ENVIRONNEMENT-ARGENTINE: Elles vivent accrochées aux arbres pour défendre les forêts autochtones

BUENOS AIRES, 14 sep (IPS) – Depuis le samedi 08 septembre, et après avoir subi un entraînement pour survivre dans la jungle, trois femmes volontaires, Romina MacGibbon, Nidia Barrientos et Roxana Florelli, soutenues par Greenpeace de la localité d’Oran, campent dans les arbres pour empêcher un déboisement.

Les activistes de Greenpeace exigent au Sénat argentin de freiner la déforestation dans tout le pays. Ils ont monté, pour ce faire, un campement dans les arbres, au sein de la forêt de Yungas, au nord-ouest du pays. Les propriétaires n’ont pas empêché l’installation du campement. Ainsi, on peut voir des tentes de campagne accrochées aux arbres, à 25 mètres de hauteur dans une propriété appartenant à la réserve de biosphère de Yungas, la plus importante après l’Amazonie, dans la région de Salta. ’’La nuit est spectaculaire, la température baisse et il y a du vent, mais pendant la journée, la chaleur est suffocante’’, dit à IPS MacGibbon, l’une des campeuses de Greenpeace. Cette forêt a été érigée en réserve naturelle par l’UNESCO, en 1992, afin de contribuer à la conservation de la biodiversité mondiale. Malheureusement, montés sur des bulldozers, et avec l’autorisation du gouvernement de Salta, les producteurs agricoles, sont en train de détruire cette forêt. Ces dernières semaines, les autorités provinciales ont permis au propriétaire des lieux de détruire des arbres s’étendant sur 1.670 hectares de terres aux abords de la réserve. Les habitants de la zone se sont alors unis aux militants de Greenpeace afin de protester contre la coupe des arbres, en empêchant le passage des camions dans les champs et en montant ce campement en hauteur. De plus, d’autres menaces pèsent sur la forêt, et les militants ont décidé de s’installer dans les arbres à tour de rôle. En effet, dans la région, la forêt abrite des espèces rares comme les yaguaretes (jaguars de petite taille menacés d’extinction), des pumas, des tapirs, des vipères et une grande variété d’insectes. Selon les données du secrétariat à l’Environnement et au Développement durable, il existe en Argentine, un patrimoine de 33 millions d’hectares de fôrets naturelles menacées ces dix dernières années par la poussée de la frontière agricole qui cause la perte de 250.000 à 300.000 hectares par an, même dans les aires protégées. En 2003, à Salta, où la poussée est la plus forte, le gouvernement avait autorisé le déboisement d’une réserve de la localité de Pizarro, où vivent des communautés indigènes ‘Wichi’. Pour freiner cette avancée destructive, l’administration des parcs nationaux a finalement acquis la réserve.

Mais ce geste, encouragé par une forte campagne de Greenpeace, n’a pas suffit pour freiner le déboisement sur d’autres périmètres de la province de Salta. Face à ce phénomène, Greenpeace et d’autres organisations écologistes ont obtenu l’appui de la chambre des députés pour faire passer un projet de loi sur les ‘’budgets minima pour la protection environnementale des forêts autochtones’’. Parmi les organisations parrainnant l’initiative, il y a la fondation Environnement et ressources naturelles, la fondation Protéger, la fondation Vie sauvage, ainsi que le secrétariat à l’Environnement. Bien qu’ayant été accepté en mars dernier par la chambre des députés, il manque encore à ce projet de loi l’approbation de la chambre des représentants. Mais d’après Greenpeace, la création d’un fond de compensation pour les provinces est maintenant en discussion, et pourrait contribuer à libérer l’initiative qui dépend de cette approbation. Le texte déclare l’état d’urgence forestière dans tout le pays et met un frein au déboisement dans les provinces. Les rapports sur l’aménagement du territoire devront être présentés au secrétariat pour la défense de l’environnement, ainsi que les différentes catégories d’usage de la forêt dans la juridiction. Les zones marquées au vert sont de bas niveau de protection, et pourront être transformées de façon partielle ou totale. Les jaunes, fortement considérées, puvent supporter un usage durable pour des activités telles que l’agriculture, le tourisme ou la recherche. Les zones rouges, de très haute valeur de protection, sont celles qui ne seront pas du tout exploitées. C’est avec un peu de résistance que le projet a été approuvé par la chambre des députés. Les représentants des trois provinces du nord du pays, où s’enregistrent les désaccords les plus importants au sujet du déplacement de la frontière agricole: Formosa, Misiones et Salta, ont également marqué une très forte réticence face à ce projet. Début août, certaines organisations environnementalistes ont initié une campagne afin d’obtenir environ un million d’adhésions contre le projet. A ce jour, ils comptent déjà plus de 585.000 signatures. L’idée, avec le campement, est de mettre la pression sur les législateurs dans leur prise de décision, tout en leur faisant prendre conscience de la situation. Le sous-secrétaire à l’environnement et au développement durable, Miguel Pellerano, a expliqué à IPS que le gouvernement est persuadé que la création d’un fond de compensation pourra stimuler les provinces et les producteurs privés qui possèdent des terres dans les forêts autochtones. ’’L’idée serait que la loi déjà votée par les députés, le soit maintenant par le sénat, tout en lui ajoutant un chapitre permettant la création d’un fond de promotion. La loi serait ainsi accompagnée d’un recours pour le maintien, la protection et l’usage durable de la forêt autochtone’’, ajoute Miguel Pellerano. Il s’agit d’une reconnaissance du service forestier qui prête ses espaces, tant aux gouvernements provinciaux qui ont besoin d’un appui pour leur subsistance, qu’aux producteurs qui pourraient avoir besoin d’une assistance financière pour des projets de conservation ou d’usage durable, indique Pellerano. La proposition, acceptée par les organisations environnementalistes, a très bien été reçue par les sénateurs jusque-là réticents. ‘’Avec ce complément, nous pourrions avancer dans l’initiative, mais ce sera difficile de le faire avant les élections du 28 octobre prochain’’, avertit Marcelo López Arias, sénateur de la province de Salta. En attendant, dans l’humidité de la jungle de Yungas, les activistes de Greenpeace continueront de vivre ‘’accrochés’’ aux arbres, dans leurs tentes de campagne.