DAKA, 1er juill. (IPS) – Pour quiconque se pose la question de
savoir
pourquoi il n'y avait eu aucun reportage sur la préparation du
conflit, la
réponse c'est qu'il n'y avait aucun soupçon d'un éventuel conflit
dans ce
pays très calme de l'Afrique de l'ouest.
Même les habitants de Bissau, la capitale silencieuse d'antan,
avaient
d'abord pensé que les grondements qui les avaient réveillés un
dimanche
nuit, au mois de juin, étaient un violent orage. C'était en fait
Ansumane
Mane, l'ancien chef d'Etat major, qui faisait une tentative de
coup d'Etat.
Depuis lors, les échanges de feu d'artillerie lourde entre les
soldats
fidèles à Mane et les soldats loyalistes du Président Joao
Bernardo Vieira,
secouent presque quotidiennement la ville côtière.
Les Nations Unies estiment que le tiers de la population du pays
(1.000.000
d'habitants) est actuellement en fuite. Plus de 200.000 personnes
sur les
300.000 habitants de Bissau, ont fui pour se réfugier dans les
campagnes.
Actuellement, les combats se seraient étendus à l'intérieur du
pays, ce qui
oblige des milliers de personnes à fuir vers d'autres
destinations.
Plus de 10.000 personnes ont franchi la frontière de la Guinée
Conakry
voisine, a indiqué, cette semaine, le haut commissaire des Nations
Unies
pour les réfugiés (UNHCR). Bon nombre de gens vont aussi
massivement au nord
du pays et 5000 personnes se sont rendues au Sénégal. Sadako
Ogata, la
patronne du HCR, craint une crise humanitaire.
Les ministres portugais et angolais des Affaires étrangères, Jaime
Gama et
Venancio de Moura, qui étaient à Bissau pour offrir leur médiation
dans ce
conflit, étaient certains lundi dernier que les combats
prendraient bientôt
fin. Ils ont annoncé que les négociations tenues le 27 juin,
entre les
représentants des deux parties à bord d'une frégate portugaise au
port de
Bissau, recommenceraient cette semaine. Le ministre gambien des
Affaires
étrangères, Sedat Jobe, a aussi confirmé qu'un règlement politique
était à
portée de main.
Toutefois, d'autres sources estiment qu'une fin rapide du conflit
est
incertaine car les deux parties cherchent à gagner du terrain
avant la
réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de
la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) à
Abidjan
(Côte d'Ivoire) mercredi. Ces ministres vont examiner la demande
de Vieira
de déployer des troupes régionales de maintien de la paix de
l'ECOMOG dans
le pays.
Le conflit a éclaté le 7 juin, un jour après que le président
Vieira a
tenté de remplacer Mane par un nouveau chef d'Etat major. Le
président
Vieira avait accusé Mane d'avoir effectué un trafic d'armes en
direction des
rebelles de la Casamance. La Casamance est une région située au
sud du
Sénégal. Elle a une frontière commune avec la Guinée Bissau. Les
rebelles de
cette région sénégalaise luttent pour l'indépendance vis-à-vis du
Sénégal
depuis plus de 15 ans.
Le Sénégal ainsi que la Guinée Conakry, ont dépêché des centaines
de soldats
pour prêter forte au président Vieira. Le ministre sénégalais des
Affaires étrangères, Moustapha Niass, a déclaré la semaine
dernière que les
intérêts vitaux de son pays sont en jeux.
Bien que la Guinée Bissau ait maintenu des relations amicales avec
ses
grands et puissants voisins au cours de ces dernières années,
plusieurs
Bissau guinéens éprouvent de la sympathie pour les rebelles de la
Casamance.
La Casamance faisait partie du protectorat portugais de la Guinée
Bissau
jusqu'au moment où la France l'a acquise en 1888. En outre, les
populations
des deux côtés de la frontière sont essentiellement des membres
des même
groupes ethniques et souvent des mêmes familles.
Par ailleurs, les rebelles de la Casamance avaient aidé la Guinée
Bissau à
gagner sa guerre sanglante d'indépendance contre le Portugal en
1974.
Cependant, pour le Sénégal, le territoire du sud est propice pour
l'agriculture car c'est l'une de ses dernières provinces qui ne
soit pas
encore devenues un semi-désert. Niass a affirmé la semaine
dernière que si
Mane devait dominer le conflit, il pourrait y avoir une guerre
ouverte entre
les deux pays.
