ARUSHA, 11 juil (IPS) – Les tiges de maïs hautes de six pieds dans la ferme de Kastul Baha font l'envie de son village pastoral dans le nord de la Tanzanie. Baha était l'un des agriculteurs chanceux de cette saison agricole, avec 35 dollars pour acheter un paquet d'engrais pour mettre sur son champ d'un demi-hectare. Il s'attend à plus du double du rendement, à dix sacs de maïs comparés aux quatre de l'année dernière.
Même ainsi, ses dépenses — intrants, carburant et taxes agricoles — font réellement le compte. Baha déclare qu'il aura la chance de nourrir sa famille et de vendre un petit excédent sur le marché local pour rentrer dans ses fonds. "Il n'y a aucun moyen pour nous agriculteurs de gagner notre vie", a déclaré Baha, prenant une pause de son second travail de médecin dans un centre de santé du village d'Ayalabe, environ à 100 kilomètres à l'extérieur du Parc national de Serengeti. "Ici, nous demeurons pauvres parce qu'il y a de mauvaises politiques agricoles et aucune aide budgétaire pour les agriculteurs". La montée en flèche des prix mondiaux des matières premières n'apporte pas un bénéfice immédiat à la majorité des petits agriculteurs de cette nation d'Afrique de l'est. Par contre, les Tanzaniens seront probablement confrontés à plus de charges puisque la facture d'importation du pays monte et augmente le prix des produits alimentaires de base ainsi que les coûts de production, selon le Fonds commun pour les produits de base (CFC), une agence des Nations Unies basée aux Pays-Bas. Le CFC travaille avec les pays en développement pour renforcer la production et le commerce des matières premières. La Tanzanie, le quatrième plus grand producteur de café en Afrique — et un exportateur de tabac, de coton, des noix de cajou, de thé, de sisal et des clous de girofle — peut tirer des recettes d'exportation plus élevées, indique le CFC. Toutefois, l'avantage économique pour les agriculteurs tanzaniens sera probablement réduit par le coût croissant de la production agricole et du transport pour apporter les biens au marché, a écrit Andrey Kuleshov, un directeur de projet du CFC, en réponse aux questions de IPS envoyées par e-mail. "Même pour les pays qui en bénéficient positivement, les bénéfices de la montée en flèche des produits de base ne sont simplement pas suffisants pour couvrir les coûts de réajustement", a affirmé Kuleshov. "A court terme, je crains que la Tanzanie ait à faire face à des difficultés macroéconomiques supplémentaires". L'agriculture représente environ 85 pour cent des exportations de la nation et environ 30 pour cent du produit intérieur brut du pays, selon un rapport du Dialogue national sur l'autonomisation économique en Tanzanie publié en mai. Jusqu'à 80 pour cent des 38 millions d'habitants de la Tanzanie dépendent de l'agriculture, que cela soit pour mettre la nourriture sur leur table ou pour leur principale source de subsistance, a ajouté le rapport. L'agriculture en Tanzanie est intensive en main-d'œuvre et rudimentaire dans des communautés rurales où de vastes étendues de terres sont cultivées avec des houes ou à mains nues. Dur labeur pour un gain limité Des femmes portant des 'pangas', un outil à lames africain, s'accroupissent entre les caféiers dans le 'Karatu Coffee Estate' (Domaine du café de Karatu) de 175 hectares, dans le nord de la Tanzanie, et cueillent les grains des branches. L'augmentation des coûts des machines agricoles et des pièces détachées, les impôts de l'administration locale et centrale et une hausse obligatoire du salaire minimum, cette année, ont conduit à une compression sur les marges, a déclaré le directeur général, Starson Mootera. Même cette ferme, l'une des plus grandes de la région, peut à peine se permettre de dépenser davantage pour les intrants agricoles nécessaires pour produire des rendements relativement élevés, a-t-il dit.
"Cela signifie que notre productivité ne s'améliore pas, et cela signifie aucune chance de ventes plus élevées et de profits plus élevés", a-t-il affirmé. En bas de la route, Aziz Yusuf, un gérant du 'Tinga Tinga Coffee Estate' (Domaine du café de Tinga Tinga), a ajouté : "Nos coûts de production montent. Mais si le prix de vente est meilleur dans le monde, nous en entendons seulement parler. Je devine qu'il se perd quelque part au milieu".
Des experts agricoles soulignent que le gouvernement doit assumer la responsabilité et améliorer les politiques visant à aider ses millions d'agriculteurs. Un meilleur accès à des prêts moins coûteux pour des producteurs et des subventions pour des intrants agricoles pourraient aider, selon le 'Agriculture Council of Tanzania' (Conseil de l'agriculture de la Tanzanie) basé à Dar es Salaam, un groupe de pression des producteurs agricoles, des éleveurs, des transformateurs et des chercheurs. Le conseil a également appelé le gouvernement à honorer un engagement pris par les dirigeants africains de consacrer 10 pour cent de leurs budgets nationaux à l'agriculture d'ici à 2010. La Tanzanie a accepté de dépenser 6,4 pour cent sur l'agriculture dans l'exercice budgétaire actuel qui prend fin le 30 juin 2009. Le gouvernement devrait aussi réduire les taxes et impôts sur les agriculteurs en vue d'augmenter les revenus dans les communautés rurales, a indiqué, le mois dernier au parlement, Abdallah Kigoda, président de la Commission des finances et de l'économie. Par exemple, les autorités locales tanzaniennes prennent chez les agriculteurs un taux d'imposition 17 fois plus élevé que ce qu'un producteur industriel paie, selon le Conseil de l'agriculture de la Tanzanie. Baha, pour sa part, veut que le gouvernement étende son programme de subventions aux engrais avant la prochaine saison agricole, pour qu'il puisse accroître davantage son rendement. "Je ne peux pas compter sur le temps et le prix sur le marché est instable", a-t-il dit. "Alors, je devrais pouvoir dépendre de mon propre gouvernement pour un peu d'aide".

