MBABANE, 13 mars (IPS) – Plus de 600.000 Swazis devront dépendre cette année de l'aide alimentaire internationale, alors que ce petit pays d'Afrique australe compte un peu moins d'un million d'habitants. Le Swaziland est aujourd'hui complètement dépendant de l'aide alimentaire, mais le gouvernement swazi ne semble pas voir la crise.
“Nous devons absolument trouver des réponses à cette crise, surtout parce qu'on commence à entendre la fatigue des donateurs et qu'ils pourraient suspendre leurs contributions d'urgence. Or, ce sont ces contributions qui permettent aux Swazis de survivre”, explique Charles Dlamini, un responsable de la distribution de l'aide alimentaire dans la région de Manzini, au centre du pays. Lors de son discours annuel sur le budget devant le parlement swazi, le ministre des Finances, Majozi Sithole, a annoncé que 665.000 Swazis auraient besoin d'une aide alimentaire cette année, sur une population totale de 953.000 habitants. Il y a quelques mois, le Programme alimentaire mondial (PAM) estimait que 407.000 Swazis devraient dépendre de l'aide alimentaire dans cette période, mais les pluies, qui ont démarré depuis le début de la saison des semences en novembre, avaient même suscité des espoirs d'une baisse de cette dépendance. “J'encourage depuis des mois la population à tirer parti de ces pluies et à planter des semences, mais les gens sont prudents, parce qu'ils se souviennent que les pluies ont cessé dans le passé et que tout ce qu'ils avaient planté n'avait servi à rien”, constate Ben Nsibandze, le président du Comité national de réponse d'urgence. L'année dernière, le Swaziland a connu une intense sécheresse et a enregistré la plus mauvaise récolte de son histoire. Plus de 80 pour cent des moissons avaient été détruites et la communauté internationale est intervenue pour faire face à la crise alimentaire. “Mais malheureusement, certains en ont tiré de mauvaises leçons, en croyant qu'ils n'avaient pas à s'en faire s'ils n'avaient pas de récolte, parce qu'on leur donnerait à manger. Cette paresse a conduit à la dépendance et c'est la raison pour laquelle de nombreux champs n'ont pas été semés cette année”, affirme Dlamini. Pourtant, certaines exportations agricoles, comme la canne à sucre ou le citron, sont en hausse, souligne cependant un banquier de la capitale Mbabane, qui préfère ne pas être cité. “Le gouvernement espérait que les hommes qui travaillent dans les plantations seraient en mesure de nourrir leur famille, mais les salaires sont très bas pour le moment et l'inflation est très élevée”, ajoute-t-il.
En août dernier, le ministre swazi de l'Agriculture avait organisé un sommet réunissant des membres du gouvernement, du secteur privé, des agences de l'ONU et des cultivateurs, dont l'objectif était de trouver une solution à la crise agricole et alimentaire. Mais à ce jour, aucun rapport final n'a été publié sur les suites du sommet et aucune suggestion de solutions n'est faite pour faire en sorte que le pays redevienne un important exportateur de vivres, comme dans les années 1970. Mais la crise alimentaire au Swaziland est aussi aggravée par le taux de prévalence du VIH/SIDA qui atteint 33,4 pour cent dans le pays, soit l'un des taux les plus élevés au monde. “Il n'y a personne pour travailler dans les champs, seuls les plus âgés ou les enfants sont en mesure de le faire”, explique Nonhlanhla Simelane, un conseiller en prévention du VIH dans la capitale. “Ceux qui gagnaient leur vie dans les villes avaient l'habitude de rentrer à la campagne pour cultiver les champs, mais ils sont de moins en moins nombreux à le faire parce que la mortalité due au SIDA est plus importante en ville”, constate-t-il. Pour les associations qui luttent contre le VIH/SIDA, la crise alimentaire est donc aussi un problème de santé publique et elles doutent que la production agricole puisse revenir à la normale tant que la pandémie n'est pas sous contrôle. Mais pour les acteurs de l'aide sur le terrain, c'est le manque de volonté politique du gouvernement qui empêche de répondre à cette crise. “Il faut de la volonté politique pour trouver des solutions, mais les responsables nationaux semblent s'être accommodés de cette dépendance alimentaire”, estime Dlamini. “Tant que la communauté internationale distribue de l'aide, pourquoi s'inquiéter? Les responsables du pays n'ont pas l'air d'agir comme s'ils étaient face à une crise, c'est d'ailleurs pour cela que le sommet sur l'agriculture n'a jamais rien donné”, dit-il.

