LE CAP, 19 nov (IPS) – Lorsque Barbara Hogan a remplacé le ministre sud-africain de la santé Manto Tshabalala Msimang en septembre, sa nomination a été saluée dans tous les quartiers.
Hogan, qui auparavant était président de la Commission du portefeuille des finances au Parlement, est connue comme une intellectuelle qui défend ses opinions et trouve des approches pratiques pour résoudre les problèmes politiques difficiles. IPS: Vous avez reconnu que le VIH/SIDA est l'un des problèmes de santé les plus pressants sur le continent. Vous avez également exprimé des inquiétudes par rapport au vilain jumeau, la tuberculose, une infection opportuniste à laquelle des personnes porteuses du VIH sont particulièrement vulnérables. Comment allez-vous aborder ce problème?
Barbara Hogan: L'Afrique du Sud a toujours eu un bon programme de gestion de la tuberculose, nous assistons à une augmentation des cas. Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est l'apparition des souches de tuberculose résistantes à plusieurs médicaments. Pour résoudre ce problème, l'Afrique du Sud travaille en étroite collaboration avec l'Organisation mondiale de la Santé et établit des partenariats avec des organisations du secteur privé et public. La Campagne nationale de sensibilisation sur la tuberculose n'est qu'un seul aspect des solutions du problème. Lorsque nous travaillons à combattre la tuberculose, nous travaillons aussi invariablement à combattre le VIH. Si ce n'était pas grâce à au grand nombre d'agents de santé communautaires dans ce pays, y compris les gens qui font du 'counselling' (assistance) volontaire, de même que des agents de soins de santé primaires, nous ne serions pas en mesure de faire des progrès dans la lutte contre le VIH/SIDA ou la tuberculose. Ils font un travail remarquable. IPS: Vous mettez l'accent sur l'importance des agents de santé, toutefois, les professionnels de santé quittent le pays en grands nombres, ce qui a conduit par exemple à un déficit de 46.000 infirmiers. Que faites-vous pour résoudre ce problème?
BH: Nous devons réduire le flux des gens qui quittent le pays, mais dans le même temps, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les professionnels travaillent dans les conditions inacceptables qui prévalent dans certaines de nos unités de soins de santé. Le gouvernement a pris conscience du fait que les gens qui exercent dans le public ne sont généralement pas bien payés comparativement au secteur privé, et a mis en œuvre le Programme de rémunération spécifique à chaque secteur d'activité (ODSP) l'année dernière. Par le biais de ce programme, les salaires des fonctionnaires sont en cours d'ajustement. Les salaires des infirmiers vont augmenter de façon substantielle. Nous avons eu des problèmes difficiles que nous sommes en train de résoudre, mais nous voyons déjà des signes de retour d'infirmiers [d'outre-mer]. Il faut donner aux professionnels leur dû — sous forme de salaires et dans la façon de les traiter sur leur lieu de travail. Le niveau de professionnalisme et de dévouement avec lequel ils font leur travail est surprenant. Assurément, il y a des cas où des professionnels des soins de santé sont paresseux et ne font pas bien leur travail, mais nous prendrons des mesures contre eux. Retenez que depuis des années, les agents de santé font face à une épidémie de [VIH] qui a des chiffres de mortalité journalière qui ne sont comparables qu'à ceux qu'on voit en temps de guerre. Comme en guerre, de jeunes gens meurent beaucoup plus que les vieilles personnes. Certains agents de santé sont simplement héroïques. IPS: Des critiques affirment que les institutions de formation en santé de l'Afrique du Sud ne sont pas à la hauteur de la tâche. Etes-vous d'accord?
BH: Je n'approuve pas ces déclarations. Les normes de formation en soins de santé en Afrique du Sud sont reconnues sur le plan international et c'est pour cela que les gens sont en mesure d'émigrer. Je pense que le problème est souvent plus une question de gestion des professionnels dans notre système. Ils sont parfois distraits par des questions de gestion, ce qui leur rend la tâche difficile. Le Plan de revitalisation des hôpitaux [qui vise à améliorer la qualité des hôpitaux et du matériel] est un programme qui a largement réussi à améliorer les hôpitaux et à faire de l'environnement hospitalier un endroit sécurisé. Le défi est d'étendre toutes ces initiatives [rapidement et simultanément]. Le gouvernement dispose d'importantes ressources financières et de capacités pour effectuer des changements dans le système de soins de santé. Toutefois, les politiques du gouvernement ont beau être bonnes, on ne peut pas avoir une prestation optimale de soins de santé sans l'assistance des communautés sous la forme de partenariats avec la société civile et de coopération avec des agents de santé. IPS: Une bonne alimentation et les anti-rétroviraux (ARV) vont de pair dans la lutte contre la tuberculose et le VIH/SIDA. Récemment, vous avez mis l'accent sur l'importance des aliments fortifiés dans la lutte contre la malnutrition en Afrique du Sud où la pauvreté est très répandue. Comment envisagez-vous d'améliorer la sécurité alimentaire?
BH: La malnutrition est l'un des problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés. Si nous améliorons l'alimentation des enfants, des femmes enceintes et des jeunes mamans, nous aurons fait des avancées dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, relatifs à la réduction de la mortalité infantile et à l'amélioration de la santé maternelle. Les petits enfants et les jeunes mamans porteuses du VIH/SIDA, dont les systèmes immunitaires sont compromis, sont particulièrement en danger. Ce pays a besoin d'une bonne alimentation pour réduire le fardeau du VIH. Le maïs et le pain sont les aliments les plus fréquemment consommés dans le pays. Le gouvernement ajoute déjà des nutriments à ces produits comme moyen de délivrance de micro-nutriments à ceux qui n'ont pas une alimentation adéquate. IPS: Les politiciens et les Sud-Africains s'attendent à ce que vous “guérissiez” un système de santé confronté à de multiples problèmes. Vous sentez-vous accablée?
BH: Je sens beaucoup le poids de grandes attentes. Mais quand vous êtes au parlement, vous avez l'avantage de la supervision. En tant que député, j'étais bien consciente des problèmes du secteur de la santé. Toutefois, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de défis majeurs à relever. Bien qu'il y ait de bonnes politiques [sanitaires] en place, tous les efforts et projets doivent être étendus. Nous avons la chance d'avoir dans ce pays des professionnels qui font du bon travail. Je ne peux rien faire toute seule. Mais ensemble, nous pouvons faire la différence dans la vie de millions de personnes.

