COMMERCE-AFRIQUE: Un appel international à l'action contre les APE

LE CAP, 6 mars (IPS) – Des organisations de la société civile africaines et internationales ont adopté un appel à l'action, exhortant le reste du monde à redoubler ses efforts pour arrêter l'élan de l'Union européenne à instituer des Accords de partenariat économique (APE).

L'appel à l'action a été formulé lors d'une réunion de bilan spéciale de 'Africa Trade Network' qui s'est tenue dans la ville côtière sud-africaine du Cap, le mois dernier. Elle a été animée par le Réseau pour la justice économique (EJN) attaché à 'Fellowship of Christian Councils' en Afrique australe. L’EJN préconise la justice économique dans le commerce, la dette et la sécurité alimentaire.

Le réseau représente des organisations de la société civile à travers le continent et la rencontre a réuni des responsables commerciaux et des représentants des organisations non gouvernementales régionales et internationales. Le document sera distribué parmi les organisations de la société civile à travers le monde, les poussant à soutenir activement et à prendre part à la croisade anti-APE.

"Des membres de la société civile — spécialement ceux des régions (d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique – ACP) — doivent se lever et développer une stratégie puissante pour arrêter les APE", a affirmé Tetteh Hormeku, de la section africaine du 'Third World Network' (TWN), un réseau international d'organisations qui sont impliquées dans des questions de développement et des finances mondiales. "Ils ont le pouvoir d'éduquer et de mobiliser des personnes et d'influencer des politiciens".

Les APE sont des accords commerciaux que l'Union européenne (UE) veut signer avec les pays ACP. Selon l'UE, ces accords sont destinés à favoriser l'intégration des pays ACP dans l'économie mondiale tout en promouvant leur développement durable et en contribuant à l'éradication de la pauvreté.

"Par-dessus tout, ils constituent un instrument pour le développement", indique le site Internet de l'UE. Actuellement, 35 pays ont parafé un APE intérimaire qui serait finalement converti en un accord complet au cours des négociations de cette année. Environ 41 nations refusent de le faire.

Des gens s'opposent aux APE pour diverses raisons. "Les APE ne visent pas à aider les régions ACP. Ils visent à sauvegarder les économies européennes. La pression que l'UE exerce sur les pays africains pour signer ces accords le prouve", a affirmé Hormeku, se référant à la menace de l'UE l'année dernière d'imposer des tarifs d'importation plus élevés sur les Etats qui ont refusé de signer un APE.

L'élément crucial dans la stratégie anti-APE devrait consister à influencer des décideurs, et surtout, des chefs d'Etat, a déclaré Jacob Kotcho de l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC), qui met l'accent sur la citoyenneté, la qualité de la vie, les intérêts collectifs, l'engagement moral et éthique et les questions d'équité. "Des ministres sont en train de nous écouter, mais en fin de compte, c'est peut-être le président qui décide s'il faut signer ou non un APE", a expliqué Kotcho. "C'est pour cette raison que nous devrions aller directement vers nos chefs d'Etat".

Billy Maseti de 'Alternative Information and Development Centre' en Afrique du Sud a approuvé et indiqué : "Des gouvernements ont tendance à penser à la place du peuple. Par conséquent, la société civile doit intervenir et informer les gouvernements sur ce que le peuple pense et veut. En plus de cela, elle peut jouer un rôle important dans l'organisation et la mobilisation des gens". Jane Nalunga de 'Southern and Eastern African Trade Information and Negotiations Institute' en Ouganda, a remarqué qu'il est important pour les divers mouvements et organisations impliqués dans la campagne anti-APE d'unir leurs forces. "Nous devons nous mobiliser à travers le continent", a-t-elle dit. Selon Brid Brennon de 'Transnational Institute', les campagnes anti-APE dans le Sud devraient aller ensemble avec des efforts similaires en Europe. "C'est important pour des organisations européennes de savoir ce qui se passe en Afrique", a-t-elle ajouté.

Ces opinions et d'autres concernant la manière dont la société civile pourrait renforcer son rôle dans la campagne anti-APE ont été partagées et soutenues par des officiels qui ont pris part à la réunion. "La société civile pourrait jouer un rôle plus puissant en informant le peuple de même que les politiciens sur le continent africain sur l'impact négatif que les APE ont sur nos moyens de subsistance, entre autres", a déclaré Dorothy Tembo, directeur du commerce extérieur au ministère zambien du Commerce et de l'Industrie.

"Des ONG et d'autres membres de la société civile ont le pouvoir d'influencer et par conséquent devraient renforcer et être plus engagés dans des discussions avec des officiels", a-t-elle ajouté. Dr Rob Davies, vice-ministre du Commerce et de l'Industrie de l'Afrique du Sud, a approuvé : "La plupart des gens ne sont pas informés sur les APE, ni sur leur impact négatif. La société civile doit consolider ses forces. Plus forte est la voix, mieux vaudra".