AFRIQUE: Prise entre le maintien de la paix et le développement

NATIONS UNIES, 14 mars (IPS) – La mission critiquée du maintien de la paix des Nations Unies au Soudan, handicapée par le manque de troupes et d'hélicoptères, est exposée à de sévères critiques pour ses coûts exceptionnellement très élevés.

Alpha Oumar Konaré, président sortant de la Commission de l'Union africaine, estime que c'est "scandaleux" de dépenser deux milliards de dollars par an pour le maintien d'une Mission conjointe proposée Union africaine-ONU (UNAMID) de 26.000 soldats au Darfour, au moment où les besoins urgents de l'Afrique sont ailleurs.

S'adressant aux journalistes lors d'un débat de l'ONU sur les objectifs du développement non réalisés par l'Afrique, l'ancien président du Mali a déclaré qu'il "regrettait vraiment" que "d'énormes sommes soient en train d'être investies dans la prévention des conflits en Afrique, lesquelles pourraient être utilisées au mieux pour s'attaquer aux défis de développement du continent".

L'énorme budget de l'UNAMID, l'un des plus colossaux dans l'histoire du maintien de la paix de l'ONU, était "scandaleux", a-t-il affirmé, considérant le fait que la clé pour résoudre le problème du Soudan était "avec nous". Toutefois, il a reconnu qu'il y avait une "responsabilité africaine" dans la résolution des problèmes de paix et de sécurité sur le continent. "Nous avons créé des institutions et nous devons leur donner le pouvoir et les moyens de prendre des mesures appropriées et opportunes", a-t-il confié aux journalistes lundi.

Le mois dernier, Wang Guangya, ambassadeur de Chine, un pays qui est un proche allié du Soudan, a déclaré au Conseil de sécurité de l'ONU que "la pauvreté et le retard sont les causes lointaines de la question du Darfour".

Par sa propre nature, a-t-il dit, "ceci est une question de développement".

Il a également cité le secrétaire général Ban Ki-moon qui a dit que "les disputes au sujet des ressources d'eau constituent une cause principale du conflit au Darfour".

L'envoyé chinois a déclaré : "Seule l'amélioration de la vie des personnes sur le terrain éliminera fondamentalement la cause de ce conflit et corrigera l'environnement de sécurité". Mais les Etats-Unis ont indiqué que les massacres du Darfour sont synonymes de "génocide".

Selon les estimations de l'ONU, le conflit du Darfour qui dure déjà quatre ans, a coûté la vie à plus de 200.000 civils et en a réduit plus de 2,2 millions au statut de réfugiés ou de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays. La nouvelle force hybride de l'UNAMID, qui a commencé ses opérations le 31 décembre de l'année dernière et est décrite comme probablement l'une des plus grandes missions de maintien de la paix du monde, aura un mandat initial de 12 mois et intègre l'ancienne Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS), qui était au Darfour depuis 2004. Mais l'AMIS elle-même a souffert d'une pénurie de troupes et de ressources financières.

Pendant ce temps, le budget de deux milliards de dollars pour l'UNAMID dépasse le 1,1 milliard de dollars que les Nations Unies dépensent par an sur sa mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo (MONUC). Parmi les 20 missions de maintien de la paix en cours, huit sont en Afrique : Sahara occidental, Soudan, République démocratique du Congo, Ethiopie et Erythrée, Liberia, Côte d'Ivoire, Burundi et Tchad/République centrafricaine.

Jusqu'ici, l'UNAMID a mobilisé seulement 9.000 soldats et elle manque aussi d'hélicoptères et des équipements d'appui au sol. Tandis que les 53 membres de l'Union africaine soutiennent qu'il devrait être en premier lieu responsable de la résolution du conflit sur le continent, le gouvernement soudanais insiste pour que les troupes de l'UNAMID soient pratiquement toutes africaines. Le gouvernement du Soudan a déjà rejeté des troupes en provenance de la Norvège et de la Suède. Au même moment, il a exprimé des réserves pour les unités militaires venant de la Thaïlande et du Népal. Le sous-secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a déclaré le mois dernier que quand le Conseil de sécurité a adopté une résolution en juillet dernier pour créer une UNAMID de 26.000 soldats, il avait dit que la force devrait être "en grande partie d'origine africaine". "Avoir une force qui sera exclusivement de nature africaine est un autre problème", a indiqué Guéhenno aux délégués. Et "il y a un certain nombre de raisons importantes pour lesquelles un mélange plus large de fournisseurs de troupes est nécessaire". Comme compromis, le secrétariat de l'ONU a exprimé sa bonne volonté de "donner la priorité au déploiement" des troupes en provenance de deux pays africains, l'Ethiopie et l'Egypte, "avec la compréhension que les unités asiatiques (du Népal et de Thaïlande) se déploieraient avec le temps de façon opportune". Lundi, Guéhenno a déclaré au Comité spécial de l'ONU sur les opérations de maintien de la paix qu'un manque d'appui clé à l'UNAMID — notamment le transport aérien et terrestre critique, l'engagement diplomatique et politique envers les parties et la coopération de l'Etat hôte — était en train "d'aggraver" les difficultés logistiques et opérationnelles auxquelles la mission est déjà confrontée du fait du terrain éloigné et inhospitalier de la région. Il a également souligné que malgré les progrès dans le renforcement des capacités et de la gestion du maintien de la paix de l'ONU, "L'intérêt incertain de la communauté internationale et le manque d'appui soutenu rendaient difficile la sauvegarde des avantages du maintien de la paix dans les principales régions de conflits". S'adressant au même comité, Jane Holl Lute, secrétaire générale adjointe pour le Soutien sur le terrain, a indiqué que le budget total du maintien de la paix de l'ONU, qui était moins de deux milliards de dollars en 2003, pourrait excéder sept milliards de dollars en 2007-2008 — plus de trois fois le montant du budget régulier annuel de l'ONU.

La plus grande portion des sept milliards de dollars sera affectée à l'UNAMID. Elle a souligné qu'il y avait d'énormes augmentations logistiques, notamment celles dans les flottes aériennes, les contrats du système d'ingénierie, le déploiement des stocks de matériel stratégique, les contrats de rationnement, les liens satellites et les comptes électroniques.