PORT-LOUIS, 18 juil (IPS) – La population de l'Ile Maurice — 1,2 million de personnes — jouit actuellement de l'abondante eau potable acheminée par tuyaux issue des quelque 2.000 mm de pluie qui tombe par an sur l'île. Mais une grande quantité de cette eau est gaspillée, et avec la demande grandissante pour le développement, la sécurité de l'eau pourrait être sous pression dans un futur proche.
Les Mauriciens récupèrent leur eau de cinq gros réservoirs situés sur l'île et cinq aquifères souterrains qui ont déjà atteint leurs limites d'exploitation.
Sur les 920 millions de mètres cubes d'eau utilisés chaque année, 46 pour cent sont consacrés à l'irrigation, 32 pour cent à la production d'électricité et 22 pour cent à l'usage domestique et dans des hôtels et usines. Une immense quantité d'eau — estimée par l'Autorité centrale de l'eau (CWA) à 46 pour cent de la production quotidienne de 500.000 mètres cubes — est perdue à cause de l'ancienneté et des fuites des tuyaux de distribution. L'Ile Maurice souffre aussi de la rapide évacuation et évaporation de l'eau due à la topographie de l'île.
Le ministre des Services publics, Abu Kasenally, a déclaré à IPS que la menace touchant la sécurité de l'eau à Maurice ne provient pas seulement de la déficience évidente du système de distribution de l'eau. “Le changement de climat nous affecte aussi, plus qu'on ne peut l'imaginer, depuis que les pluies ont diminué dans notre région”. Dans son Rapport sur le développement humain de 2006, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a classé Maurice comme une île qui manque d'eau puisqu'elle ne peut fournir plus de 1.700 mètres cubes d'eau par personne et par an à sa population. Et malgré les alertes indiquant que l'île pourrait manquer d'eau d'ici à 2020, les Mauriciens montrent peu de conscience à préserver l'eau. Les nombreux programmes de prise de conscience, élaborés par le gouvernement, n'ont pas fait grande impression.
“Je ne pense pas que nous ayons le moindre problème avec nos réserves d'eau, parce que c'est un don de Dieu, il pleuvra toujours”, plaisante Adil Latarrh, un habitant de la capitale, Port-Louis. Adil lavait la voiture familiale avec un tuyau d'arrosage pendant qu'il parlait au correspondant de IPS, mais il ne s'est pas dérangé pour couper l'eau. Dans les maisons, c'est en lavant et arrosant leurs pelouses que les gens gaspillent l'eau et ne se préoccupent pas de la facture. Les Mauriciens payent seulement 4,5 roupies — moins de deux cents — pour 1.000 litres d'eau. L'Ile Maurice a commencé récemment à réparer son séculaire système de distribution en faisant un prêt de 45 millions de dollars à la Banque européenne d'investissement (BEI). L'état des tuyaux est vérifié et toutes les fuites réparées.
“Nous avons aussi commencé à changer les vieilles canalisations du centre de l'île où une grande partie de nos consommateurs habitent. “En fin de compte, nous couvrirons toute l'île”, affirme Harry Booluck, directeur général de la CWA.
Mais pour le ministre de l'eau Kasenally, il est clair qu'il sera impossible de réduire toutes les pertes d'eau en réparant les fuites. Une perte de 20 pour cent est une norme internationale acceptable.
Plan d'ensemble L'Ile Maurice a conçu également un plan d'ensemble pour un approvisionnement durable de l'eau, dans le but de capter d'autres ressources d'eau pour satisfaire les futurs besoins de tous les secteurs économiques de l'île d'ici à 2040. De nombreux nouveaux hôtels et parcs industriels ont été construits avec le développement économique, et tous ont besoin d'eau pour fonctionner. Toutes les solutions potentielles ont été étudiées, y compris l'ensemencement des nuages ou encore le dessalement de l'eau de mer. “Ce sont de nouvelles sources d'eau qui nécessitent de nouvelles technologies, ce qui induit des coûts plus élevés. Il me semble que l'action la plus faisable serait de nous préparer à une urgence, bien armés”, recommande Booluck.
Complété en février 2008, ce document servira, selon le ministre, de guide pour les décideurs pour les années à venir. Une Police nationale de l'eau, la première depuis l'indépendance en mars 1968, est aussi en cours de préparation. Avec ce plan, de nouveaux réservoirs sont en construction, l'eau usée est traitée à des fins d'irrigation et l'industrie hôtelière utilise maintenant de l'eau dessalée pour l'industrie du tourisme.
Le travail a commencé avec plusieurs projets — un réservoir avec une capacité de neuf millions de mètres cubes à Bagatelle, dans le centre de l'île, servira la capitale. D'autres sont prévus pour le sud et le nord de l'île.
L'eau usée n'est plus pompée dans le lagon. Depuis mars 2006, Maurice réutilise l'eau usée pour l'irrigation. Environ 40.000 mètres cubes d'eau usée sont traités quotidiennement et ensuite mélangés à de l'eau brute puis utilisés pour irriguer la canne à sucre et les légumes sur 600 hectares de terre à La Ferme, dans l'ouest de Maurice — Il est prévu que bientôt, la quantité augmente à 70.000 mètres cubes.
L'eau dessalée est produite également par quelques hôtels qui ont investi dans cette technologie il y a quelques années. 'The Beachcomber Hotel Group' a investi à peu près trois millions de dollars l'année dernière pour produire quelque 800 mètres cubes d'eau par jour pour ses deux hôtels. Alors que le 'Naïade Group' prévoit d'équiper tous ses hôtels avec le matériel de dessalement d'ici à la fin de l'année.
A l'Unité des ressources d'eau (WRU), Dhaneshwar Deepchand, le directeur, ne pense pas que Maurice soit une île en manque d'eau, bien qu'elle ne collecte que 29 pour cent de la pluie qui tombe sur l'île. “Il pleut beaucoup chaque année (à Maurice), mais la grande partie de la pluie va dans la mer à travers les rivières. Le problème est que l'île n'a pas assez de réservoirs pour collecter et stocker l'eau”, a-t-il ajouté. Seulement un réservoir, avec une capacité de 27 millions de mètres cubes, a été construit à Maurice depuis l'indépendance en 1968. Jusqu'à ce que de nouveaux réservoirs soient construits dans quelques années, explique Deepchand, il est préférable de gérer les demandes en sensibilisant la population à ne pas gaspiller cette denrée précieuse. “Les Mauriciens utilisent trop d'eau — entre 200 et 220 litres par jour — ce qui est une consommation assez élevée. Si nous pouvons réduire cela de 40, 50 litres, nous pouvons facilement répondre aux nouvelles demandes qui viennent de différents secteurs de l'économie”, souligne Deepchand.

