LUANDA, 21 nov (IPS) – Elle est devenue orpheline à travers la lutte de libération que l'Angola a menée contre le Portugal, mais à travers ce combat, elle a trouvé une nouvelle famille et une inspiration pour la vie.
“J'ai été élevée dans la politique, j'ai grandi tout au long de la révolution”, déclare Luzia Inglês Van-Dúnem, l'une des femmes politiciennes les plus en vue en Angola. Inglês est retournée au Parlement à l'issue des deuxièmes élections jamais organisées en Angola en septembre. Elle est également la secrétaire générale de l'OMA (Organização da Mulher Angolana), l'aile féminine du MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola), le parti au pouvoir. Son père, un pasteur méthodiste, a été torturé à mort par le régime colonial. Sa mère est décédée peu après, dit-elle le cœur fendu. A l'âge de 13 ans, Inglês a rejoint les guérillas du MPLA dans la brousse non loin de chez elle, à Bengo, au nord de la capitale, Luanda. Plus tard, elle a étudié les télécommunications dans l'ex-Union soviétique, a travaillé pendant un certain temps avec la cellule MPLA en Tanzanie, est retournée en Angola juste avant l'indépendance en 1974, et a dirigé entre 1976 et 1991 le service des télécommunications de la présidence. Mariée depuis 38 ans à l'ancien ministre du MPLA, Afonso Van-Dúnem, avec quatre enfants et plusieurs petits-enfants, Inglês a pris les reines de l'OMA en 1999. Des lois aux suffrages Constituée en 1962 pour soutenir les combattants du MPLA, l'OMA a évolué, à travers une guerre civile de 27 ans qui a pris fin en 2002, d'un groupe de combat à un instrument de campagne. Lors des récentes élections, Inglês et son équipe ont sillonné le pays pour courtiser l'électorat féminin. Netfa Freeman, de l'Institut d'études de politiques à Washington, DC, fait un lien entre le respect de l'Angola pour les femmes combatives et la légendaire Reine Jinga Mbandi, qui a résisté à l'invasion portugaise au 17ème siècle. La tradition s'est entremêlée aux idées socialistes. “Dans le mouvement de libération, pas seulement en Angola mais dans toute l'Afrique, on a vu une nouvelle reconnaissance de la nécessité de l'égalité entre l'homme et la femme”, a déclaré Freeman. A l'époque de l'Etat à parti unique des années 1980, l'OMA a fait pression pour le vote de lois progressistes qui ont reconnu les unions libres et les enfants nés hors mariage. “Bon nombre des avancées que nous avons aujourd'hui en tant que femmes en Angola sont les fruits de l'OMA”, indique Genoveva da Conceição Lino, ministre de la Famille et de la Promotion de la Femme. Mais l'OMA d'aujourd'hui reste-t-elle une machine de campagne du MPLA qui permet à un gouvernement pourri de pétrodollars, dans l'économie ayant la croissance la plus rapide en Afrique, de se tirer d'affaire avec des progrès lents sur le plan social? Les statistiques sociales effroyables de l'Angola le classent au 162ème rang sur 177 pays sur l'Indice de développement humain des Nations Unies. L'espérance de vie est de 41 ans. Seulement trois femmes rurales sur dix sont lettrées. Les taux de mortalité infantile et maternelle sont parmi les plus élevés dans le monde. L'Angola est l'un des pays, qui consacre le moins de ressources à la santé par rapport à son produit intérieur brut en Afrique subsaharienne. Eunice Inacio, experte des questions du genre travaillant pour le groupe non gouvernemental 'Development Workshop' est réservée dans son évaluation : “L'OMA fait très bien partie du MPLA”. Inacio fait l'éloge du travail de l'OMA sur l'alphabétisation, le micro-crédit et la violence conjugale. “Mais elles sont financées par le parti et disposent de beaucoup d'argent pour faire ces choses, les groupements des femmes de l'opposition n'ont pas ces opportunités”, ajoute-t-elle Des enfants qui doivent vivre Petite, bientôt âgée de 60 ans, avec un appareil acoustique qu'elle a discrètement porté pour l'entretien, Inglês parle du travail de l'OMA avec passion. “Il nous faut augmenter le nombre de centres de santé dans nos communautés pour que les mamans n'attendent pas toute une journée avec leurs enfants pour voir un médecin”, dit-elle.
La planification familiale est importante ici, car une femme a en moyenne six enfants. “Dans l'extrême pauvreté, les gens pensent que si vous avez 10 enfants, quatre peuvent mourir, c'est donc mieux d'en avoir plus. Mais nous ne devons pas faire des enfants qui doivent mourir; nous devons faire des enfants qui doivent vivre. Donner la vie à des enfants tout en sachant qu'ils ne trouveront pas à manger, c'est un crime”, commente-t-elle. Nonobstant la divergence des opinions sur la performance du MPLA, des activistes reconnaissent qu'Inglês s'est battue pour les femmes angolaises. “Elle s'affirme, avec des positions fortes. Elle est toujours égale à elle-même, quelle que soit la personne à qui elle s'adresse, vous sentez que vous pouvez lui faire confiance”, affirme Inacio.
Adélia Maria Pires da Conceição de Carvalho, une collègue députée d'Inglês, la décrit comme “une dame combative. Le fait d'être orpheline a définitivement agi sur sa façon de voir la vie. Elle a dû grandir très vite”. Inglês est fière du nombre de femmes dans le nouveau parlement, qui est passé de 26 à 81 sur un total de 220 députés; et de deux, le nombre de femmes ministres est passé à 10. “Les choses ont beaucoup change”, selon elle. “Je pense que nous pouvons atteindre l'objectif de représentation de 50 pour cent fixé par la Communauté de développement de l'Afrique australe d'ici à 2015”. Carvalho croit qu'on doit féliciter Inglês pour cela : “Elle s'est beaucoup battue au niveau du parti pour faire élire plus de femmes”. IPS a rencontré Inglês dans le local de son bureau, loin dans le labyrinthe de l'un des couloirs du siège du MPLA, au centre de Luanda. Tout autour de son bureau, se trouvent des symboles et des photos du parti. Interrogée sur la question de savoir si elle est l'une des femmes les plus puissantes de l'Angola, elle rit et dit avec gratitude que de nos jours, il existe beaucoup de femmes puissantes dans son pays.