Toutefois, bon nombre de gens au Sénégal et en Guinée Bissau
croient que
Vieira a aussi été impliqué dans le trafic des armes avec les
rebelles de la
Casamance. Pourtant, il cherche maintenant à faire de Mane le bouc
émissaire. Certains disent que la seule raison pour laquelle les
Sénégalais
soutiennent Vieira n'est pas parce qu'il est un proche allié, mais
c'est
parce qu'il est actuellement vulnérable et facile à contrôler.
Alors que Vieira a été élu à l'issue des premières élections
multipartites
du pays au début des années 1990 et continue de bénéficier du
soutien des
Nations Unies, de l'Organisation de l'unité africaine(OUA) et de
celui des
puissances occidentales, les Bissau Guinéens se seraient retournés
contre lui.
Son parti, le Partido Africano de Independencia da Guine e Cabo
Verde
(PAIGC)(parti africain de l'indépendance de la Guinée et du Cap
Vert), a
accédé au pouvoir lors de l'indépendance du pays et est
actuellement accusé
de corruption. Ce parti est composé de vieux leaders de la
guérilla, sortis
du maquis après avoir gagné la guerre d'indépendance contre le
Portugal en
1974. La plupart de ces vieux ont très peu d'instruction
académique ou de
notions politiques.
Bien qu'il ait l'une des plus riches terres arables en Afrique de
l'ouest,
le pays est demeuré dans un état perpétuel de déclin économique.
L'année
dernière, les soldats se plaignaient de leurs soldes qui n'ont pas
été
indexés sur l'inflation galopante ayant résulté des maladresses de
la
conversion monétaire. Le pays a abandonné le peso pour adopter le
CFA, la
monnaie régionale des pays francophones d'Afrique.
Selon un reporter indépendant, le trafic des armes et de la
marijuana
représentait le seul moyen de survie pour les soldats. Il semble
que
l'expérience que les soldats rebelles avaient acquis au cours de
la guerre
d'indépendance leur serve maintenant.
Bien que l'armée sénégalaise ait de meilleurs équipements et plus
de
soldats, elle n'a pas pu s'imposer sur le terrain. Des combats
intenses se
sont déroulés sur une base militaire à proximité des ambassades.
Les
ambassades américaine et française auraient été détruites.
Les res contrôlent actuellement l'aéroport, la principale voie de
sortie de la ville, et la plupart des campagnes. Les forces
sénégalaises
contrôlent le centre de la capitale, Bissau, que la population
civile a
presque entièrement désertée.
Selon un témoignage recueilli à Dakar, la capitale sénégalaise,
l'armée
sénégalaise a ouvert un nouveau front à partir d'un port non
identifié,
situé à 50 km de Bissau. La même source indique que les avions
sénégalais
bombardent deux villes du nord. Un porte-parole de l'armée
sénégalaise a
affirmé que ses forces progressaient lentement mais méthodiquement
pour
éviter d'être piégées.
Les Sénégalais profitent aussi du conflit Bissau guinéen pour
ouvrir le feu
sur les villages situés à la frontière avec le Sénégal. Ils les
soupçonnent
d'être une base arrière pour les rebelles casamançais.
Entre temps, les porte-parole des rebelles casamançais et ceux de
l'armée
rebelle de la Guinée Bissau, ont promis de se soutenir
mutuellement. La
semaine dernière, les rebelles de la Casamance ont fait exploser
un
véhicule. L'explosion a fait plusieurs morts parmi les populations
civiles.
Les ministres de la CEDEAO vont examiner mercredi la possibilité
d'un
déploiement des forces de maintien de la paix, à l'instar de des
troupes de
l'ECOMOG déployées au Liberia et en Sierra Leone (tous deux des
Etats de
l'Afrique de l'ouest). Toutefois, ce n'est pas clair s'ils peuvent
aider à
mettre un terme à ce conflit.
Le ministre des Affaires étrangères de la Gambie, Jobe, qui
déclare être en
contact avec Mane, a dit lundi dernier que le chef des rebelles a
accepté
que l'ECOMOG (la branche militaire de la CEDEAO) ainsi que les
troupes
sénégalaises et guinéennes restent dans le pays pour faire partie
de la
force de maintien de la paix.
Néanmoins, un porte-parole des rebelles Bissau guinéens, le major
Bah
Jessie, a affirmé lundi dernier, selon une station de radio
européenne,
"nous ne voulons pas que l'ECOMOG intervienne".
Plusieurs Bissau Guinéens auraient fui leurs maisons et essaient
de
traverser la frontière. Ils ont peur que l'ECOMOG ne vienne comme
une armée
victorieuse. D'autres seraient entrain de préparer une guérilla
contre
l'ECOMOG.

