ARUSHA, 2 oct (IPS) – Anneth Laizer a rangé sa lanterne à pétrole sur l'étagère supérieure et a allumé des ampoules après que sa maison, située dans la troisième ville la plus grande de la Tanzanie, Arusha, a été connectée à l'électricité au début de cette année.
Ces jours-ci, la télévision présente des divertissements à l'heure du dîner et des voisins viennent pour charger les batteries de leurs téléphones portables. Au lieu d'acheter des denrées périssables jour après jour, Laizer stocke maintenant du lait frais, du jus et des restes dans le réfrigérateur. Son fils étudie longtemps après le coucher du soleil. Préparer sur un réchaud alimenté au briquet est la seule habitude qu'elle trouve difficile à casser — c'est la méthode qu'elle a apprise quand elle était enfant. "L'électricité rend la vie plus simple. Sans elle, nous utilisions du pétrole et du charbon qui sont très coûteux et prennent beaucoup de temps", a affirmé Laizer. "Je n'étais même pas en mesure de repasser les habits, ainsi je me ferais belle". Les frais de raccordement autrefois de 435 dollars ont empêché Laizer d'obtenir de l'électricité plus tôt. Avec le paiement de ces frais, la famille a réduit sa facture d'énergie de plus de deux tiers, ce qui équivaut à 17 dollars par mois. La famille de Laizer est fortunée. Le revenu par habitant de la Tanzanie s'élève à 744 dollars, selon les chiffres de 2005 fournis par le Programme des Nations Unies pour le développement; les frais de raccordement mettraient l'électricité hors de la portée de plusieurs ménages. "Les femmes sont principalement responsables des activités domestiques, ainsi une pénurie d'électricité à la maison rend leurs travaux plus difficiles et plus longs", a déclaré Geoffrey Chambua de l'unité 'Activism, Lobbying and Coalition Building' du Programme de réseaux pour le genre en Tanzanie. "Cela signifie moins de temps pour les activités génératrices de revenus, les études, l'emploi ou les loisirs", a-t-il expliqué dans un entretien avec IPS.
Seulement dix pour cent de la demande en énergie des 40 millions d'habitants de ce pays d'Afrique de l'est sont satisfaits par le pétrole, l'électricité et le charbon. La biomasse — le charbon et le bois de feu — satisfait à l'équilibre des besoins de consommation. La moitié des consommateurs des sociétés d'électricité publiques sont des usines et des entreprises, tandis que 285.000 ménages dans les principales villes ont accès à l'électricité, selon des statistiques de 2006 provenant de la Société de fourniture d'électricité de la Tanzanie. Des coupures d'électricité fréquentes rendent cet accès irrégulier. Il n'y a pratiquement pas d'électricité ni d'eau courante dans les zones rurales de la Tanzanie, où vivent 65 pour cent de la population. Les infrastructures du réseau électrique n'atteignent pas les trois quarts du pays. Des villageois brûlent du bois ou du charbon pour préparer et pour bouillir de l'eau. Des lampes à huile éclairent faiblement les cases en briques de terre ou en tôle ondulée.
"Pour les femmes des villages, l'électricité ferait gagner du temps. Il faut des heures pour marcher jusqu'à la forêt pour chercher du bois. Elles ne peuvent en ramener qu'une petite quantité, ainsi elles doivent sortir régulièrement", a déclaré Charles Kayoka, un spécialiste de genre à l'Université de Dar es Salaam. "Pour les femmes urbaines, l'électricité ferait économiser de l'argent parce que le charbon et le gaz sont coûteux ces jours-ci". En janvier, la flambée des prix mondiaux du carburant et une montée de 21 pour cent des frais d'électricité, ont augmenté la consommation des combustibles traditionnels en Tanzanie. Les prix du charbon et du pétrole ont doublé en un an. Le bois de feu est devenu plus difficile à obtenir. Des autorités ont récemment mis un frein à l'abattage illégal des arbres pour aider à ralentir la déforestation. Les habitants pauvres des villes en Tanzanie dépensent entre 25 et 50 pour cent de leurs budgets pour le carburant, selon les coûts saisonniers, comparés à aussi peu que deux à sept pour cent en Europe, selon une étude publiée en août 2005. Ce rapport, intitulé 'L'impact de l'utilisation de l'énergie sur les moyens de subsistance des urbains pauvres à Arusha, Tanzanie', a exploré comment un changement vers l'énergie "moderne" pourrait améliorer la vie des femmes et les éléments qui étaient nécessaires pour soutenir cette transformation. Exactement, la manière dont l'accès à l'énergie affecte les femmes est complexe. 'Energia', un réseau international sur le genre et l'énergie durable basé aux Pays-Bas, s'est proposé de défaire ces liens dans une étude mondiale en collaboration avec le Département pour le développement international (DFID) du gouvernement du Royaume-Uni. L'enquête de 2006, intitulée 'Energie, développement et genre : Corrélations globales et causalité', a impliqué des chercheurs de neuf pays et a mis l'accent sur la question suivante : quelle preuve y a-t-il que l'énergie a un rôle important à jouer dans le genre et la pauvreté? Ce projet trouve certaines preuves selon lesquelles l'énergie peut être un moteur de la croissance économique, particulièrement dans le domaine industriel pour les pays en développement. Il y a également une forte corrélation entre la consommation d'énergie par habitant et les indicateurs du développement humain tels que l'espérance de vie, l'alphabétisation et l'inscription scolaire utilisés dans l'Indice du développement humain des Nations Unies; même si cela est causal ou simplement lié à la hausse des revenus, n'a pas été prouvé. Aucune de ces corrélations n'a abordé la relation entre l'énergie et l'équité et l'autonomisation de genre. L'étude de 'Energia/DFID' s'est proposé de le faire en comparant l'accès à l'énergie aux indicateurs d'une importance particulière aux femmes. En plus de contribuer au développement général des infrastructures, et à la baisse du poids du temps sur les femmes et les filles, l'accès à l'énergie propre moderne a baissé des niveaux de la pollution de l'air interne. L'accès à l'énergie commerciale a été instauré par l'Agence internationale de l'énergie et l'étude a découvert qu'il a une corrélation avec les indicateurs de l'extrême pauvreté de l'ONU : l'espérance de vie, la probabilité de ne pas survivre jusqu'à l'âge de 40 ans, l'inscription scolaire et la baisse du poids des enfants. L'étude a ensuite mesuré l'accès à l'énergie contre l'Indice du développement de genre de l'ONU et a découvert que même des accroissements les plus modestes dans la consommation d'énergie et d'électricité pourrait être associés à de plus grandes améliorations dans le développement de l'espérance de vie des femmes, de l'alphabétisation et de l'inscription scolaire. Utilisant les données de 57 pays, les chercheurs envisagent maintenant de mesurer la vulnérabilité sur un nouvel indice, un indice du 'genre-énergie-pauvreté' et d'identifier les 'points chauds' — pays qui doivent bénéficier d'une priorité particulière. Toutefois, la relation entre la consommation d'énergie et l'Indice de l'autonomisation de genre de l'ONU, qui mesure l'inégalité de genre dans les sphères d'activités économiques et politiques, est beaucoup moins claire. "L'autonomisation de genre dépend probablement plus fortement d'autres facteurs tels que des cadres légaux, sociaux et de politique générale", déclare la chercheuse principale, Elizabeth Cecelski. *Avec d'autres reportages de Kathryn Strachan à Johannesburg

