GRAHAMSTOWN, 12 mars (IPS) – Suite à plusieurs incidents qui ont soulevé des questions au sujet de la qualité et de la répartition de l'eau en Afrique du Sud, la ministre des Affaires hydrauliques et forestières, Lindiwe Hendricks, a essayé de dissiper les craintes à propos de la capacité de son département à fournir de l'eau potable à tous les Sud-Africains.
"La qualité de l'eau potable de l'Afrique du Sud est classée parmi les meilleures dans le monde", a déclaré à une occasion la ministre.
"Il n'y a pas de crise de contamination d'eau dans le pays", a-t-elle indiqué à une autre occasion.
Ensuite, elle a dit : "Nous n'avons pas une crise d'eau résultant d'une mauvaise planification; nos systèmes de planification sont puissants et nous avons examiné les besoins futurs en eau". Toutefois, Denis Hughes — directeur de l'Institut pour la recherche en eau à Grahamstown, une ville dans le sud-est de l'Afrique du Sud — croit qu'il y a lieu de s'inquiéter au sujet des incidents des derniers mois, au nombre desquels les déclenchements de la diarrhée causés par la contamination de l'eau. La Loi nationale sur l'eau de 1998 est l'une des meilleures au monde, déclare-t-il, mais ajoute qu'il a des réserves sur la capacité du pays à appliquer cette loi. Le rédacteur spécialiste de l'eau de IPS, Steven Lang, s'est entretenu avec Hughes sur les politiques de l'eau de l'Afrique du Sud et sur ce qui doit être fait pour garantir leur mise en œuvre.
IPS: Vous avez dit que l'Afrique du Sud dispose de la meilleure législation de l'eau au monde. Qu'est-ce qui fait d'elle la meilleure?
Denis Hughes (DH) : L'une des principales caractéristiques qualificatives est l'incorporation de l'eau pour les besoins essentiels de l'homme de même que les flux environnementaux comme des exigences légales qui doivent être satisfaites avant que tout autre soit autorisé à accéder à l'eau. Cette "restriction" incarne des concepts d'équité et de durabilité.
IPS: Dans quelle mesure la législation de l'eau prescrit-elle sa mise en œuvre?
DH : La loi stipule que le ministre doit faire appliquer cette restriction, de même que d'autres aspects de la politique. Toutefois, le problème est l'absence d'une période dans laquelle cela est supposé se produire. Par exemple, il y a plusieurs étapes dans la mise en œuvre de la restriction. L'une définit le niveau de la protection environnementale — connue autrement sous le nom de classification des ressources — et celle-ci tarde à venir. IPS: Vous avez laissé entendre que l'écart entre la législation de l'eau et son application s'agrandit. Dans quel domaine ceci est-il le plus remarquable?
DH : L'un des problèmes majeurs est que la nouvelle loi transforme toute l'eau en une propriété publique, alors qu'elle était d'habitude en grande partie une propriété privée… Toutefois, ceci exige que tous les utilisateurs d'eau reçoivent une allocation d'eau, autrement elle devient une mêlée générale, et soient autorisés à l'utiliser. La mise en oeuvre de la licence obligatoire est en train d'être constamment retardée pour diverses raisons : manque de connaissance de l'utilisation existante, manque de capacité à donner suite aux licences, un grand retard, et cetera. Le problème est que de plus en plus d'utilisateurs sont en train d'extraire de plus en plus d'eau, et par conséquent, l'écart de gestion s'élargit — l'écart entre ce qui est et ce qui n'est pas géré. IPS: Il semble y avoir un manque de compétences dans la gestion de l'eau. Où ce déficit est-il plus crucial?
DH : Nous savons tous en général comment le faire et ce qui doit être fait. Une partie du problème réside dans les retards observés dans l'installation des soi-disant "agences de gestion des bassins" (CMAs), qui sont supposées être des agences régionales de gestion d'eau du futur. Au-dessous de ce niveau, elles sont supposées donner de l'eau aux associations d'utilisateurs, représentant les utilisateurs. Si nous avions ces agences en place, il y aurait un degré d'autorégulation et la délivrance des licences serait relativement facile. Il semble simplement ne pas y avoir assez de personnes engagées à la question de la gestion adéquate de l'eau. IPS: Vous avez suggéré que quelque chose doit être fait de façon urgente pour assurer que le pays continue d'avoir un approvisionnement sain en eau. Que se passera-t-il si nous continuons sur notre voie actuelle?
DH : Il semble y avoir deux principaux problèmes. Le premier est en grande partie abordé ci-dessus et concerne la gestion des ressources en eau au niveau national et régional. Ceci avance, mais lentement. Le principal problème ici est que nous terminons par plusieurs régions ayant la ressource totalement trop répartie sans rendre compte de l'utilisation durable de la ressource. Les conséquences environnementales sont terribles.
Le second problème se situe largement au niveau municipal, et est principalement un problème de la qualité de l'eau relative aux vieilles infrastructures de traitement des eaux usées et au développement urbain rapide. Ceci signifie que les eaux usées ne sont pas traitées convenablement et des eaux usées en grande partie non traitées rentrent dans nos systèmes fluviaux. Les effets sont la dégradation de l'environnement et de très hauts risques sanitaires. IPS: Quelles sont alors les priorités à ce niveau?
DH : Je pense que les priorités varient avec la région, mais dans la plupart des cas, je pense que les infrastructures de traitement des eaux usées sont probablement les plus urgentes. Le ministère des Affaires hydrauliques et forestières (DWAF) doit jouer un rôle plus direct et plus puissant dans la régulation d'autres organisations. Ils ont la législation, mais actuellement, ils ne l'appliquent pas à plein effet, bien que j'accepte qu'ils souffrent de problèmes de capacité. IPS: La situation peut-elle être sauvée ou marchons-nous vers une fusion?
DH : Elle pourrait être sauvée, mais cela demandera un effort concerté qui exige l'engagement de la part de la grande communauté des utilisateurs de l'eau pour soutenir le DWAF et les nouvelles CMAs dans leurs missions.

