ROME, 17 juil (IPS) – Ernestine Kayindo fuit la ville de Goma en 1997, une ville située dans le nord-est de la République démocratique du Congo au moment où se déroulaient des combats entre l'armée régulière congolaise et les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple, un groupe armé tutsi encore actif.
“Tous les Congolais se sentaient en danger de mort”, déclare Kayindo, qui aujourd'hui travaille avec la société civile congolaise à Rome.
Entre 1997 et 2003, plus de quatre millions de congolais sont morts dans la guerre civile qui a détruit une grande partie du pays. Beaucoup ont fui la violence, la famine et la maladie.
Certains ont trouvé refuge en Italie. Mais leur avenir est encore incertain. En effet, le parlement italien est en train d'examiner actuellement une proposition de loi qui condamnerait les immigrés sans papiers à une peine allant de six mois à quatre ans d'emprisonnement. Nombre de ces réfugiés, qui ont fui leur pays à cause de sanglants conflits, et sans papiers dans ces conditions, se voient aujourd'hui refuser l'asile et sont exposés à la prison.
Cette nouvelle loi serait fatale pour les immigrants comme les Congolais en Italie. Ces derniers représentent moins de 4.000 personnes sur une population de 3,7 millions d'immigrants, mais leur situation est une illustration frappante des dangers d'une telle proposition de loi. La Commission des affaires constitutionnelles et la Commission de justice du sénat italien finiront d'examiner cette proposition de loi sur l'immigration le 18 juillet. Le sénat mettra au vote la peine réservée aux immigrants sans papiers le 24 juillet.
L'année dernière, 57 Congolais ont déposé des demandes d'asile, et seulement 14 ont été acceptées. En 2006, 103 citoyens congolais ont demandé asile; seuls 33 ont été acceptés. En vertu de la loi encore en vigueur, toute personne persécutée en raison de sa race, sa religion, son opinion, sa nationalité ou son appartenance à un quelconque groupe social, peut demander le statut de réfugié. Mais “quand les autorités donnent une réponse à une demande d'asile — qu'elle soit positive ou négative — elles ne précisent pas la raison d'une telle décision”, explique Antonella de Donato, du Conseil italien pour les réfugiés. Mais les choses peuvent ne pas s'améliorer pour ceux qui ont été acceptés en tant réfugiés. “En Italie, beaucoup de réfugiés n'ont pas un endroit où dormir”, affirme Kila Tampwu, une réfugiée congolaise qui travaille pour le Conseil italien pour les réfugiés, et pour d'autres organisations. "Ceci arrive parce que ce n'est pas facile de se battre pour un droit s'il n'y a pas une loi qui dit que vous avez raison… Vous pouvez être reconnu comme un réfugié, mais ce statut ne vous autorise pas à obtenir un droit concret". L'Italie a reçu 10.350 demandes d'asile en 2006, selon l'organisation catholique Caritas. Les autorités de l'immigration ont examiné cette année plus de 14.000 dossiers, mais seulement 1.037 ont été acceptés. Au total 5.321 personnes ont reçu la protection humanitaire qui leur permet de vivre en Italie aussi longtemps qu'ils se sentent en insécurité dans leur pays d'origine. Cependant, 4.677 demandes ont été refusées. D'après le Conseil italien pour les réfugiés, seulement 3.000 réfugiés ont accès à une assistance dans des centres spécialisés.
Par ailleurs, d'autres pays de l'Union européenne ont reçu 8.726 demandes d'asile d'immigrants venus du Congo au cours de 2006 et 2007.
Quelque 370.000 Congolais ont fui leur pays pour diverses destinations, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Nombre d'entre eux se sont vu refuser le statut de réfugié.
La guerre congolaise — dans laquelle le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda, la Namibie, l'Angola, le Tchad et le Zimbabwe étaient aussi impliqués — a généré 1,3 million de personnes déplacées. Ce qui place la République démocratique du Congo au troisième rang des pays au plus grand nombre de citoyens déplacés, après la Colombie (3 millions) et l'Irak (2,4 millions). Le 30 juin, fête de l'indépendance congolaise (La Belgique a quitté le pays en 1960), la communauté congolaise d'Italie s'est rassemblée à Rome “en mémoire des victimes congolaises”. C'était la première fois que les Congolais en Italie ont cherché à rendre publiques leurs difficultés et celles de ceux qu'ils ont laissés derrière. Plusieurs organisations ont participé à cette manifestation telles que Maman Claudine Mbuyi, qui promeut la coopération sur la santé entre l'Italie et le Congo, 'Salotto Africano' (une association qui favorise le dialogue entre les groupes africains et l'Italie), le Comité permanent pour les victimes congolaises, 'Diaspora Africana' (une association pour les immigrés, qui débat des problèmes africains), 'Sorriso dall'Africa' (un groupe italien d'artistes et d'activistes qui s'attaquent à la pauvreté au Congo), et 'Salotto dei Medici and Mutualita Congolese' (qui travaille pour une coopération entre tous les Congolais).
La situation des immigrés congolais en Italie devient de plus en plus épineuse, selon des membres de ces groupes. Claudine Mbuyi (qui a une fondation en son nom) a déclaré à IPS “qu'être un immigré suffit pour causer la méfiance. C'est pour cette raison que beaucoup de demandeurs d'asile préfèrent se tourner vers le Canada ou d'autres pays, et non en Italie”. *(Avec la coopération de Miren Gutierrez, rédactrice en chef de IPS à Rome).

