POLITIQUE-SENEGAL: Madame le maire, madame le préfet

DAKAR, 4 oct (IPS) – Ce qui distingue le quartier Sicap Baobab, à Dakar, ce ne sont pas ses rues bien goudronnées, ni le nombre des résidents qui sont des étrangers naturalisés — Capverdiens, Togolais et Béninois — ni l'activité incessante des travailleurs du secteur formel et informel.

Ce n'est pas non plus le fait d'être un des plus jolis anciens quartiers de la capitale du Sénégal. Ce qui le distingue, c'est que son maire est une femme, la sénatrice Aminata Thiam, l'une des rares femmes maires dans ce pays d'Afrique de l'ouest. De même qu'il n'existe qu'une seule femme préfet, Laure Elisabeth Bampassy, à Guédiawaye, une banlieue de Dakar.

Ceux qui souhaitaient voir plus de femmes gérer des municipalités après la Loi sur la décentralisation de 1996 au Sénégal, sont déçus.

“Cette loi devait permettre aux femmes d'accéder à plus de responsabilités, notamment dans la marche des collectivités locales”, déclare Penda Mbow, professeur d'histoire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Selon Mbow, ce n'est pas que les femmes n'ont pas une volonté politique, mais il y a des blocages socioculturels à plusieurs niveaux.

“Il y a encore des hommes qui n'accepteraient pas être sous les ordres d'une femme et le Sénégal figure encore sur la longue liste des pays qui font jouer les seconds rôles à la gent féminine dans l'administration, les institutions et l'exercice du pouvoir”, explique-t-elle à IPS.

Un autre obstacle est le faible pourcentage des jeunes filles qui finissent le lycée et l'université — 15 pour cent et trois pour cent — respectivement.

“Cela ne permet pas d'avoir une quantité suffisante de compétences féminines”, ajoute Mbow.

Pourtant, des statistiques récentes fournies par la Direction de la prévision et des statistiques indiquent que les femmes représentent 39 pour cent de la population active, 70 pour cent de la force de travail en milieu rural où elles assurent près de 80 pour cent des activités de transformation de la production agricole, 70 pour cent des actifs du secteur non-structuré, 15 pour cent des effectifs du secteur public et 4 pour cent de ceux du secteur privé formel.

La députée Aïda Mbodj, du Parti démocratique sénégalais (PDS) au pouvoir, a indiqué à IPS que les femmes ont des difficultés pour s'intégrer dans l'appareil politique. Nutritionniste et directrice d'école maternelle, Mbodj a été nommée ministre de la Famille en 2006.

Elle est aujourd'hui députée du PDS et vice-présidente de l'Assemblée nationale, où, sur les 150 députés, 23 sont des femmes. Au Sénat, sur les cent membres, 39 sont des femmes, soit 40 pour cent.

Mais au niveau des municipalités, les femmes sont absentes. Selon le maire Thiam, les contraintes sont multiples. “Ce n'est pas facile pour nous femmes dans la politique, d'abord on est bousculé par les hommes qui nous considèrent comme des femmes rebelles”, a-t-elle affirmé.

Membre du PDS, Thiam a été élue maire de la commune de Baobab en 2007, et ensuite nommée sénatrice par le président de la République, qui peut nommer 65 sénateurs.

Selon Thiam, les trois problèmes principaux du quartier sont l'immigration des jeunes vers l'Europe, la pauvreté et la violence. Sa population est d'environ 121.400 habitants, selon le recensement de 2006.

Dans son plan de travail, Thiam compte promouvoir l'inter-culturalité dans une commune plurielle où les différents groupes vont pouvoir s'enrichir mutuellement, et mettre en place des infrastructures de base pour les enfants et les jeunes. Un autre objectif, c'est la sensibilisation des parents pour déclarer leurs enfants et obtenir leur acte de naissance.

Parmi ses réalisations dans la commune, Thiam cite d'abord la confiance que le quartier lui a témoignée, ensuite sa disponibilité permanente pour écouter tous ceux qui viennent lui exposer des problèmes, et sa volonté d'aider moralement ou matériellement les voisins.

Madelien Sagna, une vendeuse de poissons dans le quartier, a dit à IPS que le maire Thiam distribue aux enfants des bics et cahiers pendant la rentrée scolaire.

Musulmane et mère de quatre enfants, Thiam se dédouble pour remplir ses multiples responsabilités. “Quand je viens à la maison après mon travail, je suis avec mes enfants, je les écoute et je les suis”, déclare-t-elle. Son mari et sa famille l'ont soutenue dans sa carrière politique. “Dans ma famille, les gens me comprennent et personne ne me dérange”, affirme-t-elle.

Malgré les signes encourageants de participation des femmes à la vie politique au Sénégal, il y a encore du chemin à faire. Le rapport sur le Progrès des femmes, produit par le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) en 2008, indique qu'il faudra aux pays en développement deux générations — jusqu'en 2045 — pour qu'aucun sexe ne dépasse 60 pour cent des sièges dans les parlements.

“Le Sénégal est en retard par rapport à la Gambie et à l'Afrique du Sud. Le Sénégal aurait pu dépasser cette situation [en tant que] pays démocratique, mais dommage”, déplore Mbow.