ENVIRONNEMENT-SOUDAN: ''Les entrepreneurs ont la liberté de faire ce qu'ils veulent''

KHARTOUM, 7 jan (IPS) – Un boom de la construction alimenté par le pétrole est en train de donner à Khartoum, la capitale soudanaise, une apparence plus brillante que jamais. Toutefois, certains craignent que cette fête de la construction se passe au détriment de l'environnement.

"L'industrie du bâtiment est en train de changer l'utilisation de la terre. Elle est en train de couper les zones vertes à Khartoum et de créer des zones résidentielles. Ce n'est pas très bien planifié, et cela a déjà un impact négatif sur la qualité de l'eau et du sol. Le danger à long terme est que cela entraînera une rareté de l'eau ainsi que d'autres impacts socio-économiques et sanitaires", déclare Mohamad Elmuntasir Ahmed, professeur à la Faculté d'ingénierie et d'architecture de l'Université de Khartoum. En absence d'indications pour réglementer les matériaux de construction qui peuvent être importés, certains entrepreneurs sont en train d'utiliser des matériaux dangereux, ajoute-il.

"Ces matériaux introduiront des produits chimiques qui peuvent nuire à l'environnement et à la santé des résidents. Nous constatons que les ignifuges utilisés dans la construction sont des sources de toxines qui peuvent être transférées à travers le lait maternel vers des nourrissons. Ils peuvent également causer le cancer. L'environnement atmosphérique est également affecté par ces produits chimiques". Par ailleurs, "les tendances de construction autorisent actuellement trop d'espace entre les bâtiments. Si les bâtiments sont construits les uns plus proches des autres, ils peuvent mieux conserver l'air frais. Mais ils ne le sont pas, et cela signifie que nous avons besoin de plus d'électricité pour garder la climatisation en marche en vue de maintenir les bâtiments frais. Cela crée également plus de pollution", indique Ahmed, qui a aussi servi comme consultant avec le groupe de surveillance environnementale de l'université, et a travaillé sur les études de faisabilité pour divers projets de construction au soudan, des usines aux ambassades étrangères. Ces observations sont reprises par Sharaf Bannaga, propriétaire de 'Bannaga Consulting' qui a servi au département des services publics d'Etat de Khartoum de 1989 à 2001. "Les entrepreneurs ont la liberté de faire ce qu'ils veulent. Ils ne pensent pas à comment ils sont en train de nuire à l'environnement. Le gouvernement gère tout. Une fois que vous avez son approbation, personne ne se soucie de rien et personne ne surveille le gouvernement". Ahmed reconnaît que le contrôle du gouvernement sur la construction doit s'améliorer "Il y a un fossé entre la législation et la surveillance des projets. Nous avons également une législation qui est dépassée. Nous avons besoin d'une nouvelle législation qui peut être appliquée et obligatoire". Mais, il estime qu'on doit se rappeler que la gestion de l'environnement est encore à ses débuts dans ce pays. "Le ministère de l'Environnement du Soudan a été lancé seulement en 1995. Il n'a pas eu assez de temps, mais il travaille très dur. Il a besoin de plus de temps pour installer et mettre en œuvre un système complet".

Bannaga observe que la négligence de l'industrie du bâtiment fait partie d'une tendance plus large à marginaliser l'environnement dans un pays qui lutte avec la pauvreté généralisée — comme peuvent témoigner les bidonvilles de Khartoum. "Nous… avons de difficulté à traiter l'eau et les eaux usées. La plupart des ménages ont leurs propres moyens de déverser les eaux usées dans la couche de sol et dans l'eau. Il n'y a aucun réseau d'eaux usées", explique-t-il.

"Nous manquons également de systèmes pour la collecte de déchets dans plusieurs zones. La majorité de nos déchets solides est brûlée par terre. Nous dépendons de la climatisation mécanique et il n'y a pas d'éco-bâtiment". Nombre de ceux qui sont pauvres dépendent de l'environnement naturel pour leur gagne-pain, déclare Bannaga. "Mais ils aggravent également les problèmes environnementaux. Quelqu'un qui est pauvre coupe des arbres pour vendre du bois, et personne ne replante des arbres". Entraîné dans une guerre avec le Mouvement de libération du peuple du Sud-Soudan jusqu'en 2005, le gouvernement du Soudan se voit maintenant en train de lutter contre des rebelles dans la région occidentale du Darfour — et la condamnation internationale pour les crimes de guerre qu'il est accusé de perpétrer au cours de ce conflit. Ceci a toutefois eu peu d'effet sur l'investissement au Soudan. En plus de la durabilité de l'environnement, le problème des droits fonciers s'avère également comme quelque chose à affronter dans le développement de Khartoum : faire des efforts pour construire des ponts vers l’île 'Tuti Island'. Ce projet vise à relier l'île implantée dans le fleuve Nil à la capitale, qui l'entoure. Une route sera également construite à travers l'île pour relier les deux ponts, et fournir une autre route de trafic pour alléger la congestion dans la métropole en croissance. L'initiative de 14 millions de dollars a débuté en 2003 et était en cours jusqu'à un retard de 13 mois sur la route insulaire. "Nous devions arrêter le projet quand des résidents ont indiqué que la route traverserait leur terre. Ils voulaient beaucoup d'argent pour la terre et nous avons passé tout ce temps à négocier avec eux. Nous avons obtenu un compromis et ils ont sont d'accord avec nous", souligne Abdul-Wahid Abdul-Moniem Abdul-Aziz, qui préside le département des routes et des ponts au ministère d'Etat de la Planification physique et des Services publics de Khartoum — et est en charge de l'achèvement de ce projet ambitieux. Il affirme que sa division met tous les entrepreneurs au courant des lois environnementales soudanaises. En outre, "nous avons un département concernant l'environnement et il a son propre tribunal pour juger si les entrepreneurs n'obéissent pas à la loi".

Mais pour Bannaga, il y a clairement un besoin pour une surveillance plus grande. "Il peut y avoir de législation", dit-il, "mais il n'y a pas de règle". (* Cet fait partie d'une série de thèmes sur le développement durable traités par IPS et IFEJ — la Fédération internationale des journalistes environnementaux).