les premiers résultats encourageants. “Il s'agit de la combinaison de nifurtimox avec l'éflornithine, deux produits qui existent déjà, mais dont l'action n'a pas été assez forte, utilisés séparément”, a expliqué Dr Els Torreele, chercheur et chef de projets à l'Initiative médicaments contre les maladies négligées (DNDI), un centre de recherche basé à Genève. A la fin de 2006, 287 patients ont été recrutés au Congo et en République démocratique du Congo (RDC) pour participer à des essais cliniques du nouveau traitement. L'analyse de la sécurité du médicament a montré que les deux traitements combinés sont bien tolérés. “Tous les patients ont presque été guéris avec des effets secondaires très faibles”, a indiqué Torreele à IPS. Les deux produits, le nifurtimox et l'éflornithine, sont mis au point depuis les années 1980, mais utilisés séparément, ils n'ont pas donné les effets attendus. Les chercheurs et les médecins ont noté des résistances de 50 pour cent pour le nifurtimox et de 10 pour cent pour l'eflornithine. Bien avant, vers 1950, le melarsoprol et la pintamedine étaient déjà utilisés comme traitement contre la THA, mais sans succès réel. D'où de nombreux cas de rechute dans certains pays où ces médicaments sont encore utilisés, selon des chercheurs. En RDC où vivent quelque 8.000 patients, des cas de rechute sont fréquents en zones rurales et aux environs de Kinshasa, la capitale. “Encore une fois, la RDC reste en pointe de l'ensemble de tous les pays concernés. Malgré le travail fait, il y a encore d'importants cas de résistance développée par des patients traités”, a dit à IPS, Dr Constantin Miaka Mia Bilenge, conseiller au Programme national de lutte contre la THA (PNLTHA) en RDC. “Et c'est grâce au nouveau traitement que nous espérons éliminer définitivement la maladie”. Selon le directeur exécutif de DNDI, Dr Bernard Pécoul, ces expériences cliniques sur les patients présentent des lendemains meilleurs. “Ces études ont eu lieu au Congo-Brazzaville et en RDC. Il y a déjà des résultats concrets que nous avons présentés au cours de cette réunion avec des résultats finaux très encourageants”, a-t-il souligné à IPS. Le nouveau médicament a également l'avantage de raccourcir la durée du traitement sous surveillance médicale qui passe de 14 à 10 jours. La trypanosomiase se développe en deux phases, et pour les déterminer chez un patient, il faut faire des ponctions lombaires. “Nous voulons éviter au malade toutes ces souffrances, car pour un traitement de 24 mois (y compris le suivi post-thérapeutique), il faut au moins six ponctions lombaires. Or aujourd'hui, on peut commencer avec des injections et terminer avec des comprimés dans les trois derniers jours”, a ajouté Torreele. Mais le nouveau traitement n'est pas encore disponible, indique Pécoul, expliquant qu'il faudrait que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne et oriente les protocoles sur l'utilisation de la nouvelle combinaison. Il faut donc attendre un peu avant de ravitailler les hôpitaux, dit-il. Les recherches pour mettre au point ce nouveau traitement ont coûté 16,3 millions d'euros au DNDI, soutenu financièrement par les gouvernements britannique, français et espagnol, ainsi que des organisations comme Médecins sans frontières (MSF) et la Fondation Bill Gates.

Les chercheurs ont également mis au point un microscope à fluorescence, très sensible pour détecter les germes de la THA. Ce microscope existe dans plusieurs laboratoires européens, mais aussi en RDC, en Ouganda et au Congo, selon une source proche de la conférence de Brazzaville. Par ailleurs, le renforcement des actions de lutte contre la THA en Afrique a donné des résultas significatifs, selon les chercheurs. Au Congo, par exemple, entre 2002 et 2005, la section hollandaise de MSF et la coopération française ont traité plus de 2.000 malades par an. “Aujourd'hui, nous ne traitons plus que 300 à 400 malades par an”, a déclaré à IPS, Dr Stéphane Gampo, responsable du PNLTHA au Congo. En RDC, les cas de trypanosomiase étaient chiffrés en 1996 à 25.000 patients. “Ils ne sont plus que 8.000 aujourd'hui. Il s'agit des résultats des efforts que nous fournissons tous les jours”, indique Dr Miaka. Ces deux médecins reconnaissent cependant qu'il existe de profondes disparités entre les statistiques officielles et la réalité du terrain. “Ces chiffres ne tiennent compte que des lieux où nous sillonnons. Faute de moyens, nous ne pouvons pas aller plus loin, ou refaire deux à trois fois l'année la même zone. En réalité, la situation exacte reste à déterminer”, admet Gampo. Selon Miaka, l'absence des équipes mobiles fait défaut pour atteindre certaines populations. Dans les années 1950, on comptait plus de 200.000 équipes mobiles en RDC, mais elles sont aujourd'hui réduites à moins de 50, affirme-t-il. La plate-forme THA, mise en place depuis 2005, estime encore à 25.000 le nombre de malades du sommeil sur le continent. En RDC, au Congo, au Soudan, en Angola et en Ouganda, la THA sévit de façon endémique. Selon les relevés épidémiologiques de l'OMS en 2006, les cas de THA en Afrique étaient encore estimés à 50.000.

Plusieurs conséquences socioéconomiques sont enregistrées dans les ménages touchés par la maladie. “Dans la région du Bandundu (nord-ouest de la RDC), par exemple, plusieurs familles ont perdu cinq mois de moisson. Les membres de la famille sont allés au chevet des parents attaqués par la THA pendant longtemps à l'hôpital. Cela arrive assez souvent dans les villages où les paysans vont se soigner en villes”, explique Dr Pascal Lutumba de la RDC. Les chercheurs ont appelé les gouvernements des pays concernés à donner plus de moyens financiers. De même, ils envisagent, entre autres, d'axer leur action pendant la période 2009-2010 sur des opérations de suivi post-thérapeutique.