BLANTYRE, 12 sep (IPS) – Les Accords de partenariat économique (APE) proposés pour entrer en vigueur dès le début de l’année 2008 peuvent amoindrir les avantages d’une autre initiative commerciale de l’Union européenne dénommée, ‘Tout sauf les armes’ pour favoriser l’industrie sucrière.
Les APE sont de nouveaux accords commerciaux bilatéraux en cours de négociations entre l’Union européenne (UE) et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Suivant les conditions des APE faites par l’UE à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le sucre connaîtra une suppression progressive de taxes et de quotas jusqu’à 2015. L’initiative ‘Tout sauf les armes’ accorde une exemption sur les taxes et les quotas à tous les produits, exceptés les armes, en provenance des 49 pays les moins développés. Cette disposition sera élargie au sucre en juillet 2009. ‘Illovo Sugar’ est le plus grand producteur de sucre en Afrique avec des activités au Malawi, au Mozambique, au Swaziland, en Tanzanie, en Afrique du Sud et en Zambie. La société a indiqué que les APE, pendant qu’ils contribuent à augmenter le volume des exportations vers l’UE, entraîneront également la baisse des prix du sucre.
David Haworth, directeur général de ‘Illovo Sugar’ (Malawi), a déclaré à la presse, au Malawi, lors de la 42ème assemblée générale annuelle de ladite société qui s’est tenue au mois d’août 2007, que les prix du sucre vont probablement baisser en trois phases après l’entrée en vigueur des APE. Ceci correspondra à la suppression progressive des taxes et des quotas, laquelle débutera en 2008 et prendra fin en 2015. Actuellement les prix du sucre varient entre 400 et 500 euros la tonne. Il est prévu que ces prix tomberont jusqu’à 335 euros la tonne. Cette baisse peut même continuer jusqu’en 2009 quand l’accès libre des produits sera étendu aux produits protégés. Les exigences relatives aux quotas et aux taxes ne seront abandonnées totalement qu’en 2015. L’Illovo Sugar du Malawi envisage d’accroître sa production pour tirer profit de l’accès au marché que permet l’initiative de l’UE ‘Tout sauf les armes’ (EBA). Toutefois, l’initiative ‘Tout sauf les armes’ entrera en vigueur en 2009 où le sucre connaîtra une baisse de recettes importante à cause des APE. Le gouvernement malawite a prévu cette situation dans une étude réalisée en 2005 sur l’impact des réformes du sucre laquelle a indiqué que la période où la production doit s’intensifier pour profiter des APE coïncide avec la période où les effets du prix des APE se feront sentir. La baisse des prix rendra plus difficile la réalisation des exigences liées à l’investissement pour augmenter proportionnellement la production dans le but de profiter de l’accès libre au marché du sucre de l’UE accordé par l’initiative ‘Tout sauf les armes’. A ceci s’ajoute la décision de l’UE de réduire le prix minimum garanti du sucre de 36 pour cent entre 2006 et 2009 afin de faire correspondre le prix dans l’UE au prix du sucre sur le plan mondial. L’étude de 2005, conduite par le ministère du Commerce du Malawi, a qualifié la perspective d’avenir du sucre malawite d’incertaine. ‘’Le Malawi perdra énormément à cause de la dégradation de ses préférences conformément au protocole des ACP sur le sucre. Toutefois, le pays bénéficiera également d’un accès amélioré au marché de l’UE suivant l’initiative ‘Tout sauf les armes’, quoique cela soit à des prix plus bas’’, a indiqué l’étude. Selon Haworth d’Illovo, il est allé ‘’à Bruxelles dans le cadre des négociations sur les APE pour que nous ayons le meilleur accès possible. En général, c’est bon pour l’industrie sucrière du Malawi parce que cela implique plus d’exportations vers le marché de l’UE. Mais nous devrons augmenter la production dans le but de réaliser plus de profits’’. Le directeur général d’Illovo basée en Afrique du Sud, Don MacLeod, a déclaré lors de la même rencontre que malgré les plus bas prix attrayants du sucre, les APE feront du bien au marché du sucre à travers le monde. ‘’L’UE est en train de lever les protections autour de son marché intérieur et ceci nous donne un accès supplémentaire. Ce qui est important actuellement est d’augmenter le tonnage vers ce marché’’, a déclaré MacLeod. L’optimisme de MacLeod et de Haworth provient de l’acquisition de 51 pour cent de ‘Illovo Sugar’ par ‘Associated British Foods (ABF)’. L’ABF, qui vise à tirer profit de l’exemption de taxes vers l’UE à partir de 2009, soutient les activités d’Illovo. Son arrivée constitue un avantage pour Illovo parce qu’elle connaît mieux le marché de l’UE, a ajouté MacLeod. L’ABF a un bon réseau de distribution qui serait aussi utile au sucre du Malawi. Geoffrey Mkandawire, directeur commercial à ‘Illovo Sugar’ (Malawi), a confié à IPS que l’industrie sucrière du Malawi avait prévu que les relations économiques et commerciales entre les ACP et l’UE devraient, à la longue, se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). ‘’Toutefois, il ne faudrait pas que les APE diminuent les avantages préférentiels des pays les moins développés. Les règles de l’OMC prévoient un traitement spécial et différentiel pour les pays les moins développés’’, a-t-il dit. Le Malawi a placé le sucre parmi les 102 produits sensibles énumérés par les fabricants, les exportateurs et les dirigeants du pays. Mkandawire a souligné que le sucre est reconnu sur le plan mondial comme un produit sensible. Il ajoute que l’UE, dans son offre d’une page faite aux ACP en avril de cette année, l’a clairement ainsi indiqué. ‘’Dans chaque pays producteur, le produit est soumis au contrôle d’importation, notamment à travers des droits d’importation et des licences d’importation très élevés. Nous aimerions avoir un commerce équitable, d’où la nécessité de maintenir en place la licence d’importation aussi longtemps que possible et aussi longtemps que d’autres pays la maintiendront’’, déclare Mkandawire. Mais comme l’industrie sucrière du Malawi rassemble ses forces pour les APE, elle a un autre problème interne: la production de cette année peut diminuer à cause des conditions climatiques difficiles. Mais Mkandawire reste optimiste quant à l’accroissement de la production.

