OUGANDA: Le théâtre radiophonique renforce les voix des femmes

KAMPALA, 3 oct (IPS) – Les parents de Taboni âgée de 15 ans sont dans le pétrin. Leur fille a été violée par le commandant du sordide camp de personnes déplacées à l'intérieur de l’Ouganda, qu'ils appellent maison, et ils ne savent pas quoi faire.

Les conséquences de la dénonciation du commandement du camp, M R Otim, à la police pourraient être graves. A l'instar des 1,4 million autres personnes déplacées à l'intérieur du pays, les parents de Taboni sont pauvres, déplacés et affaiblis par 20 années de conflit dans le nord de l'Ouganda. Le commandant du camp exerce un pouvoir énorme sur leurs vies. Des déchaînements de discussions dans le ménage — le père et la tante de Taboni décident de ne pas porter plainte, mais ils discutent plutôt de la possibilité que Otim prenne Taboni comme femme. Ce drame particulier est révélé à la radio dans le nord de l'Ouganda, dans le cadre de l'émission de la série théâtrale 'Open Cage' en langues locales sur des stations privées de la région. Mais cette histoire — écrite par des femmes de la localité directement à partir de leurs expériences de la vie dans cette région — est aussi vivante et complexe que la longue attente pour la paix durable entre l'Armée de résistance du seigneur — rebelle — et le gouvernement ougandais. Le drame se poursuit : la mère de Taboni n'approuve pas la décision. Au contraire, elle emmène sa fille faire un test du SIDA. Ses pires craintes sont confirmées — Taboni est séropositive. La mère désespérée rentre à la maison pour annoncer la nouvelle au reste de la famille. Toute la famille éclate en sanglots; c'est comme si la fin du voyage est arrivée pour Taboni. La famille a porté l'affaire à la police. Mais selon les procédures juridiques ougandaises, un rapport d'un médecin agréé par la police est la preuve capitale dans une affaire de viol. Mais le médecin demande plus d'argent que la famille ne peut se le permettre pour faire un examen médical sur la victime du viol. La radio a été choisie parce qu'elle est le moyen le plus accessible, le plus abordable et le plus répandu pour propager l'information en Ouganda — et sans doute, à travers l'Afrique. Selon un rapport de 2007 réalisé par la société de recherches 'Steadman Group', pendant que deux sur dix personnes en Afrique subsaharienne lisent des journaux, et trois sur dix personnes regardent la télévision, neuf sur dix écoutent la radio. 'Open Cage' a commencé avec un "writeshop" de 15 femmes de la localité qui se sont mises ensemble pour transformer des histoires de la vie réelle en des textes prêts pour l'émission, sous la direction de 'International Women's Tribune Centre', basé aux des Etats-Unis. Beatrice Birungi, l'une des femmes membres de la principale équipe, déclare qu'elle est fière que ce qui a commencé avec un petit groupe d'environ 15 femmes soit en train de s'étendre à une communauté plus large et d'avoir un impact. "L'idée était de mettre en œuvre la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la contribution des femmes à la construction de la paix. Nous avons décidé de faire la différence à travers une série de théâtrale radiophonique". La résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU demande l'augmentation du nombre des femmes au niveau des prises de décisions dans les institutions nationales et régionales impliquées dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits. En Ouganda comme dans beaucoup d'autres pays africains qui vivent des conflits, les femmes n'ont pas commencé la guerre, mais elles en sont les plus affectées. Cependant, peu d'espace leur est accordé pour mener la recherche de solutions. Margaret Sentamu, directrice exécutive de l'Association des femmes journalistes de l'Ouganda, déclare que les femmes dans les zones de conflits sont particulièrement vulnérables aux violences basées sur le genre. Elle dit que cette forme de violence n'est pas souvent rapportée. Les femmes ont des opportunités nettement limitées pour demander réparation, puisque les auteurs sont souvent en relation avec la faible autorité de maintien de l'ordre qui caractérise les zones de conflit — ou sont des agents de police eux-mêmes. La série théâtrale radiophonique est devenue une voix pour les femmes affectées par la guerre. Environ 100.000 femmes et hommes dans les zones de conflits sont accrochés aux émissions radiophoniques hebdomadaires qui mettent en vedette des femmes fortes qui ne mâchent pas leurs mots et qui revendiquent leurs droits. Cette série encourage les femmes à aborder les violences sexuelles dans des régions de conflits et de post-conflits tout en soulignant en même temps le rôle des femmes dans la construction de la paix et des processus de prise de décisions. Joan Akubu, une native du nord de l'Ouganda qui a également participé à la l'élaboration des programmes, affirme qu'elle est fière d'avoir contribué à la paix dans sa patrie à travers le théâtre. "L'un des personnages que je ne peux pas oublier est Nakiru qui a été forcée par les parents pauvres d'épouser son ancien enseignant, juste pour qu'ils puissent obtenir des vaches pour la dot". Elle dit que les auditeurs s'identifient fortement aux personnages parce que les théâtres sont tous tirés des histories de la vie réelle. Dans l'intrigue de 'Open Cage', Taboni reçoit l'assistance socio-psychologique et plus tard forme une organisation à base communautaire qui travaille dans le sens de la construction de la paix dans sa communauté; des femmes s'inspirent d'elle pour continuer d'apporter la paix à tout le nord de l'Ouganda. L'on ne peut qu'espérer que la vie dans le nord déchiré par la guerre imitera l'art dans un avenir proche.