MADRID, 13 sep (IPS) – A la huitième session de la Conférence des parties signataires de la Convention des Nations Unies pour lutter conte la désertification (COP8), session actuellement en cours à Madrid, la capitale espagnole, les parlements ont été invités à se pencher sur leurs résultats en matière de lutte contre la désertification.
Les critiques ont été formulées dans une évaluation dénommée 'Appliquer la Convention des Nations Unies pour lutter contre la désertification du point de vue parlementaire', réalisée par Uwe Holtz, professeur de sciences politiques à l'Université de Bonn en Allemagne. Elle a été rendue publique le 12 septembre lors du septième Forum des parlementaires sur la Convention (UNCCD). ‘’Le rôle des parlements dans le processus d'application de l'UNCCD est insignifiant. Pour la prochaine décennie, les parlements devraient renforcer, de façon stratégique, leur rôle dans la lutte contre la désertification… Ils doivent s'intégrer dans une volonté politique réelle pour s'attaquer au problème de la désertification", indique l'évaluation. "Les engagements spécifiques pris par les parlementaires au cours des discussions précédant la table ronde des parlementaires sur l'UNCCD doivent être réaffirmés et méritent plus de suivi", précise le document. "L'Union interparlementaire (UIP) devrait donner à ce forum des parlementaires un appui plus solide. Les parlements nationaux et régionaux sont encouragés à créer des mécanismes parlementaires internationaux de surveillance et à faire un meilleur usage des activités du Réseau des parlementaires de l'UNCCD qui, lui-même, a besoin de financements réguliers". Comme pour soutenir ces observations, la présence des députés à l'ouverture du forum était faible, particulièrement ceux des pays en développement qui sont les plus touchés par la désertification (la dégradation est plus intense en Afrique). "Je me demandais pourquoi il y a si peu de délégués ici", a déclaré à IPS Job Yustino, président de la Commission des ressources environnementales et nationales du parlement tanzanien. "C'est comme si les parlements ne sont pas si engagés dans ces questions environnementales". La Conférence des parties qui se tient du 3 au 14 septembre, et qui a attiré environ 2.000 délégués venus du monde entier, a lieu à un moment où les préoccupations au sujet des efforts consentis au plan mondial pour faire face à la désertification se font plus insistantes. Trois décennies se sont écoulées depuis la première rencontre de l'ONU sur ce sujet, la Conférence des Nations Unies de 1977 sur la désertification tenue à Nairobi, la capitale kenyane. Toutefois, le surpâturage, la déforestation, les mauvaises méthodes d'irrigation et un tas d'autres problèmes entraînant la dégradation des terres ont toujours cours dans les zones arides qui couvrent plus du tiers de la terre, également sujet à la désertification. Ces difficultés sont souvent engendrées par la pauvreté et aggravées par le changement climatique. "Alors qu'il est généralement accepté que les hommes doivent protéger la couche d'ozone et la biodiversité, l'importance de sauver la terre de la dégradation et de l'érosion n'est pas reconnue de façon adéquate", fait remarquer l'évaluation qui indique que l'UNCCD a eu un effet "mitigé". La convention a été adoptée en 1994 dans le but d'encourager l'action et la coopération nationale et internationale pour lutter contre la dégradation des terres. Elle est entrée en vigueur le 26 décembre 1996. Actuellement, plus de 250 millions de personnes sont directement touchées par la désertification, selon les statistiques de l'UNCCD, et un autre milliard est menacé. Le coût financier annuel de la désertification est évalué à quelque 42 milliards de dollars US, tandis que le coût humain est perçu en terme de migration, de faim et de conflit. Outre les critiques adressées aux législateurs, l'évaluation s’est également intéressée aux Etats qui devraient faire de la lutte contre la désertification une priorité, et à ceux qui sont en position de financer les efforts de protection des terres, soulignant que leur performance "a été en dessous de la moyenne". Les efforts du secrétariat de l'UNCCD pour stimuler et aider à mettre en œuvre les initiatives pour lutter contre la dégradation des terres sont également jugés en dessous de la moyenne. Il est demandé aux pays qui ont signé la convention d’élaborer des programmes d'action nationaux (PAN) de lutte contre la désertification. A ce jour, 37 pays africains ont élaboré ces programmes. Mais, "en pratique, beaucoup de PAN ne sont pas appliqués à cause d'une absence d'actions stratégiques appropriées dans les pays concernés, du manque de ressources financières adéquates, de la technologie appropriée, de la connaissance, du savoir-faire approprié et du manque de collaboration entre décideurs et scientifiques", indique l'évaluation. Enos Esikuri, principal spécialiste en environnement à la Banque mondiale, approuve ce constat. "Je pense que beaucoup de PAN n'ont pas répondu aux attentes des pays parties et ils vous le diront eux-mêmes. Nous pensons également qu'ils n'ont pas été conçus de manière à être facilement financés; la qualité (des plans) varie extrêmement d'un pays à un autre". Les PAN sont supposés prendre en compte l'avis des communautés et des organisations non gouvernementales. Mais, déclare Esikuri, ils excluent parfois la contribution venant des agriculteurs, des chefs au niveau local et d’autres. "Le processus à travers lequel vous parvenez à un produit est aussi important que le produit lui-même", ajoute-t-il. "Vous pouvez injecter beaucoup d'argent venant de la Banque mondiale, mais ce n'est pas suffisant pour traiter du problème de la dégradation des terres", précise Esikuri. "Tout comme l'aide publique au développement est capitale, nous avons la conviction que l'UNCCD ne serait mieux appliquée qu’à travers l'utilisation des ressources nationales et locales. Le rôle des parlementaires dans la mobilisation de ces ressources est capital". Un programme de dix ans, avec objectifs et délais, a été conçu pour donner une nouvelle impulsion à la lutte contre la désertification. Walter Lusigi, conseiller principal au Fonds pour l'environnement mondial (FEM), souligne que la désertification n'est pas insurmontable: "Ce n'est pas un problème que nous ne pouvons pas résoudre. C'est un problème d'engagement, un problème de manque de sérieux, un problème de sincérité", déclare-t-il. Le FEM finance des projets dans des pays en développement pour contribuer à préserver l'environnement mondial. Toutefois, la dégradation des terres doit en fait être abordée sur un certain nombre de fronts. "C’est une question d'attitude, à savoir comment nous conduisons nos affaires, la responsabilité et le devoir de rendre compte, la transparence et la gouvernance. Il faudra plus que de l’argent… ", ajoute Lusigi. "Il y a des réussites, mais elles sont très peu nombreuses. Nous aimerions voir de telles réussites se multiplier de plus en plus", indique Esikuri.

