JOHANNESBURG et PLUMTREE, du sud-ouest du Zimbabwe, 8 jan – (IPS) – Sikhumbuzo* avait seulement 18 ans quand il a quitté le Zimbabwe pour l'Afrique du Sud. Il a réussi à trouver un emploi et envoie à la maison près de 150 dollars par mois en espèces et en biens — bien qu'il ne puisse pas dire combien de personnes il supporte.
Assis dans un café à Johannesburg, la capitale économique sud-africaine, Sikhumbuzo (actuellement âgé de 25 ans) parle d'une mère et d'une sœur à Bulawayo, dans le sud-ouest du Zimbabwe; des tantes, des oncles et des cousins reçoivent également une partie de ce qu'il envoie.
Des centaines de milliers d'autres se retrouvent dans la situation de Sikhumbuzo, et l'afflux des Zimbabwéens vers l'Afrique du Sud ne montre aucun signe de diminution puisque des difficultés économiques dans leur pays s'aggravent et la crise politique continue. La mauvaise gestion d'un Etat qui était autrefois une corbeille à pain régionale a entraîné l'hyper-inflation, la pauvreté et le chômage généralisé, obligeant des citoyens à gagner leur vie de l'autre côté de la frontière — la destination principale étant l'Afrique du Sud. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies estime que quatre millions de Zimbabwéens, environ un tiers de la population, ont besoin d'aide alimentaire. En prélude aux élections prévues pour mars, le gouvernement s'est engagé dans des discussions avec les deux factions du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, la cible — avec d'autres — sur des violations massives des droits de l'Homme au cours des dernières années. Mais, alors même que les négociations sont en cours, a récemment déclaré Amnesty International, des violations se poursuivent. Juste plus de 40 pour cent des migrants zimbabwéens en Afrique du Sud s'occupe de trois à quatre personnes, et 30 pour cent, plus de cinq personnes — ceci selon une recherche menée par l'Université de l'Afrique du Sud (UNISA) sous les auspices du Forum de la diaspora du Zimbabwe, basé en Afrique du Sud; le 'Mass Public Opinion Institute' (Institut d'opinion publique de masse), une organisation à but non lucratif à Harare, la capitale du Zimbabwe; et l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud. Pour cette étude, une équipe a interviewé 4.654 Zimbabwéens dans des banlieues de Berea, de Hillbrow et de Yeoville à Johannesburg. Daniel Makina, professeur à l'UNISA, qui a dirigé l'équipe, pense qu'il y a environ 800.000 à un million de Zimbabwéens en Afrique du Sud, un chiffre de loin inférieur aux estimations les plus largement citées de deux à trois millions — bien qu'il reconnaisse que ces chiffres ont besoin de plus de recherches. Ses résultats montrent que la plupart des migrants ont quitté le Zimbabwe après 2001. Au début, leur motivation était liée à l'intimidation et à la torture exercées par les forces gouvernementales. Mais depuis un certain temps, des questions économiques viennent en tête de la liste des raisons qui poussent à quitter. Ceux qui parviennent à entrer en Afrique du Sud trouvent que la vie dans ce pays peut présenter une nouvelle série de difficultés. Avec le chômage d'environ 40 pour cent, il y a une compétition pour l'emploi — et des sentiments de colère envers les migrants, considérés comme ceux qui réduisent les perspectives d'emploi pour des autochtones. Le travail, quand il est disponible, est souvent mal payé : 60 pour cent des migrants zimbabwéens gagnent moins de 300 dollars par mois, révèle l'étude de Makina. L’étude indique également que la grande majorité des migrants envoient chez eux de l'argent ou des biens d'une valeur moyenne d'environ 40 dollars, par mois. Ceci peut ne pas représenter grand-chose; mais quand on considère le nombre de Zimbabwéens en Afrique du Sud, une image différente apparaît. S'il y a en effet quelque 800.000 Zimbabwéens en Afrique du Sud, dont juste la moitié a du travail, alors ils peuvent envoyer chez eux plus de 190 millions de dollars par an. A ceci s'ajoute l'argent envoyé par des Zimbabwéens vivant ailleurs dans la région, et plus loin, notamment en Grande-Bretagne. Florence, âgée de 48 ans, est une autre migrante qui renfloue une famille — neuf personnes, pour être précis. Elle est arrivée en Afrique du Sud à un moment où il était facile d'obtenir un permis de travail, et cela fait actuellement 11 ans qu'elle vit dans ce pays.
Florence prend soin du fils d’expatriés; aucun membre de sa famille au Zimbabwe n'a d'emploi. Ils possèdent un lopin de terre près de Plumtree, dans le sud-ouest du Zimbabwe, où ils cultivent des légumes — mais ont eu des problèmes avec l'agriculture les mois passés à cause de l'insuffisance des pluies. Chaque mois, Florence envoie chez elle de l'argent et des biens tels que du maïs, du pétrole, du savon, du sucre et des habits. Elle envoie également des matériaux de construction, parce qu'elle est en train de se faire ériger une maison sur la propriété familiale. Sur cette terre, à quelque 800 kilomètres de Johannesburg, des chèvres errent dans les broussailles de Mopane, les clochettes autour de leurs cous qui tintent; des collines de granit peuvent être vues à l'horizon. Le fils de Florence vit dans une maison d'une chambre, qui contient un lit, une vieille bicyclette et des armoires; il dit que sa mère prend bien soin de la famille.
Les parents avaient programmé de placer le toit de la maison de Florence l'année dernière, mais ils avaient besoin de feuilles de zinc complémentaires. Lui faire savoir que deux autres feuilles devaient être envoyées le mois prochain supposait la marche vers un village d'environ 15 kilomètres, pour appeler en utilisant le téléphone d'un ami. Makina déclare que sa recherche montre que deux tiers des migrants zimbabwéens vivant en Afrique du Sud retourneraient chez eux si la situation politique et économique au nord de la frontière s'améliorait. Florence est un exemple typique. "Ma mère est vieille et a besoin de mon amour. Je suis ici seulement parce que je dois y (être)".
Sikhumbuzo veut aussi rentrer, mais ne garde pas beaucoup l'espoir de pouvoir le faire de si tôt. "Je retournerai seulement quand… le président Mugabe sera parti", déclare-t-il, en référence au chef de l'Etat Robert Mugabe. "Pendant longtemps, j'ai prié chaque jour pour le changement au Zimbabwe. J'ai arrêté de prier. Je pense que Dieu seul aime Mugabe. Pour le moment, je resterai en Afrique du Sud".
* Certains noms dans cet article ont été changés pour assurer la sécurité des personnes concernées.

