ENVIRONNEMENT-BURUNDI: Les feux de septembre sont au rendez-vous

BUJUMBURA, 30 sep (IPS) – Les feux dits de septembre, ravageurs des forêts et des savanes, ont déjà emporté cette année plus de dix mille hectares de forêts, selon une estimation de la direction nationale des forêts.

Les feux de septembre, très redoutés au Burundi pour les dommages qu'ils créent à l'environnement, commencent en réalité en août, atteignent leur pic en septembre, et se terminent en octobre avec les premières pluies de la saison. Qu'ils aient lieu en juillet, en août, ou en septembre, ces feux sont dits de septembre parce qu'ils atteignent leur pic en septembre. Ce sont souvent des feux criminels, allumés par des éleveurs à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux, ou par des braconniers cherchant à débusquer le gibier. Depuis des lunes, les feux de septembre ont toujours été présents dans les paysages montagneux du Burundi pendant la saison sèche. La saison qui a le plus marqué les esprits par les dégâts occasionnés fut l'année 1994-1995 où près de cent mille hectares de forêts ont été consumés par les flammes, selon le rapport d'activités de 1995 élaboré par le département des forêts. Cette année, déjà vers la fin du mois de juillet, les premiers feux de la saison avaient emporté 500 hectares du parc national de la Ruvubu, au centre-est du pays. Dans la province de Ruyigi, à l'est du Burundi, ce sont plus de 600 hectares de forêts qui sont déjà brûlés. Et comme si cela ne suffisait pas, la chaîne de montages du Mpungwe, qui s'étend sur les provinces de Ruyigi et Rutana, à l'est du pays, a brûlé pendant trois jours, dans la même période. Les habitants de la région n'ont dû leur salut qu'à une pluie inhabituelle qui s'est abattue sur la région. A Makamba, au sud du pays, Cankuzo, à l'est, des centaines d'hectares de forêts ont encore brûlé en ce mois de septembre. Les régions de l'est et du sud-est du Burundi sont les plus vulnérables aux feux de brousse, selon Astère Bararwandika, directeur national des forêts. "Ce sont des régions sèches faiblement peuplées, frontalières avec les régions arides de Tanzanie, à la frontière est du Burundi. En plus de cela, ce sont des régions de savanes où l'on trouve de grandes superficies non encore cultivées, ce qui favorise la propagation rapide des feux", confie-t-il à IPS. Malheureusement, la direction nationale des forêts n'a pas encore pu établir le bilan officiel des superficies brûlées cette année sauf une estimation sommaire de plus de dix mille hectares de forêts détruites, sans aucun dégât humain heureusement. En 2006, c'est plus de 5.000 hectares de forêts qui avaient été ravagés par les feux sauvages. Les sapeurs pompiers, en sous nombre, peu équipés et concentrés à Bujumbura, la capitale du pays, n'arrivent malheureusement pas à faire face à ces grandes flammes. L'Association burundaise de protection des oiseaux (ABO) estime que de nombreux oiseaux du parc de la Ruvubu émigrent chaque année vers la Tanzanie voisine pour échapper aux flammes. "L'Etat devrait beaucoup renforcer les mesures de protection des parcs et impliquer la population locale dans la préservation de l'environnement", a martelé Geoffrey Citeretse, secrétaire général de l'ABO. La solution, selon Albert Mbonerane, ancien ministre burundais de l'Environnement, et président actuel de "Ceinture Verte", une organisation locale de défense de l'environnement, c'est l'application des lois et une répression effective des fautifs. "C'est regrettable que les lois qui existent ne soient pas appliquées. Une telle attitude est à condamner surtout en ce temps où les effets des changements climatiques sont perceptibles chez ces mêmes populations", déplore Mbonerane. Toujours selon Mbonerane, la population a besoin d'être continuellement éduquée sur les effets néfastes des feux de brousse sur leur santé et sur l'environnement. Des journées de sensibilisation à leur endroit et à l'endroit des agents forestiers sont organisées et des spots radio sont diffusés pour appeler la population à adopter un comportement responsable face aux feux de brousse. Le code de l'environnement de 2000 et le code forestier de 1995 présentent aujourd'hui des lacunes. L'article 103 du code forestier stipule par exemple que "quiconque aura allumé un feu sauvage sera puni d'une amende de 1.000 francs burundais (un dollar US) à 10.000 francs burundais (dix dollars US) et d'une servitude pénale de trois mois à trois ans, ou de l'une de ces deux peines seulement". Cette amende est jugée dérisoire par certains observateurs, y compris des officiels du ministère de l'Aménagement du territoire, du Tourisme et de l'Environnement. Le directeur national des forêts, Bararwandika, n'a pas de doute à ce sujet. Pour lui, "le code forestier actuellement en vigueur au Burundi est un code qui comporte beaucoup de lacunes et qui a effectivement besoin d'être actualisé et vulgarisé. Les sanctions à l'encontre des contrevenants doivent être renforcées dans la prochaine révision du code forestier", confie-t-il à IPS. Le code forestier et le code de l'environnement sont également en cours de traduction en Kirundi, la langue nationale, pour faciliter une meilleure compréhension de ces lois par les populations. Signalons enfin qu'une police de l'environnement a été instituée depuis 2004 pour traquer les saboteurs et les contrevenants de la loi sur la protection des forêts, mais son efficacité reste limitée par le manque de formation en environnement, le manque de moyens de communication, de transport et de matériel pour éteindre les feux. En somme, bien que les services publics semblent ne pas y mettre tout leur paquet, les feux de brousse constituent une menace réelle de l'environnement dans un pays où la sécheresse gagne de plus en plus du terrain surtout dans le nord du pays.