BRUXELLES, 23 avr (IPS) – Soumise à de vives critiques au sujet des négociations des Accords de partenariat économique (APE) avec l'Afrique, la Commission européenne semble ces derniers temps vouloir quelque peu redorer son image dans le cadre de ces discussions commerciales.
Elle a, par exemple, lancé un site Internet qui met en lumière des commentaires favorables à propos des APE négociés avec les pays les plus pauvres, après que plusieurs responsables européens ont réalisé à quel point la commission avait été attaquée de toutes parts, que ce soit par des militants de la lutte contre la pauvreté, par des entreprises, des agriculteurs ou plusieurs gouvernements africains.
Et la semaine dernière, le commissaire européen en charge du commerce Peter Mandelson présidait à Bruxelles un séminaire autour des APE, organisé avec l'aide du Parlement européen, et dont la plupart des participants provenaient du Mozambique ou de Côte d'Ivoire. Ces deux pays ont signé un APE avec l'UE avant la date butoir du 31 décembre 2007, fixée par la commission, alors que la plupart de leurs voisins avaient rejeté les termes de l'accord proposé par Bruxelles. Mais lors de ce séminaire, les représentants ivoiriens et mozambicains ont estimé que les dispositions des APE ne menaçaient pas l'intégration régionale en Afrique. Les négociations des APE impliquent 78 pays de la zone Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Jusqu'à présent, seulement 35 de ces pays ont conclu un APE avec l'Union européenne. Et à l'exception des 15 pays de la région des Caraïbes, ces nouveaux arrangements commerciaux sont temporaires et limités, pour la plupart, au commerce des biens. Pour expliquer l'absence d'autres représentants africains, Helmuth Markov, le président de la Commission du commerce international du Parlement européen, a déclaré : “Nous avons invité beaucoup de monde, mais les pays opposés au APE ont décidé de ne pas prendre part à ce séminaire”. Tandis que Mandelson tentait d'expliquer les efforts de la commission dans le cadre de ces négociations. “Le malentendu le plus courant consiste à croire que la Commission européenne tente d'imposer ses règles aux pays en développement”, a affirmé Mandelson. “En terme de concurrence, par exemple, l'objectif n'est pas de faciliter la concurrence de nos entreprises sur les marchés extérieurs. Au contraire, c'est de permettre aux pays ACP d'adopter des règles qui empêcheront les compagnies de former des cartels, et de s'assurer que les marchés fonctionnent sur une base équitable”, a-t-il ajouté. La Commission européenne a dressé une liste des accords qu'elle espérait conclure avec les différentes sous-régions impliquées dans les négociations en vue des APE. Pour sept pays de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) — l'Angola, le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland et la Tanzanie –, l'objectif est de parvenir au cours des trois prochaines années à un accord qui inclurait la libéralisation des services, la concurrence et les marchés publics. Mais on ignore encore si cet accord s'étendra aussi à l'Afrique du Sud, qui a déjà conclu un arrangement de libre échange avec l'UE. Pour cinq pays de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) — le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi –, l'objectif serait de conclure un accord qui porterait sur les services, la sécurité alimentaire, la concurrence, les investissements et la propriété intellectuelle, mais aucune date butoir n'a cependant été fixée. Quant aux autres pays de ces deux sous-régions, la Commission européenne y vise également des accords relatifs aux règles d'origine (qui déterminent l'utilisation des matières importées dans la fabrication des biens et la transformation des aliments), les services, la concurrence, la propriété intellectuelle et le commerce agricole. Tandis qu'en Afrique de l'ouest et du centre, la Commission européenne négocie également au sujet des services, de la concurrence, des marchés publics et de la propriété intellectuelle, et espère y conclure des APE d'ici à la fin de l'année. Mais pendant que la Commission européenne tente de présenter les APE sous un jour positif, les négociations entre l'UE et les pays ACP sont toujours analysées à la loupe par des organisations non gouvernementales (ONG). La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) vient d'exhorter récemment la commission à prendre en compte, dans le cadre des négociations, des études d'impact menées par des organisations de la société civile, qui mettent en avant les menaces que font peser les APE dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Selon la FIDH, la suppression des tarifs à l'importation, exigée par l'UE dans les APE, pourrait réduire d'environ 40 pour cent les revenus de pays comme l'Angola, les Seychelles ou la République démocratique du Congo. Et cette situation pourrait avoir des conséquences sur la lutte contre la pauvreté et la lutte en faveur des droits élémentaires des individus, comme l'accès à l'eau, à la nourriture, aux soins de santé ou à l'emploi, a prévenu la FIDH.

