DROITS-ALGERIE: Les sentences de mort suivent des fugitifs à la pelle

ALGER, 25 oct (IPS) – L'Algérie doit figurer parmi les trois premiers pays au monde avec le nombre le plus élevé de peines de mort prononcées en 2008, condamnant régulièrement des personnes accusées de terrorisme — qu'ils soient oui ou non présents au tribunal pour répondre des accusations.

Jusqu'à cette année, environ 300 sentences de mort ont été prononcées par des tribunaux à travers le pays, a déclaré à IPS, Amar Zaidi, avocat et activiste des droits de l'Homme. La plupart de ces sentences ont été prononcées en l'absence des personnes dont les charges sont relatives au terrorisme. Seul un petit nombre des peines de mort de cette année est prononcé pour meurtre avec préméditation et des délits relatifs aux drogues, selon des informations de presse. En 2007, l'Algérie a condamné 271 personnes à mort, le classant ainsi troisième sur la liste de 51 pays qui prononcent encore des peines de mort, selon Amnesty International. La Chine était première sur la liste avec plus de 1.800 peines de mort, suivie du Pakistan avec plus de 307.

En 2007, l'Algérie était le seul pays arabe à voter pour la résolution de l'ONU demandant un moratoire sur l'application de la peine de mort. L'Algérie pourrait agir ainsi parce que depuis 1993, elle a observé un moratoire sur les exécutions. Depuis la signature du moratoire de l'ONU, il y a une réduction de l'application de la peine de mort à l'échelle mondiale, selon des organisations non gouvernementales (ONG). La société civile d'Algérie doit faire davantage pour éduquer le public sur l'abolition de la peine de mort, a indiqué Zaidi.

Hocim Azem, vice-président du Congrès mondial Amazigh, une ONG représentant environ huit millions de Berbères indigènes en Algérie, a déclaré qu'il était important pour les activistes opposés à la peine de mort de faire pression sur les politiciens. "C'est nécessaire d'abolir cette peine capitale qui appartient au passé. Mais les députés ne manifestent aucun intérêt spécial pour l'abolition de la peine de mort", a-t-il dit à IPS.

"Il n'y a aucun débat sérieux sur la peine de mort au parlement. L'opposition démocratique est trop faible pour changer quelque chose et proposer une nouvelle législation. Le gouvernement temporise". Il a affirmé qu'une raison principale à cette inertie était la religion. Viennent ensuite "la crainte du terrorisme" et des facteurs politiques et sociaux. En 2006, le Parti des travailleurs a élaboré un projet de loi pour abolir la peine de mort. Mais huit partis, y compris le Front de libération nationale au pouvoir, ont refusé de soutenir le projet. En outre, le Code pénal a été révisé en 2006, et le nombre de crimes de peine de mort a diminué. Azem a remis en question l'équité des procès qui ont conduit à des condamnations à la peine de mort. "Plusieurs citoyens ont été arrêtés et condamnés sans preuves", a-t-il affirmé. Le parti du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) fait pression activement pour l'abolition de la peine de mort. Le RCD détient 19 sièges sur les 390 sièges du parlement. Hadj Arab Lila, un député du RCD et avocat, a déclaré à IPS qu'il soutiendrait l'abolition de cette peine "cruelle et inhumaine". "C'est absurde qu'elle soit encore maintenue dans notre Code pénal". Beaucoup espèrent que le chef du parti RCD, Said Saadi, disputera les élections présidentielles de l'année prochaine. Le parti fait campagne maintenant contre un amendement constitutionnel qui permettrait au président Abdelaziz Bouteflika d'effectuer un troisième mandat. Saadi est populaire parmi les Berbères, dont plusieurs supportent l'abolition de la peine de mort. Plusieurs Berbères soutiennent également le Front des forces socialistes (FFS), également en faveur de l'abolition. Mais le FFS a boycotté les élections de 2007 et n'est pas représenté au parlement. Farouk Ksentini, président de la commission consultative des droits de l'Homme, a récemment appelé le président à abolir la peine de mort. "Elle n'a aucun effet dissuasif sur le crime", a-t-il dit à la presse. Cela ternissait également la réputation du pays, a-t-il ajouté. Ksentini a affirmé qu'il essuyait des critiques de la part des religieux pour ses opinions opposées à la peine de mort.

Ksentini a également soulevé la question de Abdelmoumene Khalifa, apparemment faisant allusion à une raison supplémentaire pour l'Algérie d'abolir la peine de mort. Il a indiqué que la Grande-Bretagne refusait d'extrader Khalifa parce qu'on craignait qu'il puisse subir la peine de mort en Algérie. En 2007, Khalifa a été condamné par contumace à l'emprisonnement à vie après l'effondrement de son empire financier, notamment la Banque Khalifa qui a été fermée par les autorités algériennes. Les membres de l'Union européenne ne doivent pas extrader quelqu'un vers un pays où ils ont été condamnés à mort par contumace ou pourraient subir la peine de mort — même si ce pays observe un moratoire d'exécution. Dans la déclaration la plus récente faite par une ONG sur la peine de mort, le président honoraire de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme, Abdennour Ali Yahia, a demandé un nouveau débat sur la question. "Avant de prendre une décision, il devrait y avoir une concertation entre les hommes de la justice et de la religion", aurait-il dit dans le journal algérien de langue française, 'L'Expression', le 15 octobre. Il a ajouté qu'il y avait des personnes innocentes dans le couloir de la mort.