LILONGUE, 23 oct (IPS) – La Miss Malawi en titre, Peth Msiska, se met en route pour la campagne, non pas pour chercher une autre couronne, mais pour être élue au parlement dans les élections générales de son pays en mai 2009.
Msiska, 24 ans, déclare que c'est le bon moment de rejoindre le Parti démocratique populaire (PDP) de la majorité et de se présenter parce qu'elle est "jeune, décidée et déterminée à servir d'autres comme je l'ai toujours fait au cours des deux dernières années en tant que Miss Malawi".
Troquant de hauts talons contre des chaussures plates, la reine de la beauté, avec un diplôme en comptabilité, a échangé des manifestations de mode et de charité à Blantyre contre des rassemblements le long des routes sales dans sa localité de Chileka, dans le sud du pays. "J'ai décidé de me lancer dans la politique pour changer la vie des gens, spécialement de ceux vivant dans les zones rurales", a déclaré Msiska à IPS. La sienne n'est pas une tâche facile. Jusqu'à 70 pour cent des 14 millions de la population de Malawi sont ruraux, plus de la moitié vivent dans la pauvreté et 22 pour cent vivent dans l'extrême pauvreté, selon les Nations Unies. Pour la population de Chileka, Msiska veut apporter des puits artésiens et des robinets plus près. Elle sait depuis son enfance que les femmes et les filles de la localité marchent jusqu'à dix kilomètres pour aller chercher de l'eau potable. La deuxième chose à faire sur sa liste est d'apporter l'électricité. Paradoxalement, Chileka est proche d'une station hydroélectrique sur le fleuve Shire, le cours d'eau le plus long du Malawi, mais les habitants ici utilisent des lampes à pétrole et des bougies. "L'électricité est produite juste au seuil de leurs portes, mais ils n'y ont pas accès", lance-t-elle. "Et c'est inacceptable de voir des femmes voyager sur de longues distances à la recherche de l'eau potable". Des orphelinats et des écoles constituent une autre priorité. En tant que Miss Malawi, Msiska a mobilisé des fonds pour des associations caritatives s'occupant des orphelins et des personnes âgées. Il y a un million d'orphelins au Malawi, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). Sharon Gonsalves-Chalira, enseignante âgée de 25 ans à l'école secondaire de Chileka, est l'une de ses fans. "Elle est une inspiration non seulement pour de jeunes femmes comme moi, mais aussi pour toute la communauté d'ici", a-t-elle déclaré à IPS. "Peth gagnera les élections et je suis sûre qu'elle réalisera tout ce qu'elle est en train de promettre dans ses discours de campagne". Msiska est une grande oratrice motivée, exhortant les jeunes femmes à se considérer comme aussi capables que les hommes. Juste comme elle le fait : "Je sais que certaines personnes pourraient ne pas me prendre au sérieux parce que je suis jeune, mais la politique n'est pas une affaire d'âge. Je suis une femme très déterminée, de principe, confiante et qualifiée pour être une députée". Msiska, qui est célibataire, a le soutien de sa famille, et tire sa force en priant à l'Eglise presbytérienne d'Afrique centrale. Joindre la parole à l'acte Des femmes malawites ne s'aventurent souvent pas dans la politique à cause du harcèlement, de l'intimidation et des perceptions culturelles qui les lient aux travaux domestiques, déclare Emma Kaliya, du Réseau de coordination pour le genre (GCN). Le Malawi a un score en dessous de la moyenne d'Afrique subsaharienne pour la représentation des femmes au gouvernement. Les femmes représentent 14 pour cent au parlement, 16 pour cent dans l'organe exécutif du gouvernement, et 12 pour cent dans le judiciaire. Dans le classement mondial des femmes députées, établi par l'Union inter-parlementaire basée à Genève, le Malawi occupe le 87ème rang parmi environ 140 pays. Kaliya affirme que le petit nombre de femmes au parlement empêche les discussions sur les questions telles que la mortalité maternelle et la confiscation des biens des veuves. "Nous avons besoin de plus de femmes au parlement pour que les questions de femmes soient effectivement abordées", a indiqué Kaliya. Il y a maintenant un nouvel espoir pour une amélioration. Msiska, à l'instar de toutes les 425 candidates à la députation, a le soutien de la Campagne 50/50, un effort national du gouvernement et des groupes de la société civile pour accroître la participation des femmes dans la politique et aux postes de prise de décisions. La Campagne 50/50 veut qu'au moins la moitié des 193 sièges parlementaires aille aux femmes. Elle s'inspire de l'objectif de la Communauté de développement d'Afrique australe, convenu en août par les Etats membres, y compris le Malawi, pour avoir une représentation de 50 pour cent des femmes au gouvernement d'ici à 2015. Pour en arriver là, la Campagne met son argent là où se trouvent ses intérêts. Toutes les femmes candidates seront formées dans le domaine du plaidoyer, du lobbying et de la campagne, et auront 700 dollars comme fonds de démarrage de compagne dans leurs circonscriptions électorales. Msiska ne serait pas la députée la plus jeune du Malawi. Angela Zachepa a été élue députée en 2004 lorsqu'elle avait juste 22 ans. Mais il se pourrait que Msiska soit juste la plus prestigieuse. Miss Malawi s'inspire davantage de la candidate à la vice présidence du Parti républicain des Etats-Unis, la Gouverneur Sarah Palin, qui a gagné la troisième place lors du spectacle de Miss Alaska en 1984. Contrairement à Palin, qui a reçu beaucoup de couverture négative dans la presse américaine, Msiska a été décrite positivement dans les médias du Malawi. "Il est grand temps que les gens comprennent que les reines de beauté peuvent être de grandes femmes leaders", a déclaré Msiska à IPS.

